De la grève (I)

En ce début de mouvement à la SCNF et alors que l’agitation sociale bouillonne ailleurs, quelques mots de la langue libérale pour dire la grève. Autant de mots dont les connotations négatives vont saturer le discours médiatique dans les jours ou les semaines à venir .

Grève : une vieillerie dépassée ricanent ceux qui ne l’ont jamais faite car ils n’ont jamais eu à la faire.

Prise d’otage : expression visant à présenter la grève comme une atteinte aux droits des autres, notamment celui inaliénable de se faire exploiter. Expression problématique en ce qu’elle implique un tiers : le patron ou un gouvernement, parfois les deux coalisés. Partant, il est possible - perspective parfaitement effrayante - que l’otage devienne témoin et qu’ainsi l’opinion publique se retourne contre ses maîtres.

Blocage : expression présentant la grève dans les transports comme une atteinte à la santé économique d’un pays. Comprenez : la grève perturbe alors la bonne marche des affaires c’est-à-dire la marche du monde elle-même. Menace pesant sur la prospérité de quelques-uns pensée comme étant le bien commun de tous, elle est un scandale dont on peine à comprendre qu’il puisse être toléré.

Usager : 1) abstraction s’incarnant parfois lors d’un ésotérique rituel médiatique : le micro-trottoir. Être bizarre que la voix off du marronnier annonce en colère et que l’on découvre, à quelle rare exception pathologique, plutôt calme, parfois fataliste ou même résigné. Autant de mots pour ne pas se demander ce que l’usager pense de la grève ni même si il pourrait, qui sait, la soutenir.

2) On cherche à le mobiliser contre les cheminots dont la grève menacerait le service public en oubliant de préciser que l’on veut en faire un client, c’est-à-dire une vache à lait qui paiera plus cher pour un service dégradé et une sécurité incertaine. Signe des temps toutefois, cette pudeur élémentaire n’est quasiment plus de mise ce printemps.

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