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Billet de blog 14 avr. 2022

Cinq ans pour construire une gauche politique

Un bon score de Mélenchon, une absence au second tour, et cinq ans qui s'ouvrent pour faire mieux la prochaine fois. Cinq ans qui sont nécessaires, cinq ans qu'on n'a pas au vu des conséquences écologiques et sociales des politiques qui seront menées pendant ce temps-là, cinq ans qu'on n'a pas le choix d'avoir et qu'il faudra savoir utiliser, pour qu'ils ne deviennent pas dix ans, quinze ou vingt.

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Résultat du premier tour de la présidentielle à gauche : un acteur hégémonique et les autres sous les 5%, dont un Parti socialiste effondré. Inversement, La France insoumise est peu ancrée localement, et c'est dans un système d'alliance avec le Parti socialiste, qui a de beaux restes dans les collectivités locales, que le Parti communiste et Europe Écologie Les Verts ont la grande majorité de leurs élus.

La position hégémonique de La France Insoumise à la présidentielle ne facilite pas le rassemblement, d'autant plus que son attitude et celle de son chef ne font pas nécessairement espérer qu'une dynamique d'union à partir de positions dissymétriques se ferait dans le respect de l'identité et des intérêts de chacune des composantes.

Il y a bien sûr la possibilité que La France insoumise s'élargisse en absorbant ses marges dans des cadres plus ou moins souples et que sa candidate ou son candidat en 2027 ait une assise suffisamment large pour cette fois accéder au second tour. Avec le risque que les autres formations, même affaiblies, seront tentées de présenter des candidat.es au premier tour et d'attirer une partie des voix nécessaires au second, le handicap pour créer la dynamique nécessaire pour gagner au second tour, et la difficulté d'obtenir une majorité législative au cas où pour ce faire l'union au premier tour des élections législatives serait nécessaire.

Une dynamique d'union semble donc moins hasardeuse qu'une dynamique de phagocytage. Mais il faut que La France insoumise la veuille au point de donner des gages et de gagner la confiance de ses partenaires potentiels.

Pendant ces cinq ans, des élections locales, des européennes - plus discrètes, des sénatoriales aussi. Localement, La France insoumise est peu implantée, contrairement à ses partenaires potentiels. Mais le système d'alliance qui permet à ceux-ci d'avoir la majorité de leurs élus va être mis en tension par les ralliements au macronisme. Ça peut conduire à une clarification, une fois les ralliements au macronisme effectués resteront les gens de gauche. Ou ça peut au contraire conduire à une zone grise de compromis variables localement pour conserver les postes d'élus, notamment dans les exécutifs. Et dans ce cas une dynamique d'union à gauche sera difficile à mettre en place, ou alors de manière variable selon les contextes locaux, avec une difficulté de l'extrapoler à une dynamique nationale. Les sénatoriales, qui sont un débouché national, dépendent des positions dans les exécutifs locaux, et pour Europe Écologie Les Verts et le Parti communisme l'alliance avec le Parti socialiste devrait rester incontournable. Et au-delà de la proximité idéologique le macronisme offre des perspectives nationales plus sûres aux notables socialistes (ou autres) qu'une hypothétique union à gauche dans laquelle elles et ils seraient minoritaires.

Les élections européennes présentent elles aussi des difficultés à être une étape vers l'union, des divergences de fond par rapport à l'Union européenne, un mode de scrutin proportionnel, qui invite à partir séparément, des formations qui siègent dans des groupes différents au Parlement européen.

Et en amont de tout cela, les élections législatives de ce mois de juin, qui peuvent être une occasion d'esquisser des convergences ou continuer la dispersion actuelle des forces.

Sans même aborder le contenu, les perspectives d'union ne seront pas sans rencontrer des obstacles. Certes, il pourra être tentant d'évacuer un travail patient sur le fond, sur l'articulation entre action locale et perspective nationale et européenne, sur la mise en place de cadres de travail communs dans la durée, en sortant du chapeau une primaire quelques mois avant l'élection. Outre que pour qu'elle ait lieu il faut que les différentes formations susceptibles de présenter des candidat.es en jouent le jeu, réduire la gauche à un mécanisme de sélection des candidat.es se ferait au détriment de la cohérence permettant de porter dans la durée un projet de transformation sociale.

Ceci étant posé, les personnes qui pensent qu'une forme d'union à gauche basée sur des convergences de fond et un engagement dans la durée, ont à tisser rapidement des liens pour que ces cinq ans qui s'ouvrent leur permettent de peser collectivement face aux perspectives boutiquières qui ont prévalu à cette présidentielle.

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