Tunisie - politiques migratoires européennes - délit de solidarité

L’Union européenne fait de ses voisins et des voisins de ses voisins les relais de sa politique migratoire, du Sénégal à la Turquie en passant par le Maroc, le Niger ou la Libye. Elle y exporte notamment ses méthode répressive. En Tunisie, Rajabu Kilamuna, coordinateur de l’association Migrants sans frontières, en situation régulière, est enfermé depuis deux mois dans un centre de rétention.

Si la Tunisie a échappé à la fois à la guerre et à la restauration des régimes autoritaires qui ont recouvert la révolte des printemps arabes, et a maintenu une démocratie certes perfectible mais rare dans son contexte géographique, celle-ci semble suspendue là où les institutions tunisiennes se font le relais des politiques migratoires européennes. On trouve en Tunisie des centres de rétention, des centres d'accueil pour les exilé-e-s refoulé-e-s vers le sol tunisien. La police y procède à des rafles au faciès. Le Haut Commissariat aux Réfugiés et Organisation Internationale des Migrations, deux agences de l'ONU, y interviennent pour le compte de l'Union européenne, l'une pour identifier les personnes relevant d'une protection internationale, et négocier avec les autorités tunisiennes un droit au séjour précaire, l'autre pour réacheminer les exilé-e-s "volontaire" vers leur pays d'origine. Et la solidarité avec les exilé-e-s y est aussi réprimée.

L'association Migrants sans frontières mène des actions de solidarité avec les personnes en exil. Elle est dûment enregistrée, et bénéficie de toutes les autorisations nécessaires pour exercer son activité. Entre autres, "une partie importante de son travail concerne la défense des personnes migrantes arrêtées de manière arbitraire et/ou envoyées dans des centres de rétention tels que El Wardiya". Son coordinateur, Rajabu Kilamuna, de nationalité congolaise, est détenteur d'un titre de séjour provisoire et d'un permis de travail.

Il a été arrêté le 14 février 2020 et enfermé au centre de rétention d'El Wardiya. Il a été mis à l'isolement et privé de son téléphone. L'accès aux soins que nécessite son état de santé lui a été refusé, ainsi que la possibilité de déposer une demande d'asile. Il est menacé d'être renvoyé vers la République Démocratique du Congo, où il dit craindre pour sa vie et sa sécurité.

Les conditions d'enfermement dans le centre de rétention ont été aggravées par le risque de propagation du Covid-19. Les personnes enfermées se mobilisent, et certaines sont en grève de la faim depuis le 6 avril.

Vous pouvez trouver plus d'informations sur le site du Forum Tunisien pour les Droits Économiques et Sociaux :

https://ftdes.net/temoignage-de-rajabu-kilamuna-de-lassociation-migrants-sans-frontieres-enferme-dans-le-centre-de-retention-del-wardiya/

 

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