Allemagne : quand le vivre ensemble se nourrit du lutter ensemble

Alors que l'ouverture fugace de l'Allemagne aux réfugié-e-s n'est plus qu'un souvenir, et qu'une partie de la gauche allemande assume les idées de l'extrême-droite dans l'idée de lui prendre ses électeurs et électrices, un mouvement s'est co-construit dans le temps à travers les luttes entres gens d'ici et venus d'ailleurs. Rendez-vous à Hambourg fin septembre.

Le "nous" qui parle dans le texte de l'appel du Défilé antiraciste qui aura lieu le 29 septembre à Hambourg, n'est pas une simple figure rhétorique. Il s'enracine dans une longue tradition de lutte contre les expulsions, contre la relégation dans des centres d'hébergement loin de tout, contre l'exclusion par des procédures kafkaïennes, contre la fermeture des frontières, pour le droit d'être ici, d'y rester et d'y construire sa vie, pour la liberté circulation et d'installation. Et autour de l'idée et de la pratique que des personnes se retrouvent dans la lutte et font société sans distinguer qui serait d'ici et qui viendrait d'ailleurs.

Voici ce texte d'appel en français (le reste du site est en version allemande et en version anglaise) :

https://www.welcome-united.org/de/call_francais/

 

" CONTRE LES DÉPORTATIONS, L’EXCLUSION ET LA HAINE RACISTE –
POUR LA LIBERTÉ DE MOUVEMENT ET L’ÉGALITÉ DES DROITS POUR TOUSTES!

 

Appel pour le défilé antiraciste à Hambourg, le 29 septembre 2018

 

UNI*E*S CONTRE LE RACISME

 

Le 29 septembre 2018 est dès à présent le plus beau jour de l’année. Ce sera notre jour. Nous sommes nombreux*ses, nous sommes différent*e*s et nous luttons tous les jours à notre porte. En septembre, nous allons toustes nous réunir. Nous allons nous rendre à Hambourg, en voiture, en train ou en bus. En venant des villages et des villes, des Lager et des camps, des Willkommensinitiativen (initiatives d’accueil) et des organisations d’aide, des chantiers, des écoles et des fac’s. C’est avec des voitures à haut-parleurs, des performances, des paroles, de la musique et du carnaval que nous allons chasser des rues de la ville le froid, le racisme et l’insensibilité. Ensemble, nous allons dessiner une image dans la rue : l’image de notre amitié, l’image d’une vie solidaire, diversifiée et sans peur. Si nous bougeons, le monde bouge !

 

Contre les mensonges !

Les histoires qu’on nous raconte au quotidien sont insupportables. Elles sont insultantes et mensongères. On nous raconte que le problème ce sont les réfugié*e*s, alors qu’elles*ils se noient dans la Méditerranée. On nous raconte que les limites de notre capacité à intégrer sont atteintes, alors qu’une horde raciste et décomplexée fait rage au Bundestag (dans le parlement allemand) et dans les rues. On nous raconte que les “coûts de l’intégration” augmentent, alors que les cours de langue et l’emploi nous sont refusés et que des sommes énormes sont dépensées pour la bureaucratie des déportations et des chicanes. On nous parle de violence – et entre-temps, des enfants sont enlevé*e*s de leurs lits et de leurs classes pour être déporté*e*s vers des pays complètement étrangers.

 

Il est facile de nous insulter et de nous exclure, car beaucoup d’entre nous sont déjà tout en bas. Nous avons fui la guerre, la faim, la pauvreté et la misère. Beaucoup d’entre nous sont venu*e*s parce que le capitalisme mondial a détruit nos vies. Nos familles n’ont pas le droit de nous rejoindre parce qu’ici notre amour et notre désir ne valent rien. Le gouvernement veut fermer les frontières et nous entasser dans de nouveaux camps. Nous ne voulons certainement pas de pitié, nous sommes des êtres humains, pas des victimes. Mais nous constatons : voilà donc combien cette démocratie est démocratique. Ce ne sont pas les bateaux en Méditerranée qui constituent un danger pour nous toustes, mais le racisme qui fait rage et tue dans toute l’Europe.

 

Le problème, c’est le racisme !

