Ce que personne ne vous dit sur Noël — ni sur l'état de notre pays.

Les rumeurs courent sur « la véritable origine de Noël ». Quand je lis ça, j'ai un peu le sentiment de me trouver dans un manga avec « la véritable raison qui fait que le méchant est un gentil devenu méchant » ou ce que Matrix et Alice appellent « le coup du lapin sorti du chapeau ». On va se calmer tout de suite et admettre que, comme d'habitude, Noël est un processus stratifié, lent et complexe.

[Article insolent qui part volontairement dans tous les sens — ma façon diabolique de vous souhaiter à tous un joyeux noël]

 

Il y a une différence entre croire et savoir ; une différence entre avoir lu cinq minutes et s'être drôlement documenté pendant des années. Aussi vaut-il mieux ne pas prétendre savoir quand on n'est qu'un croyant (et ça vaut pour les timbrés du rose-pour-les-filles-bleu-pour-les-garçons comme pour les barbus qui foutent un sac sur leurs nanas par peur de se la faire piquer et inventent des raisons aussi absurdes qu'un barbu-en-chef dans l'espace qui, en toute logique, aurait fait pareil) ; il vaut mieux ne pas s'avancer dans la lumière quand on doit s'y retrouver à improviser salades et rhubarbes.

 

 

pere-noel-coca-cola-1931 pere-noel-coca-cola-1931

 

Le père-noël

 

Tout le monde ou presque sait que Coca-Cola a récupéré Saint-Nicholas, vieux barbu au costume vert (...ou rouge, selon les régions de la Chrétienté Orthodoxe, et ouais), lui a collé un manteau rouge et blanc à pompons et des sucres d'orge, des rennes devenus volants et hop, le tour était joué. À ceux qui se plaindraient d'une « société de consommation qui vraiment nous fait faire des trucs ridicules, maintenant », je serais tenté, taquin, de demander depuis quand le vieux barbu est rouge. Parce que Coca-Cola n'a fait que surfer sur une mode et n'a pas inventé un mec en costume rouge sous prétexte que leurs bouteilles avaient des étiquettes rouges. Comme toujours ils ont fait de l'opportunisme et se sont emparés d'une occasion, au sens kierkegaardien. Et ils auraient bien eu tort de ne pas le faire : en bientôt 2016, il y a encore des lavés du cerveau qui croient qu'ils ont inventé le père-noël rouge. Formidable coup de publicité pour des siècles ! Car oui ! Le mélange à qui un poème a attribué un air bonhomme, un chapeau à pompon a déjà... presque deux siècles. Et Coca-Cola n'a fait que profiter de l'aubaine d'un sombre poème sans auteur (mais attribué désormais, je vous renvoie à Wikipédia qui est l'ami-des-petits-et-des-grands) pour profiter du bidule et passer l'ensemble du vieux Nicholas au rouge, et ce, désormais, irréductiblement et pour toujours. Oui, on peut se lamenter de « l'état de notre société de nos jours, vraiment », mais avant 1850 (car ce sont les américains qui ont rendu la fête orthodoxe à la mode dans nos contrées), la société n'était pas beaucoup plus jouasse (l'Ancien Régime, ce n'était pas exactement ambiance soirée pyjama chez Peter Pan, venez avec plein de bisous !). Cracher sur le consumérisme, c'est bien, mais c'est stérile et tout à fait hors de propos. N'en déplaise aux éternuements anarcho-stériles des enfants que la vie a suffisamment gâtés pour qu'ils en deviennent de jeunes adultes insupportablement ingrats, le Père-Noël est un mythe ; de la modernité, certes, mais bel et bien un mythe qui a une histoire et une respiration. 

 

Bon.

 

Accumulation d'ésotérisme

 

J'aborde la question de l'ésotérisme dans la fête de Noël, et ce du point de vue du philosophe d'une part et du philosophe phénoménologie d'autre part  avec des outils comme ceux de Husserl, Berdiaev ou Blumenberg, de chouettes gars qui ont minéralisé le mythe afin de pouvoir en étudier les strates, les coups de burin ; vraiment, des mecs très chouettes, allemands ou russes et portés sur la question de la Vérité.

