Coronavirus macronensis : le scandale sanitaire

Les pénuries se découvrent les unes après les autres, masques, blouses, anesthésiques, tests, sans que deux mois et demi après les premiers cas le gouvernement y remédie. Les effets du confinements sont limités par la pression pour que les gens aillent travailler dans les secteurs non nécessaires. Les morts dues à l’action incohérente ou à l’inaction du gouvernement s’accumulent.

Deux pays voisins, une différence de taille, pourtant.

En France : "Pour tenir la maladie à distance, restez à plus d’un mètre de distance les uns des autres".

https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus

En Suisse : "Vous pouvez contracter le nouveau coronavirus lorsque votre distance avec une personne malade est de moins de deux mètres".

https://www.bag.admin.ch/bag/fr/home/krankheiten/ausbrueche-epidemien-pandemien/aktuelle-ausbrueche-epidemien/novel-cov/so-schuetzen-wir-uns.html#-902961898

Les gestes barrière, sensés nous protéger, ne vont pas de soi. Comme il n'y a pas en France de politique de dépistage et qu'il y a de toute façon une pénurie de tests, nous ne savons pas si nous sommes porteur-se-s du virus. Distance à tenir déterminée a minima - qui serait à augmenter lorsque nous faisons un effort physique puisque nous respirons plus fort et projetons plus loin des gouttes de salive - et pénurie de masques qui pourraient protéger les autres a minima de nos gouttelettes de salive. Pénurie de gels hydroalcooliques pour désinfecter nos mains et les surfaces que nous touchons.

Si les diverses pénuries ou menaces de rupture de stock qui se révèlent au fil du temps pouvaient être compréhensibles lorsque l'épidémie est arrivée en France à la fin du mois de janvier - les mesures de préparation à une pandémie prises dans les années 2000 ont été démantelées pendant le quinquennat Hollande - les choses n'ont pas bougé deux mois et demi plus tard, elles semblent au contraire s'accumuler. Et nous ne remercierons jamais assez nos amis les animaux de nous faire don des précieux anesthésiques qui leur étaient destinés, ceux pour humains étant en rupture de stock.

Certes, lorsqu'on a accumulé aux postes de décision de l'appareil sanitaire des personnes dont la principale mission était de faire des économies, il n'est pas facile de les faire travailler à rebours, en veillant à ce que le personnel soignant ait tout ce dont il a besoin pour faire face à l'épidémie "quoi qu'il en coûte". Mais le ministère de la santé devrait bien pouvoir mobiliser des personnels compétents et motivés pour faire en sorte que la logistique suive. Et puis ces gens qui ont été nommés pour faire des économies, vu la gravité de situation, peuvent s'adapter et travailler autrement - si l'impulsion vient d'en haut, et si les budgets suivent.

Or il semble qu'impulsion et budgets soient a minima. Un exemple qui fait image : la foire-exposition de Berlin est réquisitionnée pour installer un hôpital de 1 000 lits; à grand renfort de médiatisation, le service de santé des armées installe un hôpital de campagne de 30 lits à Mulhouse. La situation de départ, avant l'épidémie, est que l'Allemagne a deux fois plus de lits de réanimation rapportés à sa population que la France. L'extension des services d'accueil des malades atteints du Covid-19 et de réanimation s'est essentiellement fait en mobilisant les moyens des autres services.

Le ministère de la santé, qui n'a qu'un rôle mineur derrière d'autres comme celui de l'intérieur, de l'économie ou du travail, voire de secrétaires d'États dont on découvre l'existence, semble n'avoir pour tâche que de faire en sorte que tout ça ne coûte pas un pognon de dingue; et de donner une image de compétence par un bulletin quotidien comprenant un nombre de décès sous-évalué - parce qu'il semble d'une difficulté insurmontable d'agréger le nombre de décès en maison de retraite et inimaginable de connaître celui des personnes mortes chez elles ou à la rue. Alors qu'il faudrait non seulement que le système de soin soit mis en mesure de répondre à la situation, mais que le ministère de la santé impulse des mesures, dotées de budgets, pour les personnes vulnérables, leur entourage et les professionnel-le-s intervenant auprès d'elles, pour les lieux d'enfermement, pour les lieux d'habitats collectif quels qu'ils soient, pour les personnes sans domicile, pour les personnes sans protection sociale, pour les personnes dont le confinement renforce et aggrave l'isolement, pour les personnes qui travaillent hors de leur domicile, etc, etc, etc.

La mesure phare de la "guerre" contre le virus est le confinement, dont l'application est étrangement confiée au ministère de l'intérieur. En même temps, pression est mise pour qu'un maximum de personnes aillent travailler, que cela soit nécessaire ou non. Pénurie de masques, pénurie de gel hydroalcoolique, pénurie de tests, distances à respecter définies a minima, soutien du gouvernement aux entreprises qui violent les règles sanitaires : si la circulation du virus est ralentie, il continue à circuler dans toute une partie de la population. Celle qui va travailler au-dehors sans mesures particulières ou avec des mesures insuffisantes, mais aussi celle qui ne peut pas se confiner, hébergement collectif, lieux d'enfermement, absence de domicile... Ce qui rend problématique le déconfinement, puisque le virus circule toujours.

Si le gouvernement est indifférent au aspects sanitaires et au nombre de morts - aux aspects près liés à son image - le déconfinement lui pose par contre un problème politique : comment faire face à la colère qui s'accumule et qui est pour l'instant contenue par le confinement et le contrôle policier de l'espace public ? Il est donc probable qui le déconfinement suive une logique politique et non une logique sanitaire, ce qui augure mal de la gestion de l'épidémie, et de la minimisation du nombre de mort-e-s.

Le scandale sanitaire ? C'est la différence entre le nombre de mort-e-s qu'il y aurait eu si le gouvernement avait pris à temps les mesures nécessaires et mobilisé les budgets et les compétences correspondant, et le nombre de mort-e-s avec la politique actuelle.

 

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