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Billet de blog 13 juin 2020

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Le bal des pleureuses

Les réfugiés ont intérêt à s’accrocher aux barreaux des centres de rétention, l’industrie des victimes relocalise. Il pleut des subventions et chacun y va de ses malheurs et du bien commun revendiqué, l’Etat-providence sauve les actionnaires comme Dieu les âmes et il s’agit de ne pas rater la messe. Pas mal se révèlent qui se disaient Charlie et ne sont qu’Airbus.

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Simone Barbes ou la vertu (MC Treilhou) © Archipel

En Provence comme partout, les salles de cinéma ont lancé le concert des lamentations, des salles municipales ou associatives, souvent peu impactées par le confinement (chômage partiel, salles municipales au loyer modeste ou inexistant, subventions 2020 intégrales, etc.) se disent pourtant en difficulté. Ici, un plan de soutien par la collectivité régionale est en route pour aider à la relance du pareil au même…

C’est d’époque, avant qu’on nous envoie la douloureuse les vannes sont ouvertes et la générosité des collectivités (Etat compris) est largement sans contreparties… C’est d’époque si on veut… en fait c’est Noël !

Pourtant, en difficulté, elles l’étaient bien, les salles, mais avant tout virus si ce n’est celui du conformisme. Vouées à la sous-traitance médiatique, elles s’angoissaient déjà qu’on leur fasse l’aumône de quelques films « porteurs » pour leur réouverture… ayant vu par exemple le Pinocchio leur passer sous le nez… et quel pied de nez !… distribué en ligne avec un succès qui promet des suites… Et d’en appeler au coup de pouce financier qui déglinguera plus encore les budgets de la culture déjà moins portés sur la création que sur ses murs… C’est juste le cercle vicié qui s’accélère.

Les auteurs et réalisateurs sont globalement les plus mal rémunérés pour leur travail, de toute la chaîne cinématographique, agents d’entretien des salles de cinéma compris… (Sauf de verser à leur tour dans la culture OGM intensive du champ télévisuel). Situation considérée comme normale puisque ceux-là se battent pour travailler, et au jeu de l’offre et de la demande, c’est une position qui ne vaut pas un clou…

Aussi quand la Région Sud institue pareillement « une aide exceptionnelle à l’écriture » pour « aider » les auteurs (alors que cette aide va diminuant depuis des années et tend à dissipation)… on se demande à quoi ça rime ?! Soit on reconnaît que les auteurs doivent être justement rémunérés, et cette « aide » qui n’en est pas une, mais un revenu pour un travail réel, doit être maintenue au moins à ce niveau « exceptionnel » qui n’en est pas un… Soit on la supprime franchement parce que des auteurs, il y en a déjà ailleurs.

Mais revenons à nos bonnes âmes exploitantes qui s’inquiètent donc de voir s’éloigner les films « juteux » qui assurent leurs fins de mois… films qui rapportent sans avoir à se poser de questions au royaume de la com’, dont la vertu principale est aussi souvent de provenir du délicieux caddy-cannois (Ah quelle douce catégorie que cet « Art et Essai porteur » qui lance la saison des plages et des cocktails !)… Et qu’importe si cette pratique-là relève plus de l’élevage que de la cinéphilie, de la conduite de troupeaux que de l’émancipation.

Pour une fois...
Si en contrepartie de cette aide publique et exceptionnelle à répétition (qui vise juste en fait à maintenir pour l’instant le réseau après-vente des majors et minors de l’industrie des paillettes) on demandait à ces salles de cinéma de faire un travail minimal pour donner accès aux films que les mêmes collectivités financent de la main gauche et auxquels la structure archaïque et pyramidale du cinéma français ne donne aucune visibilité ?
Si en contrepartie de cette aide répétitive exceptionnelle nous demandions aux exploitants de se sortir les doigts du cul pour aller voir ailleurs qu’entre les petits fours, ce qui se fait de vivant dans le cinéma ? Et œuvrer ainsi sérieusement au renouvellement de ce public qui n’est pas le leur quoi qu’ils en disent (le fameux monpublic)... Sous peine de leur propre disparition !

Pour une fois…
Si on demandait aux cinéastes quels dispositifs, que n’inventeront jamais les grosses têtes du CNC, articulant productions, diffusions, festivals et éditions, ils préconisent pour assurer des rémunérations qui leurs sont dues et ne relèvent pas de mendicité ? (Le calamiteux statut d’intermittent concerne en priorité les fabricants de cosmétiques, pour les autres c’est de la poudre aux yeux)

Pour une fois…
Si on faisait une pause en déplaçant la question : non pas pour aménager avec leur bénédiction l‘exploitation des artistes, mais pour les interroger sur leur chemin de liberté !?

En attendant, le communiqué public du cinéma de l’Archipel (ci-dessous) à Paris, fait tache.

Lui pose une pause, pas sur décret du gouvernement, un geste libre et souverain. Un geste gratuit qui revendique d’avoir le dernier mot. Un écho à ce que nous écrivions ici-même
Y aura-t-il des responsables de salles ou des programmateurs pour se sentir concernés autrement qu’en mots ? Au-delà du soutien verbal, à voir les programmes et les préoccupations prévus ici ou là c’est pas flagrant...

C’est pas obligatoirement la fine fleur de la programmation qu’on lit-là, c’est juste l‘idée qu’on s’arrête librement pour faire le poing...

 
Jf N / 12/06/20
Café de la gare / Aspres sur Buëch

[COMMUNIQUÉ / Cinéma L'Archipel]

Tout le monde s'active actuellement pour une réouverture des salles de cinéma la semaine du 22 juin. Nous serions très heureux de vous retrouver dès cette date, mais nous faisons le choix de ne pas céder à la pression générale, et préférons pour notre part rester fermés.