 

Mais légère machine arrière. Là, on tombe dans le terrier d'Alice et c'est vertigineux mais on n'y pige que dalle ! Alors, ralentissons et revenons sur ce que je viens d'écrire. Tout message religieux est message politique ; j'y reviens plus bas. Toute religion est un phénomène culturel qui peut parfaitement s'étudier en terme de symptômes sociaux et dont on peut ou doit observer puis analyser la rhétorique. Le génie du christianisme (pas le livre de Chateaubriand) est notamment contenu dans sa capacité d'absorption. C'est une éponge. Plus on lui en donne plus il grossit et se ramifie et d'éponge devient poulpe — en fait et au fond, le christianisme, c'est Cthulhu ! Mais je m'égare.

Or pour s'imposer dans un monde méditerranéen déjà bien saturé en structures rhétoriques régissant le rapport au transcendantal, la religion chrétienne va faire deux trucs et le second d'entre eux (je parle du premier plus bas) sera d'intégrer aux siennes les pratiques et célébrations des croyances des gens qui vivent où le christianisme débarquera. C'est plus compliqué que ça, il y a la question de la patristique qui va courir pendant un demi siècle. La patristique est une annexe de la Bible, un supplément bonus de fin de DVD, si vous voulez, dans lequel les premiers grands politiciens de l'Église vont fixer les règles, dire quel mythe a droit d'entrer, lequel doit être refusé, fonder la logique politique sur des philosophes antiques (Platon est arraché bien malgré lui à son merveilleux monde bullaire et éthéré pour être mis en boîte par le plus grand et plus influent de tous les Pères de l'Église, Saint-Augustin qui était... berbère, c'est-à-dire arabe, c'est-à-dire terroriste, c'est-à-dire susceptible de perdre sa nationalité française ; mais je m'égare), et donner le cadre de la scolastique, des conciles, de la théologie, etc. Les Pères de l'Églises vont donc assimiler des machins et en rejeter d'autres. Ok. Or le 22 décembre, c'est le solstice d'hiver : le jour où le... jour... commence à croître de nouveau. La date à partir de laquelle la terre s'incline dans l'autre sens et offre de plus en plus d'ensoleillement à nos fronts blafards. C'est donc une fête de la lumière.

 

pere-noel pere-noel

 

De là à associer Jésus à la lumière, il n'y a qu'un pas... fautif. Revenons maintenant à la quête de la vérité pour le comprendre. Et notamment celle de mes philosophes préférés, ceux dont je voudrais bien des enfants, et les épouser, tous, s'ils pouvaient revivre maintenant que le mariage gay est LÉGAL. Je rappelle ça aux timbrés du le-mariage-c'est-un-homme-une-femme. Les philosophes sont en quête d'une chose suprême, en général, c'est l'Absolu. Depuis que dieu est mort (son assassin, un sauvage qui cache des morts dans des arbres, dénommé Zarathustra, court toujours), on s'emmerde pas mal dans notre société sans transcendance ; alors on a bien vite rivé la laïcité aux concepts fondamentaux de notre ordre social en se figurant que d'en supprimer une réponse supprimera aussi la question. On voit aujourd'hui que la consommation ne répond pas aux besoins téléologiques de l'homme, que la main invisible d'Adam Smith est aussi invisible que Dieu et que l'existentialisme disait vrai. Un homme sans dignité ni possibilité de rêve, d'accomplissement d'une ambition, de fins dernières (ce que regroupe le terme de téléologie) est un homme prêt au pire. Et le pire pour l'occident, au XXIe siècle, c'est souvent le terrorisme djihadiste. Je rejoins par cette phrase insolente que le phénomène que l'occident vit aujourd'hui n'est pas tant une islamisation du radicalisme qu'une radicalisation de toute contestation et le contre-modèle du néo-libéralisme a des allures miroitantes d'une radicalisation par l'islam. Pour sortir d'une salle le plus vite possible, on prend toujours, tous, la porte la plus rapide.

