On meurt aussi à la frontière belgo-britannique

Il n’y a pas seulement Calais. Si on s’en tient au mode de passage en se cachant dans un camion qui traverse par ferry ou par le Tunnel sous la Manche, la frontière britannique va de Cuxhaven en Allemagne à Bilbao en Espagne, et s’étend en profondeur le long des autoroutes au fil des parkings et des zones industrielles. En Belgique, le site Getting the voice out recense les morts de la frontière.

Calais concentre 95% du trafic camion entre le continent et la Grande-Bretagne, par les ferrys et par les navettes du Tunnel sous la Manche. C'est aussi le premier port français de passagers, là aussi à destination ou en provenance du Royaume-Uni. Avec la "sécurisation" (il ne s'agit pas de mettre les personnes en sécurité mais de les empêcher de franchir la frontière) croissante du port de Calais, des approches du Tunnel et de la gare TGV, les lieux pour se cacher dans des camions se sont dispersés de plus en plus en amont du littoral, jusqu'en Belgique, et au-delà aux Pays-Bas et en Allemagne, traversant la Belgique. Le passage est devenu aussi plus important par les ports ayant une liaison ferry avec le Royaume-Uni, pour la Belgique, Zeebruges et jusqu'à la fermeture de la liaison en 2013 Ostende.

La situation a été longtemps très peu médiatisée en Belgique. La petite soixantaine de kilomètres de littoral concentre le tourisme de bord de mer, l'image négative de Calais est un repoussoir pour les élus. Les choses se sont donc beaucoup géré dans l'invisibilité. Mais l'entrecroisement entre la politique de non-accueil des personnes souhaitant rester en Belgique et celle des personnes la traversant pour aller au Royaume-Uni, l'augmentation du nombre d'exilé-e-s à partir de 2014, l'hypermédiatisation de la "crise des réfugié-e-s" et de la "jungle de Calais" en 2015 et 2016, entraînent une mise en lumière de la situation (voir ici et ). Un nouveau concept est élaboré par les autorités, celui de "transmigrants", qui n'auraient pas à être là puisque ne souhaitant pas rester en Belgique.

La répression s'est accrue, les morts aussi. Dernièrement Geri, venu d'Érythrée, tombé d'un camion ayant sciemment mis en danger les personnes dont il avait vu qu'elles étaient à son bord.

http://www.gettingthevoiceout.org/nouveau-deces-aux-frontieres-dun-exile-base-en-belgique-08072019/

Le site Getting the voice out, qui donne principalement la parole aux personnes enfermées en rétention, tient depuis juillet 2017 le compte des mort-e-s de la frontière :

 

" Listes des exilé.e.s connus passé.e.s par la Belgique et tué.e.s par les frontières depuis juillet 2017

 

HOMMAGE à

 

2017 :

-Omar, 18 ans, Soudanais, décédé sous un bus à Bruxelles le 23/07/2017

-Dejen, 16 ans, Ethiopien, décédé à Aalter tombé d’un camion le 04/11/2017

-M, Soudanais, retrouvé dans le canal à Bruxelles le 17/11/2017

 

2018

-Mohammed, 39 ans, Ethiopien, décédé à Jabbeke poursuivi par des policiers le 29/01/2018

-M, 22 ans, Algérien, décédé à Zeebruges le 22/03/2018

-Mawda, 2 ans, Kurde, assassinée le 16 mai 2018 à Mons lors d’une course poursuite

-Amalou Ourez, 20 ans, Guinéen, écrasé par un bus à Berchem St Agathe ( Bruxelles) le 19/06/2018

-X,19 ans, Vietnamien, renversé par une voiture à Jabbeke le 17/08/2018

-Imran Ullah, Afghan, renversé par une voiture à Ramskapelle sur la E40 le 09/09/2018

-Kebede,, 25 ans, Erythréen, tué sur un parking à Wetteren sur la E40 le 12/09/2018

-Gebre, 36 ans, Erythréen, mort suicidé au centre fermé de Vottem le 09/10/2018

 

2019

-Adam usman Kiyar, 20 ans, Ethiopien, bien connus à Bxl, mort dans un camion à Calais le 08/03/2019

-Amaneal, né en 1986, Éthiopien, son corps retrouvé sur une voie ferrée à Silly ( Tournai) le 17/04/2019

-Mahammat Abdullah Moussa, 25 ans, Tchadien, probablement mort le 17/04/2019 accroché sous un bus gare du Nord à Bruxelles, son corps retrouvé déchiqueté à l’arrivée à Folkstone

-Géri, 25 ans Erythréen, tombé d’un camion sur l’A29 près de Rotterdam le 06/07/2019

 

LES FRONTIERES TUENT/BORDERS KILL"

 

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