De la grève (II)

En ce début de mouvement à la SCNF et alors que l’agitation sociale bouillonne ailleurs, quelques mots de la langue libérale pour dire la grève. Autant de mots dont les connotations négatives vont venir dans les jours ou les semaines à venir saturer le discours médiatique. Aujourd'hui les grévistes.

Cheminot : 1) personne honnie des libéraux de tout poil, un conservateur dont la fainéantise est proportionnelle au nombre de ses journées de grève. Lorsqu’on touche à son statut et cherche à détruire son travail et son entreprise publique, il ose faire grève, preuve ultime de son passéisme.

2) symbole d’une forme de résistance au libéralisme ancré dans le souvenir des grandes grèves de 1995. En conséquent, à briser en priorité avant d’écraser tous les autres.

Privilégiés : 1) tous les autres, en bonne logique néo-libérale, pourvus qu’ils soient moyens ou modestes. Tout particulièrement les cheminots, les enseignants voire l’ensemble des fonctionnaires qui décidemment coûtent trop cher, sont toujours en vacances, ont une retraite trop avantageuse et osent faire grève pour défendre leurs droits: bref des trop fainéants pour être des honnêtes gens !

2) Les véritables privilégiés ont fait depuis fort longtemps sécession et regardent de loin les manants s’écorcher entre eux et ne rien gagner d’autre que de voir leur prochain perdre le peu qu’il avait encore.

Cégétiste : Parle fort, fait du bruit et de la fumée dans des cortèges bruyants où l’on boit de l’alcool en pleine journée. Radical et dangereux car il fait fier usage du droit de grève. À tout prendre, il menace la démocratie elle-même : pensez donc ! des modestes qui osent protester !

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