Gauches : et pourquoi pas un cabinet fantôme ?

Et si on prenait la question de l’union, non à partir de la ou du candidat-e, mais d’une pratique en commun d’analyse critique et d’élaboration de propositions alternatives ?

Le cabinet fantôme est une institution du système parlementaire britannique dominé par deux grands partis alternant au gouvernement. Le parti qui est dans l'opposition forme un simili gouvernement, qui va critiquer l'action du gouvernement en charge et proposer des politiques alternatives - et le cas échéant servir de matrice à un futur gouvernement en cas d'alternance.

Il y a eu en France en différentes occasions des "contre-gouvernements". Le premier formé autour de François Mitterrand après la présidentielle de 1965 a rassemblé la majeure partie de la gauche non communiste, il s'est peu réuni et n'a pas tenu la distance. Les autres depuis la fin des années 1990, ont été constitué d'un seul parti, généralement de droite ou d'extrême-droite (il y a eu un aussi un contre-gouvernement Ayrault en 2007). Ils ont surtout visé à affirmer la vocation du parti qui les constituait à accéder au pouvoir en cas d'alternance.

Un cabinet fantôme de la gauche pourrait être un outil utile dans les circonstances actuelles à la fois de division et d'impossibilité d'accéder au pouvoir sans s'unir. Bien sûr en crédibilisant l'hypothèse d'un gouvernement de gauche en cas d'alternance. Mais pas seulement.

Il permettrait de faire un pas de côté par rapport à la question des candidat-e-s, pour mettre en avant un travail collectif et un contenu. Il permettrait également un décentrage du président vers le gouvernement s'appuyant sur une majorité parlementaire. Il permettrait de compléter et de dépasser un éventuel programme unitaire. Compléter dans le sens où il figurerait une mise en œuvre dynamique de ce qui est un catalogue figé de mesures et d'orientations. Dépasser dans le sens où un programme est le résultats de compromis que ne ménagera pas la réalité - les silences résultant de l'évacuation des points de désaccord seront confrontés au réel, l'équilibre issu des négociations sera confronté à l'imprévu. Se mettre en situation de formuler des propositions alternatives face aux situations rencontrées par un gouvernement permet de se doter d'une capacité collective à répondre aux questions qui se présentent. C'est aussi, concrètement, une préparation à l'exercice collectif du pouvoir.

Si la gauche veut faire autre chose qu'aligner des candidatures de témoignage et assister impuissante à un match dans lequel l'extrême-droite offre la seule option ayant une chance crédible de succès au rejet du macronisme, il faut qu'elle se donne des outils pour un travail de fond en commun, et pour se préparer, en cas de victoire électorale, à gouverner à gauche dans un contexte qu'on voit déjà devoir être difficile.

 

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