Les états-généraux de tous les risques

Lancé en novembre 2017, après une session plénière en mai 2018, le processus des États-Généraux des Migrations se trouve en cette rentrée face au défit de la durée, celui aussi d'accueillir le dépassement des habitudes, des positions acquises, nécessaire pour aller à la rencontre d'un courant d'opinion favorable à l'accueil des exilé-e-s.

Dès l'élection d'Emmanuel Macron, quatre cents soixante-dix organisations demandent la tenue d'assises réunissant l'État et la société civile pour définir les contours d'une nouvelle politique migratoire. Fin de non-recevoir de la part de l'Élysée et du gouvernement. Les organisations décident de faire seules, et lancent un processus de longue durée d'états généraux qui vise à développer les convergences entre elles, à donner une voix au courant d'opinion qui est favorable à une politique d'hospitalité, et à définir les bases de cette politique.

La première session plénière des États Généraux des Migrations s'est tenue les 26 et 27 mai à Paris, permettant la synthèse des travaux d'une centaine d'assemblées locales et la publication d'un premier manifeste alliant constats et propositions.

https://eg-migrations.org/Compte-rendu-de-la-session-nationale

Une nouvelle session se tiendra ce samedi 13 octobre. L'été a passé, quelles forces restent mobilisées en cette rentrée, comment au-delà d'un premier événement inscrire la démarche dans la durée, quels outils et quelles perspectives se donner pour approfondir le travail engagé ?

Si la première phase de mise en place des États Généraux a permis une convergence inédite d'organisations, collectifs, groupes, d'échelles, d'orientations, de culture, d'ancienneté très différentes, elle recèle aussi des éléments de fragilité qu'il faudra trouver les moyens de dépasser sous peine de manquer le but fixé.

Le premier concerne le processus des assemblées locales. Très divers, il comprend des assemblées à un niveau départemental voire inter-départemental, éloigné du réseau des adhérents "de base" et des sympathisants, et encore plus de la population. Cette échelle peut de plus masquer un ancrage majoritaire ou exclusif dans la principale métropole de l'espace concerné, laissant de vastes zones vacantes. Mais surtout elle ramène les militant-e-s les plus ancien-ne-s au cadre familier, rassurant, même s'il y a cette fois une plus grande diversité de participant-e-s, des réunions inter-associatives. Hors c'est bien ce cadre qui n'a pas permis d'aller à la rencontre du courant d'opinion favorable à l'hospitalité et de le rendre audible, et qu'il s'agit de dépasser. Et à ce stade, les tensions autour du maintien du cadre connu, de l'entre-soi, et des positions de pouvoir qui y sont liées, sont sensibles. Il serait dommage d'en rester là, et de ne pas dépasser cette situation.

Le deuxième élément de fragilité concerne la rencontre qui ne s'est pas encore faite avec les collectifs, les mouvements, les associations d'exilé-e-s, de sans-papiers, d'immigré-e-s, issus de l'immigration, dans leur diversité. Comme s'il était possible de prôner l'hospitalité pour la société toute entière sans la pratiquer dans un processus d'états généraux, comme s'il était possible de vouloir l'accueil des corps tout en esquivant la confrontation avec la parole des personnes. Cette rencontre qui ne s'est pas encore faite a une histoire, qui ne sera pas forcément dépassée facilement, mais il y a là un enjeu de cohérence qui engage la démarche sur le long terme.

 

 

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