 

Mais je m'égare. Je reviens à cet absolu dont on a vidé le principe divin à la fin du XIXe siècle, le réduisant à un jouet pour enfant, une rêverie qui n'est pas sérieuse... Voyons, disent les adultes d'alors, on est au XXe siècle maintenant (je rappelle qu'en France la séparation de l'Église et de l'État est faite en 1905), tu ne crois pas au père-noël, si ? Non ? Alors pourquoi tu croirais en Dieu ? C'est exactement la même chose. L'enfant qui grandit cesse de croire au père-noël ; l'adulte est prié de cesser de croire en Dieu. Le problème étant qu'on ne le remplace par rien ; ce que j'appelle supprimer la réponse en espérant que cela supprimera la question. Cet absolu s'incarne beaucoup aujourd'hui dans les théories du complot, qui sont si absurdes qu'il existe des tutoriels sur internet qui expliquent comment créer une vidéo complotiste en moins de cinq minutes. C'est un nouveau phénomène de croyance et de secrets d'initiation : toi, tu sais vraiment que le SIDA a été inventé par les USA pour que les hippies arrêtent de faire l'amour et retournent faire la guerre du Viétnâm ! C’est un peu passe-moi la rhubarbe pendant que je fais de la salade.

 

Cet absolu que plein d'ordres plus ou moins secrets, plus ou moins ésotériques, plus que moins politiques ont recherchés des siècles durant, fustigeant l'objet mais louant la quête (de Dieu, en l'occurrence), nous le cherchons encore. Et pour faire ça, rien de mieux que de transposer les outils de la sémiotique : sèmes, morphèmes et concepts forment un jeu de langage qui permet de décoder un réel. Toute religion est une sémiotique de l'existence. On l'utilise pour décrypter le sens de nos vies et se fixer une fin dernière. En fonction desquelles fins s'agence chaque langue à la faveur d'une esthétique et des familles d'esthétiques qui, fondues dans le bain bouillant et commun d'un patrimoine historique et d'intérêts généralement antagonistes, génèrent des structures éthiques différenciées. Rien de moins que l'Histoire avec une grande hache et la démultiplication des pains de Jésus : d'un, on tire la multitude et la richesse de la multitude. Mais je m'égare.

 

C'est fou comme, bien malgré moi, mon esprit s'égare à combattre la médiocrité des intellectuels contemporains. Heureusement que certains youtubers sont là (Hacking Social, Klaire fait grr, e-penser, Histoires brèves, Dirtybiology pour n'en citer que quelques uns) et rattrapent le niveau. Notre génération a les dents longues et ne semble pas particulièrement détendue à l'idée de laisser le pouvoir à une bande de vieux Saturnes, qui sont prêts à manger leurs enfants pour régner plus longtemps. Mais je m'égare !

 

Mon boulot, en terme de recherche universitaire, c'est de bosser sur le diable. J'aime autant dire que la Bible, je commence à la réciter par cœur façon Julien Sorel (la version oecuménique, celle qui met tout le monde d'accord, la jolie rouge des éditions du cerf, au grand format). Toutes les traditions dont la chrétienté tire ses affreux monstres pour peupler le bestiaire de l'horrifique vient d'une tradition initialement cléricale. Cette tradition finit par devenir compètement poétique. C'est le triomphe de la mythologie, discours démultipliant les appréciations esthétiques du discours sur la transcendance, sur la théologie, carcan strict et fermé du discours sur la transcendance, contenu en Dieu. J'explique, parce que c'est le genre de détail de l'histoire dans lequel le diable aime à résider.

