Grèce : la police change demandeur d’asile en passeur

Aux frontières de l’Union européenne, il faut produire du résultat. Il faut notamment produire de l’arrestation de passeur-se. Au besoin la police en invente, et fabrique des preuves. Ainsi Hamza Haddi, militant marocain des droits humains, emprisonné trois fois dans son pays, est emprisonné en Grèce avec un de ses compagnons de passage, alors qu’ils venait demander l’asile en Europe.

Hamza Haddi était engagé en 2011 dans le mouvement du 20 févier, il est aussi membre de l'Association Marocaine des Droits Humains. Ses activités lui ont valu d'être emprisonné à trois reprises au Maroc. Craignant pour sa sécurité, la répression s'accroissant, il décide l'an dernier de quitter le pays et de venir en Europe demander l'asile. L'un des efforts de la politique migratoire européenne est d'empêcher les personnes qui pourraient y obtenir l'asile de parvenir sur le territoire européen. Il se rend donc en Turquie pour passer irrégulièrement en Grèce. Abandonné par leur passeur, il parvient avec quelques compagnons de passage à franchir le fleuve Evros, qui fait la frontière, et à débarquer sur la rive grecque. Là ils sont accueillis par des tirs à balle réelle de la police grecque, déshabillés, battus et emmenés au poste de police. Et là, les policiers désignent Hamza Haddi et un de ses compagnons, Mohammed Haddar, comme étant des passeurs. C'était le 22 juillet 2019. Tous deux sont depuis emprisonnés. Leur procès est prévu le 4 février 2020.

C'est grâce à la mobilisation de l'Association Marocaine des Droits Humains qu'on est informé de la situation de Hamza Haddi et Mohammed Haddar. L'emprisonnement d'exilé-e-s désigné-e-s comme passeur-se-s par la police se fait d'ordinaire sans bruit. Qui se soucie du sort de personnes qui n'ont pas de contact dans le pays, qui ne parlent pas la langue, dont on ne se préoccupe pas puisque les passeur-se-s sont par définition d'odieux-ses criminel-le-s ? La désignation arbitraire d'exilé-e-s comme passeur-se-s est une pratique courante documentée en ce qui concerne la Grèce et l'Italie - pratique policière, validée par les juges qui ne cherchent pas plus loin que les déclarations de la police et décident de peines de prison souvent lourdes. Elle mériterait d'être aussi documentée pour les autres pays européens.

Vous pouvez trouver plus d'informations concernant la situation de Hamza Haddi et Mohammed Haddar sur ce site :

http://www.freehamzamohamed.com/

et télécharger le communiqué du comité de soutien ici (pdf, 72.3 kB).

 

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