Macron, le plomb et nous

Pour un président en perdition, l’incendie de Notre-Dame offre une occasion de rebond : la reconstruction d’un symbole de la nation. Tout doit être optimiste, radieux, sûr de soi. Sans angoisse ni lourdeur. Sans plomb. Les institutions suivent : sous ce régime, on ne déplaît pas au président.

L'Autobiographie de Nicolae Ceaucescu d'Andrei Ujica est un documentaire fait d'images d'archives du dictateur mis en scène par sa propre propagande. Une scène le montre délivrant d'un débit laborieux sa pensée qui l'est tout autant à un parterre d'intellectuels roumains. Les flagorneurs appointés ne l'ont-ils pas surnommé "le Danube de la pensée" ? Les intellectuels écoutent attentivement, toute critique est impensable, toute attitude déplacée, mal interprétée vaut les camps.

On peut penser à cette scène quand Emmanuel Macron s'offre en spectacle illuminant de sa pensée un parterre d'intellectuels convoqués pour l'occasion.

Le plus inquiétant dans ce rapprochement est que nous ne sommes pas dans la Roumanie de Ceaucescu. Il n'y a pas de menace de camps - tout au plus de petites revanches mesquines. Et ça fonctionne sans ça. Si Macron n'est pas encore surnommé "la Seine du génie", il est déjà "Jupiter".

On pense à un certain procureur de Nice qui dit avoir menti aux médias pour ne pas contredire le président. Touchant hymne d'amour à la servitude volontaire.

Aussi lorsqu'englué dans les rebonds de l'affaire Benalla, le souffle du mouvement des gilets jaunes et la montée de l'impopularité, le président voit Notre-Dame qui brûle et pense tenir le ressort pour restaurer son image, cela va sans dire : rien ne doit venir tacher la propagande du président. Qu'importe quelques voisins intoxiqués, quelques enfants atteints du saturnisme - la réalité doit être tenue à distance de la vue. La machine d'État fonctionne impeccablement - à l'exception de ces troublion-ne-s que sont les inspectrices et inspecteurs du travail. La mairie de Paris emboîte le pas - ses alliés actuels devraient d'ailleurs s'interroger sur la stratégie à venir de la maire, qui préempte l'espace macronien sans y adhérer.

La verticale de l'obéissance est en place. D'un côté la police qui mutile celles et ceux qui protestent. de l'autre le suivisme sans limite de celles et ceux qui n'envisagent plus ce que protester veut dire.

 

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