 

L'Église avait formé des agents pour lutter contre les démons, des démonologues. Ils étaient dotés de petits bouquins, dont le fameux Marteau des sorcières qui permettait de les exorciser, plus ou moins sympathiquement et généralement avec un bon barbecue. Les types prenaient des notes sur ce qu'ils observaient, sur ce à quoi ils assistaient et rajoutaient, en marge, des conseils, des astuces, voire de nouvelles règles. On se passait les bouquins de main de démonologue à main de démonologue, et cela se diffusait par toute l'Europe catholique, si bien qu'à la fin les bouquins n'étaient plus seulement dans les mains de démonologues. Notons qu'à l'époque, l'Apocalypse de la dernière évangile, celle de Jean, était vachement à la mode, dans le genre conte horrifique excitant. In fine, la tradition de la démonologie devînt, dès le 13e siècle, l'ancêtre d'un truc inimaginable à l'époque, la fiction. C'est-à-dire que le démonologue mandaté par l'église pour battre à travers champs des sorcières et exorciser des vilains se met à écrire... ce qu'il veut et invente la moitié de ce qu'il prétend observer ! Le dogme est mort, la poésie a brisé ses chaînes et s'est libérée ; je n'hésite pas à dire que le diable a enfanté toute la littérature moderne. Et j'aime autant dire que ces futurs écrivains vont récupérer à qui mieux mieux tous les dieux un peu importants des égyptiens, des babyloniens, des assyriens, des perses, des germains, certains hindous même (les vaches) et qu'ils vont coller tout ça... aux Enfers. Littéralement. Et quand on recoupe toutes ces structures esthétiques de croyance, certains cultent se croisent : la Terre-mère, les solstices, et notamment celui de la renaissance qui est au 22 décembre...

 

 

yule-witch-10 yule-witch-10

 

 

Soli Deo Gloria

 

Prenons d'abord la Terre-mère ou la Fertilité. Le concept résistait drôlement et on avait beau enfermer les hérétiques dans des caves sans nourritures ni lumière mais avec de l'eau (l'ancêtre du bûcher, avant que l'être humain ne développe une passion pour le réchauffement climatique), l'envie d'adorer une grosse femelle à mamelles généreuses ne leur passait pas ! Alors on a pris le taureau par les cornes et on a brandi la vierge-Marie et hop l'affaire était pliée. À la base, dans monothéisme, il n'y a mono-, ce qui implique un seul, théisme donc dieu. Une seule marmotte divine pour chapeauter la machine, pas douze-mille. Si Marie peut enfanter hymen intact, ça pose un léger problème de conformité au modèle du vulgus pecum ; donc on en fait une demi-déesse, autrement dit une sainte. Une mortelle touchée par la grâce et l'action de Dieu. Notons aussi qu'il faudrait éviter que n'importe quelle nonne enfumée à l'encens se mette à croire qu'elle va pouvoir répéter le miracle, aussi on distingue bien la Mater des filles. Au fond, on cristallise les attributs de Gaïa à la Vierge-Marie, on lui rajoute deux ou trois machins d'Isis, un ou deux miracles à base de sein et de lait, on emballe tout ça et on récupère tous les pécores d'Espagne et du sud de la France. Ils aiment bien quand ça devient sensuel, les mecs aiment vivre et les femmes ne sont pas en reste, dans ces régions mûries par le soleil. Ce ne sera pas sans poser quelques occasions de grincement, et notamment chez les protestants (essentiellement germains) qui commencent à trouver qu'on se fiche un peu d'eux.  

 

La jolie formule latine (protestante) signifie plus ou moins à Dieu seul la gloire, autrement dit, il n’y a de divin que Dieu. Dans la boîte de nuit protestante,  pas de saints, pas de demi-dieux terrestres dont les catholiques sont si friands dans leurs peintures et dans ce qui devînt gentiment un panthéon — apanage des polythéistes. Pour les réformés, Marie est une jeune femme sans doute très charmante et mariée à un vieux, qui a enfanté JC pour des raisons tout ce qu'il y a de plus levrette et compagnie.

