Coronavirus macronensis : demander l'asile en Corée du Sud ?

Deux pays ayant une population du même ordre de grandeur, 51 millions d’habitant-e-s pour la Corée du Sud, 67 millions pour la France. Deux politiques différentes face au Covid-19. Avec comme résultat un nombre de mort-e-s dans un rapport de un à cent.

Sur son blog Médiapart, François Amblard, chercheur détaché depuis cinq ans par le CNRS en Corée du Sud, a mis en ligne un document de vingt-six pages décrivant la politique mis en place par la Corée du Sud face au Covid-19. Un document passionnant, mais aussi glaçant quand on compare ce qu'il décrit à ce que nous voyons en France.

Au 15 avril, 225 personnes étaient décédées du Covid-19 en Corée du Sud. Au maximum de l'épidémie, il y avait une dizaine de décès par jour, à la mi-avril autour de 3 par jour. Il y a eu un seul décès parmi les personnels de santé depuis le début de l'épidémie.

En France, si on intègre les décès à domicile, dont le nombre est évalué mais n'est pas certain, faute de tests, on en était à la même date approximativement à cent fois plus de mort-e-s.

"Dès le 10 janvier, jour de la publication non-officielle du génome viral par le Shanghai Public Heath Clinicat Center, la société Kogene s’est engagée de sa propre initiative dans la conception d’un test RT-PCR pour détecter le virus SARS-CoV2. Le 16 janvier, jour de la validation du test PCR développé à Berlin par le Pr Drosten 15 , la société Seegen se lance à la suite de sa concurrente. Grâce à un protocole d’agrément accéléré prévu par la loi, les deux sociétés reçoivent le 4 février, du KCDC et du ministère de la Santé, l’autorisation de commercialiser leur test." (page 22 du rapport de François Amblard)

À partir du moment où il y a les tests, il est possible de tester toutes les personnes présentant des symptômes, même bénins, et si elles sont positives de tester leur entourage et de reconstituer pour les quatorze jours de la période d'incubation leurs contacts et les lieux fréquentés, et là encore de tester largement.

Les personnes testées positives sont confinées. Si pas de symptômes ou symptômes bénins, à domicile - et dans ce cas tout le foyer est confiné - ou dans des hébergements spécialement mis à disposition. Si elles sont malades elles sont hospitalisées dans des hôpitaux dédiés pour ne pas risquer de contaminer ou de gêner le fonctionnement des autres hôpitaux. Pour sortir du confinement, il faut avoir eu deux tests négatifs consécutifs.

À partir du moment où les personnes porteuses du virus sont détectées de manière sûre et isolée, il n'est pas nécessaire de confiner la population. La population sud-coréenne n'est donc pas confinée. Les précautions d'usage sont à respecter (la distance à respecter préconisée est de deux mètres, le port du masque est conseillé). Les frontières du pays ne sont pas fermées, mais il y a une mise en quarantaine des personnes entrantes.

Début mars, il y a eu une période tendue dans la ville de Daegu liée à la diffusion du virus dans la secte Shincheonji, et il fallu quelques jours pour que le gouvernement mette en place la capacité hospitalière nécessaire et les hébergements pour les personnes confinées. Le président de la république s'en est excusé publiquement. Au même moment la demande de masques a explosé, il a fallu quelques jours pour que les masques redeviennent facilement accessibles à la population. Là encore, le président de la république s'en est excusé. Les masques et les autres équipements nécessaires n'ont jamais manqué aux personnels de santé.

Revenons en France.

On notera au passage que le confinement général de la population est une conséquence de l'impréparation des dirigeant-e-s, là où un dépistage est mis en place suffisamment tôt il n'est pas nécessaire.

Pour ce qui est des tests en France, se reporter à l'article d'hier sur Médiapart :

https://www.mediapart.fr/journal/france/290420/tests-covid-19-la-defaillance-organisee-au-sommet-de-l-etat

Pour ce qui est des masques, le feuilleton continue plus de trois mois après les premiers cas confirmés en France (toujours sur Médiapart, voir entre autres ici, ici, ici, ici et ).

Quant aux excuses... Le pire est peut-être qu'on a le sentiment qu'au bout de trois mois on en est au même degré d'impréparation. Et que ça peut continuer encore comme ça longtemps.

On peut essayer quelques pistes d'explication :

- l'argent : les tests, les masques, les équipements divers, l'hébergement confiné des personnes porteuses du virus, les lits d'hôpitaux, voire les hôpitaux dédiés, le dépistage... Le gouvernement s'est toujours refusé à engager ces dépenses pour notre santé.

- l'idéologie : dans la société néolibérale que le gouvernement construit, la santé relève d'acteurs privé, le rôle de l'État se limite tout à plus à entretenir un système public de santé bas de gamme pour les pauvres. On remarque que dans le même cadre de pensée, certains gouvernements  sont capables d'apporter des réponses pragmatiques (Allemagne, Corée du Sud), tandis que d'autres appliquent de manière rigide leur doctrine.

- l'incompétence : il est probable que cette crise met en lumière une vraie incapacité de l'exécutif à répondre à une situation imprévue. La question au-delà - l'exécutif peut se changer par les élections - est de savoir après des années d'austérité dans quel état est la capacité de réponse des administrations.

 

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