Et si vous puciez vos salarié-e-s?

Ça pourrait paraître le sujet d’un roman post-horwellien, ou une blague de premier avril. C’est pourtant l’objet d’un rapport commandé par le Parlement européen l’an dernier, qui étudie très sérieusement l’éventualité de l’implantation de puces RFID sur les humains dans le cadre de leur travail. Réflexions et lien pour télécharger le rapport.

C'est un rapport d'une cinquantaine de pages en anglais qui a été rendu au Parlement européen sur l'implantation de puces RFID dans le corps des employé-e-s sur les lieux de travail. Après une présentation de la technique et de son emploi actuel - quelques milliers de personnes sont déjà pucées de par le monde en lien avec leur travail - sont traitées les incidences et les obstacles à l'utilisation de cette technologie dans le contexte du lieu de travail.

Les risques pour la santé sont considérés comme peu probables, mais en l'absence d'étude suffisamment large et fiable, il faudrait approfondir la question au cas où le puçage se développerait, notamment de manière obligatoire sur des lieux de travail. Est mentionné le meilleur endroit pour implanter les puces, dans la peau entre le pouce et l'index, de la main gauche chez les droitiers et vice-versa.

Les obstacles juridiques et éthiques sont distingués selon que le puçage est volontaire ou obligatoire. Volontaire, dans ces lieux de la liberté contractuelle et des relations sociales pacifiées que sont les lieux de travail privés et publics, les employé-e-s choisissent de se faire implanter une puce sous la peau. Le rapport précise qu'il faut bien sûr que le consentement soit réel et exempt de pressions, et qu'il faut prévoir des garanties pour ça.

Obligatoire, les obstacles juridiques et éthiques sont nombreux et forts, et il faudrait une situation particulièrement grave pour justifier le non-respects des droits fondamentaux en cause. Par exemple en terme de menace sur la sécurité nationale.

Le dernier ordre d'obstacles est lié aux limites de la technologie en terme de sécurité. Les puces RFID actuelles - comme celles des cartes de crédit dit le rapport - peuvent être dupliquées, altérées, modifiées, et ne sont donc pas totalement fiables, ce qui est un obstacle à leur utilisation dans certains contextes.

Le rapport suggère donc un encadrement des puçages volontaires, et un moratoire des puçages obligatoires, s'il y avait des demandes en la matière.

En terme dynamique, si on réfléchit à ce que ça peut signifier au fil des années, ça veut dire un cadre plus ou moins strict permettant un développement du puçage volontaire dans le cadre de relations de travail hiérarchisées, voire du renard libre dans le poulailler libre, et des possibilités de puçage obligatoire liées à des montées de stress sécuritaire. Et ensuite que le meilleur gagne, si les puces implantées sous la peau deviennent plus fiables, qu'elles ont un intérêt pratique par rapport à un simple badge ou à des systèmes de reconnaissance biométrique, si les industriels qui ont intérêt à son développement sont efficaces en terme de promotion commerciale et de lobbying, si l'évolution des logiques de contrôle liées aux relations de travail évoluent dans ce sens, le puçage se banalisera et se répandra. Sinon, il restera marginal.

 

Vous pouvez télécharger ce délicieux rapport ici (pdf, 2.0 MB).

 

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