Quand le Forum Économique Mondial se paie l'ONU

L'ONU signe des Cadres de partenariat stratégique avec un grand nombre d'institutions. Elle est restée discrète sur celui qu’elle a conclut avec le Forum Économique Mondial (Forum de Davos), par lequel l’ONU et ses agences se mettent au service de l’ouverture de nouveaux marchés.

Signe sans doute d'une volonté de discrétion, il faut aller sur le site du Forum Économique Mondial pour trouver le texte de ce Cadre de partenariat stratégique, l'ONU se contentant d'afficher un simple communiqué, comme le soulignait en octobre dernier le site Publiceye.

De quoi s'agit-il ? L'ONU définit par ces Cadres de partenariat stratégique des orientations et des actions communes avec différents partenaires. Le 13 juin 2019, elle en signe avec le Forum Économique Mondial, aussi appelé Forum de Davos en raison des rencontres qu'il organise dans la station suisse. Ce partenariat est particulier, parce que le Forum Économique Mondial est un lobby au service des entreprises et du néolibéralisme.

De longs paragraphes en langue de bois technocratique ressort la volonté d'échanges fréquents, dynamiques, à tous les niveau, de "coordination", de "planification" :

"Le succès du partenariat dépend d'une orientation stratégique, de dispositions institutionnelles coordonnées et cohérentes pour la planification, la collaboration et d'un mécanisme solide pour le développement des connaissances, l'apprentissage et la responsabilité."

Et le cadre organisationnel est effectivement serré :

"Les dirigeants de l'ONU et du Forum se réuniront chaque année pour faire le point sur le partenariat. Parallèlement, les équipes techniques des Nations unies et du Forum se réuniront pour veiller à la mise en œuvre effective des engagements pris au titre du présent cadre de partenariat stratégique, notamment en renforçant la coordination entre les équipes aux niveaux régional et national."

En clair, les lobbyistes du Forum Économique Mondial vont travailler l'ONU au corps à tous ses niveaux d'organisation.

Six principaux domaines d'action sont définis : "financer l'Agenda 2030", "changement climatique", "santé", "coopération numérique", "égalité des sexes et autonomisation des femmes", "éducation et compétences".

Un florilège des actions envisagées confirme l'orientation néolibérale de ce partenariat :

"exploiter le potentiel de l'innovation financière, des nouvelles technologies et de la numérisation pour accroître le financement des objectifs du développement durable et respecter l'accord de Paris sur le changement climatique";

"le partenariat UN-Forum augmentera l'ambition et accélérera les engagements et les plateformes de coopération public-privé dans des domaines critiques de l'adaptation tels que les systèmes d'alerte rapide, la réduction des risques de catastrophe, l'amélioration de la résilience des services essentiels tels que l'eau/l'assainissement, la santé, l'éducation (où le secteur privé joue un rôle de plus en plus important) et la fourniture de moyens de subsistance et de compétences pour l'économie circulaire";

"La collaboration entre les Nations unies et le Forum sera axée sur la lutte contre les principales menaces émergentes pour la santé mondiale, notamment la résistance antimicrobienne, la santé mentale et d'autres questions qui exigent des partenariats et des actions multipartites plus solides";

"promouvoir les partenariats public-privé pour répondre aux besoins futurs en matière de formation professionnelle et d'apprentissage tout au long de la vie et préparer les 1,8 milliard de jeunes du monde à cette transition";

"Les Nations unies et le Forum encourageront les partenariats et les coalitions multipartites en faveur de la pleine participation et de l'égalité des chances des femmes à tous les niveaux de la prise de décision et de la participation productive des femmes au marché du travail et encourageront l'égalité de rémunération pour un travail de valeur égale entre les secteurs et les professions ainsi qu'au sein de ceux-ci";

"Pour suivre l'évolution des demandes du marché de la main-d'œuvre, les ruptures technologiques et la mobilité croissante des les personnes, l'éducation doit se transformer en fonction de l'évolution rapide du monde de travail".

En résumé, l'ONU se fait le vecteur de la pénétration des entreprises, notamment multinationales, dans de multiples domaines de l'intervention de l'État, contribuant à leur ouvrir de nouveaux marchés.

Selon une approche gramscienne de la construction d'une position hégémonique, les responsables du Forum Économique Mondial ont pu cocher la case "ONU" : fait.

 

Vous pouvez lire ici le communiqué commun de l'ONU et du Forum Économique Mondial :

https://www.weforum.org/press/2019/06/world-economic-forum-and-un-sign-strategic-partnership-framework/

Vous pouvez télécharger le texte en anglais du Cadre de partenariat stratégique ici (pdf, 584.3 kB).

 

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