Grèce : des murs jusque sur la mer

Tandis que le Royaume-Uni quitte l'Union européenne, la Grèce projette un mur flottant entre l'île de Lesbos et la côte turque, pour tenter de bloquer les exilé-e-s. Comme si là était le danger pour l'Europe.

Quand la politique est une branche de prestidigitation : tandis que les doigts prestes d'une main s'agitent dans la lumière pour capter l'attention du public, les doigts agiles de l'autre main travaillent dans l'ombre aux choses importantes.

Quoi de plus parlant qu'un mur pour dire la protection contre un danger. S'il n'y a pas de fumée sans feu il n'y a pas de mur sans danger. Foin de l'absence de solidarité entre les États européens, du départ du Royaume-Uni, des ravages de l'austérité, du démantèlement des solidarités, de la stigmatisation des pays-cochons (les PIGS, mauvais élèves de la rigueur budgétaire : Portugal - Ireland - Greece - Spain), de la Grce austérisée pour exemple : le migrants, vous dis-je ! Pratique, le mur est à double-face, il désigne le danger et prétend nous en protéger.

Les îles grecques de la Mer Égée sont à deux pas des côtes turques. Elles sont une voie d'accès pour les personnes auxquelles les gouvernements interdisent l'accès à l'Union européenne, comme les réfugié-e-s syrien-ne-s ou afghan-e-s, et d'autres. L'Union européenne et les gouvernements grecs qui se sont succédé ont eu l'idée de les bloquer sur certaines îles, dans des camps sous-dimensionnés, le temps d'une procédure d'asile à durée indéterminée. Les conditions indignes, le dénuement, l'attente, l'incertitude, la violence, font partie de la stratégie de dissuasion. À l'échelle de la Grèce, le nombre d'exilé-e-s bloqué-e-s dans les îles représente peu de chose, à l'échelle européenne il est infinitésimal. À l'échelle des îles concernées, dans de telles conditions de dénuement, ces quelques milliers de personnes prennent la figure d'une invasion. Bien sûr il serait simple de les transférer sur le continent, et encore mieux de leur permettre de gagner les pays européens où elles auraient les meilleures chances d'intégration. Pour détourner le regard des solutions aux problèmes qu'il a créés de conserve avec l'Union européenne, le gouvernement grec envisage un mur flottant, entre les côtes turques et les îles grecques.

https://www.reuters.com/article/us-europe-migrants-greece-barrier/greece-wants-floating-fence-to-keep-migrants-out-idUSKBN1ZT0W5?il=0

https://www.arabnews.com/node/1619991/world

https://www.courrierdesbalkans.fr/fil-info-refugies-2020-janvier

https://www.infomigrants.net/fr/post/22441/la-grece-veut-eriger-une-frontiere-flottante-sur-la-mer-pour-limiter-l-afflux-de-migrants

Il y a quelques deux mille ans, un certain Jésus de Nazareth marchait, parait-il, sur les eaux du lac de Tibériade. Aujourd'hui, les descendants putatifs d'Ulysse veulent construire des murs sur celles de la Mer Égée, et nous intiment de croire en ces murs. Le boniment remplace la parabole. Avons-nous bien envie de rester enfermés avec ces dirigeants-là ?

 

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