De l’homme pauvre (II)

À la suite de la tribune comique de Benjamin Griveaux, bourgeois infatué daignant se rappeler l’existence des plus humbles, on apprend mercredi que des conseillers ministériels liraient avec ardeur le nouveau livre d’Edouard Louis, non pas comme un récit anti-libéral mais comme la démonstration de la faillite du père de l’auteur à s’émanciper de sa condition ouvrière.

Aumône : se dit dorénavant des allocations et des aides sociales, comme si l’État-providence était un matricule, l’assurance mutuelle une déchéance, la pauvreté et la dépendance des indignités. Plus vicieux que le terme d’assistanat ; plus abject encore car prononcé par un ancien membre d’un parti prétendument socialiste.

Ouvrier : dans les hautes sphères du pouvoir, qualité professionnelle du pauvre à qui on ne prête aucune autre espérance que de vouloir cesser de l’être. Dans la start up nation, travailler à l’usine est donc une tare et une faiblesse. Il fut pourtant un temps en France où être ouvrier était une dignité.

État-providence : une compromission de la République selon nos philosophes-dirigeants qui se piquent de citer Confucius mais qui ignorent visiblement le droit puisque ce principe est inscrit dans le préambule de la 4e République, texte appartenant à la constitution lato sensu. Il est, il reste et il restera une promesse d’émancipation bien plus grande que la misérable ambition de devenir milliardaire.

Droits sociaux : ils visent à préserver la liberté des travailleurs et à garantir leurs conditions de vie dans la sauvagerie capitaliste. Réduire ces droits fondamentaux à l’emploi, c’est souhaiter mezza voce leur immédiate disparition.

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