En Macronie, serons-nous les flics de l’apartheid sanitaire ?

Situation concrète, une sortie au bar ou au cinéma. Est-ce moi, vous, qui allons vérifier qui de notre groupe pourra entrer, ou est-ce que nous laisserons le vigile faire le tri ? Deviendrons-nous des auxiliaires de police vis-à-vis de nos proches et moins proches, saurons-nous trouver des réponses alliant sociabilité, solidarité et résistance ? Nous avons quinze jours pour nous orienter.

Revenons un peu en arrière. Alors que le président Macron décidait de lever de manière anticipée un certain nombre de restrictions en raison de l'amélioration des indicateurs liés à la Covid 19 en France, les mêmes indicateurs étaient repartis à la hausse au Royaume-Uni et au Portugal en raison de la diffusion du variant delta. Il était clair que la France serait atteinte à son tour. Il est difficile de croire que le président ne le savait pas.

Alors pourquoi cette volte-face de lever des mesures plus tôt que prévu pour en imposer de plus sévères tout de suite après ? On peut y voir une stratégie à la France Télécom de déstabilisation et d'insécurisation qui génèrent de l'angoisse et paralyse la capacité de réponse collective. De fait, ça marche depuis plus d'un an : une succession de mesures répressives sont imposées sans rencontrer de résistance majeure, en lieu et place d'une politique de santé publique cohérente, lisible et efficace.

Mais l'occasion est aussi saisie par le président de mettre en place un dispositif de ségrégation et de contrôle de toutes et tous par toutes et tous. Ségrégation, toute de série de lieux de la vie quotidienne excluront une partie de la population. Dans les lieux concernés, l'employeur.e contrôlera le pass sanitaire des employé.es et des client.es, mais n'importe quel.le client.e peut aussi dénoncer des contrôles jugés insuffisants. Et je pense que nous avons tou.te.s vu dans la vie réelle ou sur les réseaux sociaux des gens partis dans une croisade contre des masques mal portés ou autre, par peur viscérale ou sentiment d'avoir à sauver le monde. Donc la pression existera, et la peur des dénonciations aussi.

Et comment allons-nous organiser nos sorties en groupe ? Allons-nous demander aux personnes que nous connaissons plus, que nous connaissons moins, qui est vacciné.e ? Si tout le monde ne l'est pas, annulons-nous la sortie ? Ou la maintenons-nous en excluant les personnes non vaccinées ? Ou y allons-nous sans nous poser la question, le contrôle se faisant à l'entrée ? Et là, comment réagissons-nous ? La ségrégation sera polarisée socialement, selon l'âge, en raison de l'ordre dans lequel s'est faite la vaccination et de l'intérêt moindre quand on est jeune, et selon l'éloignement du système de santé. Mais elle traversera aussi la famille, les groupes d'ami.es, de connaissances, de collègues. Et c'est en partie à nous qu'il est demandé de la mettre en place.

Ou pas. Nous pouvons aussi apprendre à redéployer notre sociabilité dans des lieux non ségrégués. Après tout, bars et restaurants sont restés longtemps fermés; on peut faire ses achats ailleurs que dans les centres commerciaux - mais il peut y avoir des critères financiers; les loisirs et la culture peuvent aussi se vivre ailleurs que dans les lieux dévolus à leur consommation. Ce d'autant qu'on ne sait pas combien de temps ça durera.

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