De la bienfaisante Europe (II)

La douloureuse mise en place d’un atroce gouvernement italien et le retour en force de la question migratoire a permis de revoir sur le devant de la scène cette Europe libérale et autoritaire, prompte à réprimer au mépris de la démocratie toutes velléités de critiques contre l’ordre financier de l’euro et muette face à la xénophobie et au racisme le plus crasse.

Démocratie : la vertu cardinale unifiant le continent et le distinguant définitivement des autres civilisations toutes plus ou moins barbares et arriérées. À noter toutefois : le verdict des urnes ne vaut que si il est conforme au souhait préalable des élites européistes. En cas contraire, rien n’étant jamais perdu, il leur est loisible de tancer publiquement et avec mépris les protestataires, de faire revoter les peuples ignares séduits par les sirènes populistes, d’écraser toute résistance en maniant l’arme monétaire et d’être célébrés ensuite comme sauveurs par une nombreuse et ahurissante cohorte d’ahuris.

Traité : objet transitionnel des européistes. Les traités sont supérieurs à la démocratie, puisqu’ils sont la raison néo-libérale institutionnalisée. Mais ce ne sont en vérité que bouts de papiers que la volonté populaire doit pourvoir déchirer ou ré-écrire malgré les difficultés et les périls.

Merkel : servants énamourés de leur maîtresse, ils sont nombreux à louanger Mutti. Ils lui sont grés d’avoir transformé l’Europe en camp disciplinaire néolibéral pour peuples récalcitrants où la monnaie fait office tout à la fois d’organe de surveillance et de puissant outil de répression.

Gens raisonnables : profitant d’une situation confortable, ils ne sont pas du petit peuple et méprisent ses souffrances qu’ils qualifient d’ignorance. Persuadés de détenir la vérité puisqu’ayant servi comme cadre supérieur dans une grande entreprise, ils souhaiteraient un régime politique et social qui s’y conforme pleinement. Ce faisant, ils leur semblent normal et sain d’ignorer autant de fois que nécessaire le verdict populaire.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.