En tant que salle de continuation, L'Archipel ne peut accéder aux films que très tardivement en raison d'une situation géographique très concurrentielle, à proximité de l'UGC Les Halles et du MK2 Beaubourg. Ces dernières années, les deux circuits ont démontré qu'ils étaient capables d'assurer eux-mêmes au moins une à deux semaines de continuation à des horaires réduits, y compris sur les films d'auteurs les plus exigeants correspondant à la ligne Recherche de L'Archipel. Il a été le plus souvent impossible d'envisager une programmation complémentaire. Chaque semaine, la salle est fragilisée, ne pouvant entrer la plupart du temps que des films déjà "essorés".

Dans un marché parisien ultra-tendu, L'Archipel n'a pas attendu le virus pour se réinventer face à la crise. Depuis 7 ans, en éclaireur de la création cinématographique contemporaine, il dessine une proposition singulière, se situant à contre-courant du turn-over permanent des mercredis successifs. Sur un modèle déjà pratiqué par d'autres salles de continuation, il impose les films dans la durée. Non pas un seul comme une tête de gondole, comme un coup de cœur, mais la plupart de ceux qui entrent à l'affiche. Par ailleurs, plus de 150 rencontres et animations ont été développées chaque année, sous des formes toujours renouvelées. Les spectateurs - et souvent très jeunes - sont venus en nombre découvrir des séances cartes blanches, des master class, des lectures ou concerts en écho à un film, etc. Nous avons eu le plaisir d'accueillir plusieurs auteurs internationaux, des cinéastes français confirmés ou la "jeune garde" des cinéastes français.

L'Archipel restera fermé cet été car nous faisons le choix de ne pas repartir dans cette nouvelle fuite en avant, le nez dans le guidon, après qu'ait été donné le coup de sifflet d'un nouveau départ vers le "monde d'avant". L'Archipel restera fermé car nous faisons le choix de ne pas céder à la précipitation pour mieux retrouver le temps de l'émulation et de la réflexion. Cette fermeture estivale nous laissera par ailleurs l'opportunité de faire quelques travaux d'amélioration.

On entend régulièrement et depuis bien longtemps que le trop grand nombre de films qui sortent fait disparaître trop vite ceux qui sont déjà en salles. Mais les films ne disparaissent pas en général, ils perdent simplement une exposition en plein programme. Quand on regrette qu'un film n'ait connu que trois semaines d'exploitation, c'est tout bonnement nier le travail éditorial imaginé pour prolonger la vie du film au-delà de ces trois semaines.

Quels films reprendre au 22 juin ? Ceux programmés la semaine du 11 mars ? Cela rime-t-il à quelque chose quand tout le monde a déjà les yeux rivés sur les sorties du 22 ? Que faire des films sortis en VOD pendant le confinement alors que leurs distributeurs les envisageaient en salles au départ ? Combien de films sortiront cet été ? Combien de temps les salles de circuits et les salles indépendantes d'exclusivité les garderont-elles ? Reproduira-t-on ce qu'il se passe chaque été avec un accès difficile au film pour la continuation en raison d'un nombre réduit de sorties liée à la saison ?

Nous aimerions proposer à nos partenaires de prendre le temps et le recul nécessaire pour imaginer la meilleure exposition possible sur la durée des films qui s'embouteilleront a priori de nouveau à compter du 24 juin.

La projection d'un film en salle repose essentiellement sur l'expérience collective vécue par une communauté de personnes dont la cinéphilie se déploie autour de multiples espaces historiques et géographiques. Nous aimerions célébrer la réaffirmation d'une vitalité cinéphile (pléonasme ?) et le goût d'un cinéma différent, singulier, hors-norme, inventif, engagé, ouvert sur le monde, bref politique. Nous souhaitons que cet élan ne s'affaisse pas avec le retour vers "l'avant" que l'on craint, et donner à l'essence de cet élan une place centrale, au cœur du dispositif de la salle de cinéma, dans l'espoir d'accueillir toutes et tous dans des contraintes sanitaires encore assouplies.

Nous ne considérons pas nos spectateurs comme de simples consommateurs de contenus, et aimerions redéfinir leur place dans le quotidien de la salle. Nous les savons passionnés, prescripteurs et sensibles à différents engagements. L'Archipel est et doit rester un lieu vivant, habité, convivial, chaleureux, un lieu de rencontre, de partage, d'échange et de transmission.

Nous aimerions proposer aux acteurs de la filière indépendante de se réunir à la rentrée de septembre pour réfléchir à de nouvelles manières de créer ensemble des ponts de solidarité, en prenant soin des économies fragiles des uns et des autres, en somme de nouvelles manières de faire, comme certains l'avaient déjà proposé dans l'"avant-monde-d'avant".

Enfin, le temps que nous prendrons cet été est aussi le temps d'un passage de relai. Après sept années passées à orchestrer la programmation et l'animation du Cinéma L'Archipel, Damien Truchot s'envolera vers de nouveaux horizons. Margot Merzouk, qui l'avait rejoint à l'automne dernier suite au départ de Jennifer Bensabat, travaillera avec Emmanuelle Lacalm intégrant pour sa part l'équipe cet été. Toutes deux poursuivront le travail éditorial mené jusqu'ici. Elles prendront à bras le corps l'ensemble de ces réflexions et chantiers, pour une réouverture aux spectateurs le mercredi 26 août.

L'Archipel

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