En 2017, plus de 3 000 personnes sont mortes ou ont disparu en Méditerranée en essayant d’atteindre l’Europe. Leur mort ne valait qu’un flash aux nouvelles. Leurs noms restent anonymes. En Allemagne, 2 200 attaques contre des logements de réfugié*e*s ont été recensées au cours de la même période. Des bénévoles solidaires ont été attaqué*e*s 180 fois. Des musulman*e*s ou institutions musulmanes ont été touché*e*s 950 fois. 1 453 crimes antisémites ont été enregistrés. Plus de 5,5 millions d’électrices*eurs ont voté pour l’AfD, un parti ouvertement raciste, lors des dernières élections fédérales. Et nous n’avons certainement pas oublié le groupe terroriste allemand néo-nazi NSU (Nationalsozialistischer Untergrund, en français “Parti national-socialiste souterrain”), qui a pu tuer tranquillement pendant des années.

 

C’est à tout cela que nous pensons quand on nous raconte que l’Allemagne devient de plus en plus dangereuse. Regardons enfin les choses en face : Qui est piégé*e dans les centres d’hébergement et entend quand les vitres des fenêtres sont brisées la nuit ? Qui est chicané*e à la Ausländerbehörde (au bureau de l’immigration) ? Qui est exploité*e par du travail illégal et des stages non rémunérés ? Qui nettoie les assiettes, les toilettes et les maisons ? Qui vit et travaille ici depuis des décennies et reste néanmoins toujours un*e “invité*e” ? Non, pour nous, aucun monde parfait ne s’effondre avec l’entrée de l’AfD au Bundestag avec 13 % des voix.

 

La vérité est différente !

Voici que nous nous élevons. Ce n’est ni la première, ni la dernière fois. Contre cette folie raciste, contre ce monde tordu, contre cette patrie sans cœur, contre la communauté fortifiée, contre la politique de l’exclusion. Nous ne nous séparons pas et nous ne laissons pas diviser. “Allemand*e” ou “étrangèr*e”, “réfugié*e*s” ou “Saxon*ne*s”, de Dortmund ou de Damas, d’Afrin ou d’Athènes, de Kaboul ou de Kassel : cela fait bien longtemps que cela nous est égal. Il s’agit de nous toustes. Il s’agit de savoir comment et dans quelle société nous voulons vivre ensemble.

 

Cela fait longtemps que nous construisons un autre monde. Nous avons commencé chez nous. Nos portes sont ouvertes. Peu importe d’où nous venons, nous nous connaissons, nous avons échangé nos numéros de téléphone, nous sommes des points de contact vivants, nous sommes toustes devenu*e*s depuis longtemps expert*e*s et ami*e*s. Avec chaque tâche accomplie conjointement et grâce à l’entraide, nous gagnons de nouvelles forces. Que ce soit auprès des autorités, sur les bateaux de secours en Méditerranée, au Jobcenter (à l’agence pour l’emploi), lors de visites d’appartements ou à l’école. Nous ne cesserons pas de lutter contre les anciennes et nouvelles structures du pouvoir et contre le système colonialiste mondial. Nous défendons nos corps et notre dignité – contre le sexisme, le racisme et toutes sortes de violence !

 

Détruisez les frontières !

Ce que nous vivons ensemble est important et grand. “Welcome United” à Berlin en septembre 2017 était un festival et un commencement. Nous avons manifesté pour faire entendre nos voix et revendiquer nos droits, mais surtout, nous nous sommes rendu*e*s compte de qui nous sommes et de combien nous sommes nombreux*ses. Et nous avons montré que nous pouvons faire bouger des villes et des quartiers, nos ami*e*s et voisin*e*s, les frontières et les horizons. Allons de l’avant vers un nouveau départ. N’ayons plus peur. Ne nous laissons plus terroriser. Ne soyons plus seul*e*s. Finie la soumission. Nous descendons dans la rue parce que nous voulons un avenir. Un avenir pour toustes.

 

C’est pour cela que nous voulons nous rassembler : pour un grand défilé antiraciste et solidaire à Hambourg. Il se peut que nous vivons en ce moment une période d’égoïsme, de froid et de racisme et qu’il existe des temps meilleurs, mais ceci est le nôtre. Ce qui doit se produire maintenant a commencé depuis longtemps. Nous sommes nombreux*ses – et bien plus nombreux*ses que nous ne le pensons. "

 

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