Pierre-Adrien MARCISET
Professeur certifié de français, Doctorant, Étudiant en Théologie, Romancier, Essayiste.
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Billet de blog 2 mai 2017

L'abstentionnisme citoyen.

Si vous tenez absolument à combattre quelqu'un parce que vous brûlez d'une inextinguible soif de vous battre, il me semble que les arguments sont aisés qui contre-balanceront avantageusement la médiocre et poussive rhétorique frontiste (et pro-frontières, mais aussi pro-Bruxelles, ne nous leurrons pas : pro-argent), qui convaincront les effrayés, les déçus, que, à défaut, l'abstention vaut mieux.

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Dans une démocratie élective à deux tours telle que la nôtre, l'abstention signifie « refus de faire un choix » (refus d’être des « choisissants », ce qui correspond ironiquement au terme « d’insoumis »). Quel que soit le motif de ce refus qui, au fond, ne regarde que celle ou celui qui le décide (à moins qu'on entre dans une ère post-chrétienne où ceux qui refusent de choisir sont des hérétiques, qu'il faut remettre dans le droit chemin, à coups d'arquebuse s'il le faut), il doit être respecté. Il n'y a pas de « choix » respectable contre des « choix » irrespectables. Car s'il était possible qu'existe un choix indigne de respect, c'est qu'il y a une Vérité et l'on quitte, de bonne foi ou non, la politique pour entrer dans la théologie. La démocratie, c'est le choix de chacun comme autant de parties d'un tout décisionnel. À chacun sa structure signifiante et la volonté de guider son existence à la mesure de ses besoins, appétences, envies, etc (ce qui vaut pour l'abstention vaut pour tout vote). Si l'on veut un coupable dans cette débandade politique en France, il n'y en a pas.

  •  En revanche, on dispose de tout un tas de motifs de réflexions, de points d'invective possible. Par exemple, à invectiver au choix A/ l'offre politique insatisfaisante et grotesque, qui se félicite d'arnaquer systématiquement les électeurs (voir 2012 et ceux qui ont voté pour F. Hollande contre la rigueur et le programme de N. Sarkozy), sa configuration (structurelle) comme sa perte de substance B/ les conditions du conflit de classe qui ne dit pas son nom et noyaute depuis vingt ans toute idéologie politique et tout système de valeurs. 
  •  Mais on peut également débattre, si l'on veut aller plus loin, d'une myriade carrément explosive de pluralité pour discuter et se forger l'avis à défaut de convaincre ce méchant "autre". Ainsi peut-on débattre au choix A/ des éléments qui encouragent des égarés, des hésitants, etc, tournés récemment vers le FN B/ le traitement médiatique du FN, de la FI et/ou de EM et donc, en somme, l'organisation médiatique de ces élections qui explicite une putréfaction vaguement discrète de cette forme spécifique de démocratie, la corruption, etc, toutes ces raisons qui firent mériter à cette élection les titres ronflants de « élection la plus folle de la Ve Constitution » ou « élection comique ». C'est tout. Le reste, c'est de l'obéissance au principe de « agresse ton voisin, il a tort et tu as raison » dans ce grand carnaval-drame politico-non-idéologique. 

Au fond : Il y a des mecs qui veulent se faire tout un tas de fric, différents ressorts pour ce faire et nous sommes face à l’usage de l’un d’eux : le mur ou la falaise (vers leurs profits et nos colliers d’esclaves un peu plus serrés). Comme il semble que l’on refuse massivement de conseiller le pilote sur le parfum de la vaseline qu'il s'apprête à nous appliquer autour du cou, réaliser qu'on va peut-être le laisser nous emporter dans le mur l’effraie (moins rentable, parce que vous savez, lui, la France FN il ne la connaîtra pas), aussi charge-t-il la mule contre les non-choisissants. Il n'avait qu'à prévoir dans son plan que nous pouvions faire ça, et assurer des moyens institutionnels pour invalider un choix par manque de choisissants (prendre en compte les votes blancs). 

Bon. Ce-disant, il n'y a toujours pas de vérité idéologique qui prévale et je refuse, au moins en mon nom, la christianisation hystérique de cette élection. Il n'y a pas de Bien contre le Mal, il y a des points de vue qui s'affrontent et un type qui veut que nous nous étranglions un peu plus pour qu’un « putain d’actionnaire nage avec les dauphins » (Damien Saez, Pilule). Non merci. Il y a bien des façons d’agir en citoyen, et l’une de ces très nombreuses voies potentielles s’incarne dans l’isoloir. Une.

Chacun fait ce qu'il veut, pour ma part je suis abstentionniste et je n'emmerde personne, je ne viens accuser personne d'hérétique, de traître ou de coupable. Je fais mon choix en connaissance de cause des risques et je ne m'abstiens pas « dans la joie » mais dans la contrainte. Je ne PEUX PAS voter pour Emmanuel Macron, ou alors il faudrait que j'arrête d'écrire, de penser, de lire, etc. Je ne peux pas non plus voter pour la haine et l'abjection. Il n'y a rien de plus à dire.

Si vous tenez absolument à combattre quelqu'un parce que vous brûlez d'une inextinguible soif de vous battre, il me semble que les arguments sont aisés qui contre-balanceront avantageusement la médiocre et poussive rhétorique frontiste (et pro-frontières, mais aussi pro-Bruxelles, ne nous leurrons pas : pro-argent), qui convaincront les égarés, les effrayés, les déçus, que l'abstention vaut mieux que le vote FN (ou que le vote Macron) mais, sérieusement, foutez-nous la paix. Depuis quelques jours on ne va pas sur le terrain des idées pour coller le FN dos à son vide, non, on se jette plutôt, avec une délectation sauvage et furieuse, contre la FI et les abstentionnistes qui sont devenus les nouveaux islammogauchistes à éradiquer. C'est fou. Peut-être serait-il temps de réaliser que le FN, la violence, le rejet, l'agressivité, c'est soi avant d'être l'autre ?

Pour ma part, je considère seule l’agression comme coupable de quoi que ce soit et peut-être faudrait-il se rappeler qu’une élection, que l’on souhaite passer dans l’isoloir ou non, pourrait être le moment d’une rêverie, d’un projet, profond, vibrant d’arguments, de sens, de fraternité, de valeurs (quelles qu’elles soient, mais des valeurs qui construisent un avenir) ; bref, un édifice civilisationnel.

Merci.

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