 

Yule contre les soviets

 

Alors le solstice d'hiver... Un truc vachement résistant, là encore, presque pire que Gaïa, que ces bouseux de païens ne voulaient pas lâcher. Comme déjà à l'époque on cogitait vaguement avant d'enfumer une région du monde avec une trinité (travail-famille-patrie ou pin-vin-boursin), ils se sont dit qu'ils n'allaient pas refaire le coup de la Vierge, mais qu'ils allaient quand même tirer un peu sur la ficelle. Donc Joseph n'est qu'un beau-père et Jésus serait le Fils de Dieu lui-même. Un genre de Chuck Norris en moins Texas Ranger et en plus sympa. Et hop, on le fait naître, à deux jours prêt parce que faudrait pas quand même qu'on dise qu'on l'a fait exprès. Des complotistes trouveraient étonnant que Yule tombe à la même date que la naissance du sauveur ? Ok, on décale de deux jours. Malin, hein ? En fait, pour peu qu'on se penche mollement sur les règles de théologie, pas si malin que ça. Voire, allons-y, du parfait enfumage pour non-initiés.

 

Dans le système spirituel de l'Église Catholique en particulier, comme dans la chrétienté en général, a-t-on quelque chose à faire de la naissance d'un individu ? Non. À la rigueur c'est son baptême qui botte les gens, ou la mort avec l'entrée (ou non) dans le royaume des cieux, mais sa naissance... Un mortel de plus ? Youhou pompi-dup... Non. C'est une source potentielle de pêché pour les uns, un risque de perdition de toute l'humanité pour les autres, un oppresseurs pour les troisièmes... Bref, en vrai, tout le monde s'en moque éperdument. Donc un nourisson de plus ou de moins n'a aucune importance et le christianisme primitif est existentialiste, à coup de phrases du type Sois ce que tu deviens ou Saisis qui tu es, autrement dit : bats-toi pour devenir et Dieu te récompensera par la réalité de ce que tu seras devenu, ici et au royaume éternel. Ils étaient assez bons sur la rhétorique. Et le capitalisme néo-libéral ne dédaignera pas d'arguer qu'on ne peut plus aider tout le monde, retirant les soutiens aux pauvres (qui coûtent trop d'argent) à coup de slogans du type Aide-toi et le Ciel t'aiderai. Ça ne mange pas de pain et ça donne bonne conscience. Mais je m'égare !

 


paradiso-canto-31 paradiso-canto-31
J'ai lu des gens qui voyaient une association du symbole chrétien de la naissance du sauveur avec le mythe plus ancestral du paganisme, où la lumière est renouvelée. Alors certes, Dieu est plutôt représenté comme un cercle de lumière ou sa Jérusalem céleste, tout au moins, comme une source de lumière. Et Jésus-Christ serait alors occasion de connaissance, d'éveil et de lumière sur Terre, de révélation divine parmi les mortels... Un méchant prof vous écrirait en rouge et gros, en soupirant d'exaspération : hors sujet. Jésus n'est pas venu pour illuminer qui que ce soit ni transmettre la vérité mais pour laver les pêchés du monde.

D'ailleurs le prêtre catholique parle d'un agneau de Dieu lors de la messe, celui qu'on va sacrifier ; ce qui a donné hostie qui signifie quelque chose comme le sacrifié. Lors de la communion, consommer l'hostie revient à accepter le sacrifice de Jésus-Christ. En prenant tous les pêchés sur lui, dans son corps, et mourant sur la croix, détruisant son corps, il détruit les pêchés du monde. Lorsqu'il brise le pain, lors de la Cène, et distribue le pain à ses apôtres en disant que ceci est son corps, il permet aux apôtres de se laver de leurs pêchés par la destruction du corps de Jésus-Christ, contenu dans le pain. La vocation du type est donc clairement et ad vitam de laver des pêchés du monde. À chaque communion, les croyants répètent l'acte des apôtres en immolant une hostie, qu'ils mangent. Il n'y a ni apprentissage, ni illumination, ni révélation. 

