De la diplomatie macronienne: les mots d’une faillite (II)

La spectaculaire dénonciation des conclusions du sommet du G7 de Charlevoix par Donald Trump en route pour Singapour a été accueilli avec une surprise étonnée par les dirigeants européens, notre exceptionnel président en tête. Pourtant, comme le dit si bien l’adage américain : fool me once, shame on you ; fool me twice, shame on you.

Fou (stratagème du) : vilain petit jeu fort dangereux auquel Kim Jong-un excelle. Les observateurs ont longtemps cru que Donald Trump devrait se contenter de jouer à l’idiot faute à d’évidentes lacunes. La récente et préoccupante arrivée à ses côtés de John Bolton l’aura, hélas, transformé en maître dans la mise en scène de sa prétendue folie.

Hégémonie (crude hegemony avec un accent français de bon élève) : Emmanuel Macron s’alarme avec effroi d’une réalité bientôt centenaire. Incapable d’imaginer d’autres solutions que de s’y soumettre, il ne propose évidemment pas de s’y opposer. Mais il s’inquiète toutefois de la voir devenir brutale (crude) et donc problème politique dans un vieux pays qui eût au début de ce siècle le courage de défendre son indépendance par la parole et par les actes.

Multilatéralisme : pour notre habile et très brillant président le G7 est l’incarnation d’une forme de multilatéralisme bénéfique à l’humanité. Fatuité un peu grasse de jeune premier oubliant à dessein que ce groupe est un club de très riches pays du Nord se réunissant pour décider seuls du sort de tous les autres.

Coopération : elle consiste à montrer les muscles avant un sommet que l’on promet sans concessions puis à broyer la main de son prétendu adversaire au cours de gênantes démonstrations de virilité ; elle se résume ensuite à signer avec une satisfaction bruyante un texte catastrophique transformant les revendications laitières américaines en prétexte à une réforme de l’OMC ; elle s’achève enfin par une brutale rebuffade trumpienne que la présidence française dépassée interprète comme un mouvement d’humeur alors qu’il faut y voir l’orchestration d’une politique.

Confiance : Rien n’y avait fait, ni les foucades, ni les insultes, ni les bouderies, ni les jérémiades ultra-nationalistes sur Twitter, encore moins la sortie du traité de Paris et de l’accord iranien : les Européens pensaient encore pouvoir raisonner l’ogre de Washington ! Fausse naïveté outrancière d’enfants paniqués d’avoir perdu leur maître.

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