La fausse évidence du libre-échange

À l’issue de la réunion du G7 ce week-end à Charlevoix, un frisson parcours l’échine de nos dirigeants. Le libre-échange est battu en brèche par le primus inter pares lui-même. Si l’empressement à dénoncer le nationalisme américain est louable, il est aussi suspect : on naturalise ainsi le libre-échange en fétiche sacré et partant non critiquable.

 Monde ouvert : 1) idée selon laquelle le libre-échange, la démocratie et l’humanisme sont inséparables. Outil de critique contre les nationalistes et Trump en particulier, ce présupposé ne manque pas d’être également utilisé contre la remise en cause par la gauche du libre-échange.

2) Fondamentalement ne concerne pas les hommes, à l’exception d’une élite mondialisée : c’est dans le monde ouvert que la Méditerranée est devenue un affreux cimetière migratoire.

Mondialisation : processus contingent construit par la libéralisation des échanges à l’échelle mondiale mais présenté comme l’horizon indépassable de l’histoire humaine. Toute critique de la globalisation et notamment des formes agressives d’exploitation des hommes et des inégalités en résultant se doit donc d’être balayé d’un haussement d’épaule dédaigneux par tout progressiste. Celui-ci sait bien où est le bien commun : il coïncide toujours exactement avec son intérêt personnel !

Libre-échange : 1) le remettre en cause et c’est promesse de guerre ! Souvenez-vous des tensions commerciales et monétaires des années 1930 ! N’est-il pas bien connu qu’Hitler a envahi la Tchécoslovaquie puis la Pologne et enfin le reste de l’Europe suite à d’injustes vexations commerciales ?

2) Outil du triomphe des libéraux : de l’effacement progressif de toutes barrières tarifaires et normatives résulte la mise en concurrence des travailleurs à l’échelle mondiale, la déstabilisation des systèmes sociaux occidentaux et tendanciellement la disparition tant espérée de l’État-providence. Face à de telles bénéfices et à la promesse de l’enrichissement continu de quelques-uns, les désastres environnementaux et sanitaires présents et à venir ne sont que peccadilles infiniment négligeables.

Protectionnisme : le mal. Il a pris forme humaine bedonnante et peroxydée dans un président américain ultra-nationaliste. En effet sa politique diabolique démontre avec éclat que les beaux principes des institutions de Bretton Woods ne sont que maladroites illusions visant à faire croire que le commerce international est régi par le droit alors qu’il y règne depuis longtemps la terrifiante loi du plus fort.

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