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Billet de blog 9 novembre 2018

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Quand l'UE dépasse le mètre-ruban de Geppetto

L'Union européenne va expérimenter un détecteur de mensonge - une webcam, un ordinateur, un logiciel interprétant les mouvements du visage, un protocole d'action en fonction du résultat - à certaines frontières extérieures de l'Union européenne. Qu'est-ce à dire ?

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Le vieux Geppetto utilisait son mètre-ruban pour mesurer le nez de Pinocchio et savoir s'il mentait.

L'Union européenne est plus smart : elle va utiliser à titre expérimental un programme informatique de détection de mensonge nommé iBorderCtrl, dont elle finance le développement depuis deux ans, à certaines de ses frontières extérieures, en Grèce, Hongrie et Lituanie.

http://ec.europa.eu/research/infocentre/article_en.cfm?artid=49726

https://information.tv5monde.com/info/intelligence-artificielle-iborderctrl-le-detecteur-de-mensonges-debute-sa-carriere-aux

Cette expérimentation repose sur un certain nombre de présupposés, qu'on peut interroger :

- le visage ne ment pas, il exprime en toute transparence les processus psychiques. Le mensonge y est donc visible (ou, en tant que catégorie morale, il s'y traduit par certains signes ?)

Tant pis si vous avez un tic à la paupière gauche.

- un programme informatique peut interpréter de manière transparente à partir de la position relative d'éléments de votre visage et de leur mouvement ce que votre visage exprime, et donc accéder à la lecture des processus psychiques. Il détectera donc si vous mentez.

Parce que le programme va l'interpréter comme un signe de mensonge.

- il y a un lien significatif entre le mensonge et la dangerosité et ou la fraude, la détection de l'un permettant de détecter l'autre.

Et vous aurez droit à une prise de vos empreintes biométriques et à un entretien avec la police aux frontières.

À noter concernant ce dernier point que la détection (par des humains cette-fois) - et donc la recherche - du mensonge est aussi utilisée dans certains pays, comme le Royaume-Uni, pour disqualifier les demandes d'asile - supposant qu'il y a un lien significatif entre le mensonge ou ce qui est interprété comme tel et l'absence de persécution ou de danger dans le pays d'origine.

La Commission européenne, qui finance et parraine cette expérimentation, adhère-t-elle à ces présupposés ?

À vrai dire ça n'a aucune importance. Comme le dit en conclusion le texte de présentation du projet sur le site de la Commission, "As a consequence, the partner organisations of IBORDERCTRL are likely to benefit from this growing European security market – a sector predicted to be worth USD 146 billion (EUR 128 bn) in Europe by 2020" : "En conséquence, les organisations partenaires d'IBORDERCTRL devraient bénéficier de ce marché européen de la sécurité en pleine croissance - un secteur estimé à 146 milliards USD (128 milliards EUR) en Europe d'ici 2020." Le marché européen de la sécurité est un immense enjeu financier, une bulle sous perfusion d'argent public, alimentée par les politiques xénophobes et qui veille en retour à les entretenir.

https://www.pressenza.com/fr/2018/11/refugies-qui-sont-les-vrais-beneficiaires/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+pres

https://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Xenophobie_business-9782707174338.html

Dans le conte de Carlo Collodi - paru entre 1881 et 1883 - le menuisier Geppetto est pauvre. Il n'a pas rencontré l'Union européenne.

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