C'est bien d'ailleurs ce qui a fait la force politique de cette nouvelle idéologie, très inspirée des saturnales romaines : tout le monde pouvait la pratiquer. Tout-le-monde : riches, pauvres, esclaves, femmes, hommes, enfants, putains, nobles, tout le monde. On ne demandait ni d'avoir des sous ni de connaître des textes ou gestes sacrés (le monde greco-roman fonctionnait par gestes de piété, certainement pas sur la base d'une quelconque foi qui était un concept parfaitement inexistant, l'intime conviction ne regardait que soi) mais juste de fermer sa gueule et de réciter en silence dans sa tête. Les esclaves y ont trouvé la voie de leur émancipation existentielle puisque, enfin, on donnait un sens transcendantal à leur existence. On ne leur demandait ni de savoir, ni d'apprendre mais simplement de croire et de se dévouer à un truc, quelque part, qui les bénissait et leur pardonnerait à terme leur faiblesse, selon l'enseignement d'un rhéteur (très à la mode à l'époque) qui prédisait, pour une fois, autre chose que la fin du monde : une vie meilleure. La religion s'est fait révolution du paradigme de force et les « derniers seront les premiers » (Matthieu, 20:16). Dans une autre vie, certes, mais faudrait voir à pas être trop gourmand, non plus !

Donc pas de rapport avec la lumière. Par contre, un bon rapport avec nos djihadistes de tout à l'heure qui voient, eux aussi, dans l'islam, un paradigme leur permettant d'inverser le rapport de force. En langage normal on appelle ça se vengerMais de quoi, demandera-t-on ? Ça, je n'en sais rien, moi je suis le type qui venait juste faire un exposé sur l'origine de Noël. 

 

 

Bah alors qu'est-ce que c'est Noël, à la base ?

 

 

Je ne crois pas qu'une base de Noël ait jamais existé. Comme tout mythe, il ne s'est jamais caractérisé que par ce qu'on y investit au moment présent, et n'existe au passé qu'en terme de couches successives et superlatives. Ce qu'on y ajoute aujourd'hui n'enlève pas ce qui y fut mis hier. Un mythe connaît toujours au moins deux aspects : la partie politique (la moins intéressante et la plus superficielle mais la plus ÉNORME) et la partie esthétique, discrète et pudique mais celle qui fait du bien à tout individu. De même que le mythe de la France-des-lumières est sérieusement remis en question en France par la violence du Parti Socialiste, celui de la France-millénaire n'a jamais existé. Il reste, comme en cache dans la mémoire de nos rêveries mais la réalité politique du mythe de « la France » est ce que nous faisons esthétiquement de notre pays. Moi, j'écris des articles et des romans (vous trouverez le premier ici qui est très bien écrit et l'auteur m'a impressionné !) en investissant la seule véritable surface démocratique que je connaisse : internet.

 

Alors en conclusion, je me contenterais de dire qu'on s'en fiche de la fête religieuse lorsqu'on ne croit pas en Dieu — mais qu'il n'est pas nécessaire de brutaliser ceux pour qui cela a du sens , qu'on doit dépasser le consumérisme si l'on décide de ne pas soutenir ce modèle de société — mais qu'un bon existentialiste n'impose jamais ses choix et ne brutalise jamais le libre-arbitre d'autrui , mais qu'on peut tout de même profiter de cette tradition, ce mythe, pour trouver un moyen de dire aux gens qu'on aime qu'on les aime. Se réunir. Ressentir. Et ensuite, et ensuite seulement, penser à tout ce qu'on pourrait faire pour améliorer notre monde dans les petits gestes politiques du quotidien ; trouver un sens à nos existences dans la propagation du bien commun. Investissons nos sensibilités, cela finira bien par faire renaître un modèle politique, qui sera sans doute plus juste, plus simple et plus beau. Je ne trouve pas ça si mal, après tout, comme espoir.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.