La nature politique n'as pas horreur du vide.

Il en va de la politique comme des courses de chevaux, ou des matchs de football.

Il en va de la politique comme des courses de chevaux, ou des matchs de football. On s'esbaudit d'analyses conjecturales, de pronostiques experts sortis de la dernière spéculation avertie, on se félicite d'une finesse critique et géopolitique, on prévoit, on suppute, on escompte, on se figure, on pèse le pour, le contre, le demi-pour et le demi-contre, le tiers, le quart et puis l’interrogatif quantième d’une divination dont jaillira sans doute le prochain vide, le nouvel actant du rien, de la déception, mais enfin ça n’est pas tout à fait sûr alors on joue à, on fait semblant et l’on conçoit des équipes imaginaires, des rapports de force architecturaux, des systèmes qui n’envient rien à la perfection structurelle des grands schémas philosophiques des époques antérieures. Mais cela ne fait rien, on se positionne, on débat, on présente des arguments, on croit raisonner et l’on s’entache complaisamment à cette mascarade sans contenu, ce bruit de fond permanent sur lequel chacun est tenu de donner un avis, injonction suprême d’une cité numérique où l’importance est un étalon quantitatif. Il ne se passe rien ? Qu’à cela ne tienne, le bruit, le parasitage peut continuer, il y aura bien quelque tweet, quelque saumure échangée en voix OFF que l’on pourra commenter à grands renforts de conditionnels, de menus scandales à suçoter comme on ronge des os, du plus savoureux viendra plus tard, et cet élan paroxysme vers le vide, le rien, l’abscons, cette énergie de l’impuissance et de l’ennui, s’incarneront dans quelque grand homme brutal qui saura nous faire oublier, par sa violence, par ses gesticulations et sa lenteur de verbe — que l’on peut aisément travestir derrière quelque masque vénitien, où lourdeur et gravité s’embrassent à l’avantage de la plus bête — qu’il n’est qu’un pantin de paille. Et toute cette légitimité qui n’est plus, ce non-intérêt pour les idées de fond, les voici, admirables, on les a remplacées par des écuries, des poules de ligue un, du loto-foot, des pré-votes qui permettent de donner à celui-ci ou celle-ci l’importance qu’il revendique et qu’il n’a pas, candidat de lui-même et de ses amis, candidat d’une caste, délégué d’un consortium bien délimité qui danse ridicule sous les vieux costumes des siècles.

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