La déchéance de notre nationalité.

Il y a un étrange « débat » qui émerge. Certains, surtout à gauche de la gauche, voudraient nous faire culpabiliser et nous dire que nous aurions quelque responsabilité dans la guerre de tranchée qui est notre époque culturelle. Nous serions dans une guerre absurde de « l'autre ». Certains même comparent le glissement paradigmatique du discours de Valls à celui de Daladier.

 

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Nous sommes un pays islamophobe.

 

C'est tout. C'est honteux, oui, mais le nier serait grotesque ; prétendre le contraire est criminel.

 

Nous sommes islamophobes et commençons par nommer le mal pour nous permettre de lutter contre ses symptômes et remonter à sa source.

 

Il ne s'agit pas de nous culpabiliser mais au contraire de nous émanciper de cette violence. L'identifier pour la refuser.

 

Nous aveuglant, complaisants ou passifs, nous permettons à ceux qui assument et proclament leur islamophobie, immonde pensée brune, d'empoisonner le discours de la société civile. Ce n'est pas contre les juifs alors ce n'est pas pareil ? Absurde. C'est exactement le même venin, ne change que sa cible. Vous « n'avez rien à vous reprocher » ? Vous n'êtes pas musulman ? Demain, si nous survivons, vous pourriez faire partie de la minorité culturelle suivante. Ce sont des sauvages, avec leur voile et leur terrorisme ? Notre Histoire récente (moins d'un demi siècle) ne nous illustre pas plus glorieux ni plus grands sur certaines questions précises.

 

De tout temps, la haine ne fut jamais la plus forte. Elle n'a jamais vaincu les justes. Elle n'a dominé que dans les périodes où l'amour, la générosité, et le partage furent trop lâches pour se tenir debout, glorieux dans la lumière crépusculaire de notre grandeur. Elles n'a semblé régner que lorsque se sont détournés de la lutte contre la haine tous ceux qui avaient l'intelligence et la puissance de la remettre à sa place. Que faisaient-ils alors ? Ils se complaisaient, comme nous nous complaisons aujourd'hui pour vendre un peu plus, ou devenir célèbre.

 

La haine n'est qu'une paresse de l'âme et le signe d'une inquiétude qui plonge ses racines dans les amères eaux d'autres maux : la misère, l'humiliation, l'angoisse. L'homme qui ne peut rien contre ses maîtres exprimera sa violence contre ceux que son maître lui désignera. Avec un peu de chance, il sera un peu plus gentil après, il me caressera. Nos politiciens sont islamophobes parce que nous le leur permettons.

 

[Le ministère de l'intérieur vient de publier un rapport qui atteste d'une recrudescence de l'islamophobie — ironie ? Non, même pas. L'État est islamophobe. L'État d'urgence ? Islamophobe, voyez les témoignages de toutes ces perquisitions inutiles et « émancipatrices » de toute humanité. Le fascisme y déchire son masque et ricane au grand jour — plutôt à la pleine nuit puisque les perquisitions frappent la nuit (cela fait plus peur et excite mieux les néo-cons). Voyez les enquêtes sur le traitement des « gardiens de la paix » sur ces jeunes parisiens d'arrondissement défavorisés ou les concepts de « race » se mélangent avec la confession musulmane. Les attouchements, les viols en public, la barbarie qui porte les uniformes de la République. Cologne ? Mais c'est Cologne tous les jours, en France, et sous la menace de la machine d'État. Les policiers et toutes les autres « forces de l'ordre » sont composées d'une majorité de militants ou sympathisants Front National : ils sont bien plus attirés là par la force que par l'ordre, s'il ne s'agit pas d'un « ordre de la France millénaire ». La garde bitteroise interdite ? Pas grave, la police de quartier est déjà une milice arbitraire ; ce d'autant plus avec les réductions de formation de policiers à un an d'école. Un an d'école pour posséder une arme létale contre l'usage de laquelle l'État protègera de la Justice. Et ces « intellectuels » que l'on relaie, que l'on publie, que l'on écoute et qui justifient ces actes dans le discours, décomplexé, de la prévalence de notre bêtise, ils sont les éclaireurs de l'islamophobie. Que ne diffusons-nous pas d'autres discours !]

 

Nous sommes un pays islamophobe et tout nous l'indique. Nous sommes la haine. Nous sommes la violence et, si nous survivons, l'Histoire ne l'oubliera pas. La déchéance de notre nationalité a déjà eu lieu : qui veut devenir français ? Qui veut s'accoupler à ce dégoût pour la différence, à cette confiserie dans les reliefs d'une jeunesse qui, dans les années soixante et soixante-dix, appelait à l'amour, au sexe libre, à la libération des mœurs, des idées, de l'Algérie, de toute l'Afrique même et qui, vieillissante, s'est faite bourgeoisie réactionnaire, puante, immonde, prête à tout pour sauver son pécule ? Qui nous voudrait pour exemple ? Pourquoi devrions-nous faire rêver le monde ? Nos mesquineries et nos orgueils sont désormais aussi laids que tous ceux des pires moments de l'Histoire dans toutes les nations trop vieilles pour danser sur la marche de Radetzky. Nous n'avons plus rien des Lumières, nous sommes ténèbres satisfaites de nous être plongées dans la noirceur ; racisme décomplexé. Nous sommes déchus et ne veillons plus rien que la haine ordinaire.

 

Je ne suis pas islamophobe. Tous les hommes sont mes frères, toutes les femmes sont mes sœurs et le vivant dans son ensemble est mon unique religion. Je refuserai toujours et la haine et la guerre.

 

Je lutterai, dussé-je finir en prison ou en crever.

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