De la violence de la foule

Alors que la polémique sur les violences du 1er mai n’a cessé de rebondir et de s’égarer dans des développements touchant au comique cette semaine, quelques réflexions sur ces événements, leurs conséquences sur le mouvement social et leur signification politique.

Cortège de tête : le black bloc s’y abrite parfois sans se confondre avec lui, même si la solidarité idéologique est patente. Tentative de ne pas laisser le champ politique à des syndicats faibles et devenus par la force des choses des gestionnaires abattus de l’échec plutôt que les conducteurs braillards et exaltés d’un peuple joyeux luttant pour le progrès social. Les optimistes y voient le signe salutaire d’un renouveau de la lutte ; les pessimistes la preuve de l’agonie définitive du mouvement social. À 15 000 le 1er mai, il faut d’abord y reconnaître un fait massif, presque dorénavant une institution.

Violences policières : elles existent toujours, particulièrement dans le bocage nantais, mais elles sont indéniablement moins systématiques qu’aux heures sombres du printemps 2016 où elles étaient la dernière ressource d’un pouvoir affaibli, divisé et isolé. Pourtant, entre temps, nos pandores n’ont pas beaucoup gagné en discernement : ils provoquent dorénavant l’embarras de la justice parisienne en interpellant des centaines d’individus au prétexte de la couleur sombre de leurs vêtements et de la présence dans leurs sacs d’eau légèrement salée.

Black Bloc : 1) politique de l’ici et du maintenant d’un collectif transitoire visant l’affrontement avec les forces de l’ordre et la destruction des symboles du capitalisme. La grammaire des saccages est assez obscure aux non-initiés tant les cibles paraissent au mieux dérisoires, au pis inappropriées.

2) Prétexte dont use le pouvoir pour réprimer le mouvement social et/ou pour tenter de décrédibiliser les syndicats ou les forces de gauche devant l’opinion publique. La manipulation est d’autant plus mécanique que l’extrême droite et la droite aiment en faire usage pour remettre en cause la fermeté de dirigeants toujours soupçonnés de manquer de virilité.

Manipulation : aussi mensongère soit-elle, elle ne fonctionne que si elle permet de souder son camp et elle échoue immanquablement si elle est improbable aux yeux mêmes des siens. Dans ce domaine, quoi que l’on en dise, le ridicule s’il n’est pas létal reste terriblement gênant.

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