À ceux qui vivent !

Voici ce que je pense sincèrement au sortir de cette élection régionale : il faut lire mon livre. Et sinon, sans blague, il faut que la génération au pouvoir, puisqu'elle ne veut pas mourir, accepte de partager son règne avec la génération qui détient déjà la responsabilité de son intendance.

[Article coup de poing] 

   

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Il nous faut vivre et non refuser de mourir. Et pour cela, les citoyens, plutôt que d'insulter les abstentionnistes, ont des devoirs sérieux, bien plus démocratiques qu'un absurde bulletin de vote dans une enveloppe : réinvestir la culture, promouvoir une pédagogie civile et autonome, avoir un comportement d'éco-citoyen responsable, s'attacher à promouvoir la résolution non-conflictuelle de toute situation, refuser systématiquement toute violence, aller à la rencontre de la différence, se concentrer sur des débats de fond, refuser d'être encouragé à la paresse, se politiser au moins en réflexions... Vive et porter en soi la démocratie.

 

Il faut parier dans les avantages culturels et technologiques d'une nouvelle génération que l'on ignore encore, coincés que nous sommes dans le fantasme des vingt ans de la génération au pouvoir, à revoir encore et encore des films des années 60, lire des livres sur les années 70... Nos aînés ont déserté la culture au profit des mass-média ? Nous reprendrons le pouvoir via internet, la coopération spontanée et le partage illimité des savoirs, la plasticité de la volonté de chacun, l'engouement pour le savoir faire et l'automatisme de son faire-savoir par l'originalité de la bonne idée, le partage, tant des manifestations (articles, projets et culture) que des connaissances (langues, modes de vie et culture).

 

Nous n'avons jamais tenu dans nos mains les moyens d'atteindre autant de gens en si peu d'efforts. Et qu'allons-nous en faire ? Je le demande à chacun : qu'allez-vous en faire ? Vous rendormir, demain, avant de retourner consommer ? Est-ce cela la planète que nous voulons laisser à nos enfants ? Et sont-ce ces enfants là que nous voulons laisser dépositaires de nos espoirs et de nos rêves ? N'allons-nous pas plutôt leur apprendre le refrain voltairien, à savoir « cultiver son jardin », et ce avant d'aller piller celui du voisin ? Quelle injonction plus sage et plus laborieuse à la fois ?

 

Tout une génération vibre au portique ; laissons-la entrer, laissez-la venir jusqu'à vous, détournez-vous des grands robinets de la consommation et cherchez la diversité, le respect ; donnez ce siècle à la pluralité des dæmon ; ceux-là qui sont sans identité fixe et vivent entre tous les mondes ; livrez notre avenir à ceux qui ne sont pas canoniques ; abandonnez-nous au vertige des potentialités et refusez de vous laisser séduire par ce qui n'a que le mérite de vous rassurer. La totalité n'est jamais qu'un leurre ; la vie est-elle totale ? L'existence est-elle finie ? Éveillez-vous. Ébranlez-vous. Arrachez vos racines pour porter fier et haut le faîte de vos branches. Nous sommes forts parce que nous sommes tous singuliers ; refusons d'être des individus en série. 

 

C'est la victoire du peuple que j'observe ce soir ; les grands partis ont tous été désavoués et si le Front National est un hochet dans les mains du bi-partisme en France depuis trente ans, nous leur avons montré, les abstentionnistes comme les votants, que nous pouvons aussi leur frotter les oreilles en utilisant le Front National. Nous n'avons pas lancé un appel pas plus que nous n'avons donné d'avertissement, non. Nous avons montré que dans ce jeu de société constitutionnelle, nous sommes forts, nous connaissons les règles et que nous le savons. Qu'ils interprètent à tort, nous finirons par leur apprendre à chanter juste.

 

Moi aussi, j'ai un rêve, un rêve de cette fraternité libérée que nous avons trop délaissée dans le triptyque de la devise française. Unissez-nous, car le pouvoir est dans le refus de la division. Préservons nos différences, nos singularités car elles sont richesses, et réunissons-nous sur ce que nous avons de commun : l'aspiration au bonheur et à la liberté.

 

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Pierre-Adrien Marciset,

jeune romancier et essayiste français et européen du XXIe siècle.

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