Portrait de Jupiter en petit souverain bourgeois (I)

Alors qu’Emmanuel Macron termine sa semaine médiatique en répondant aux questions d’un duo improbable de journalistes, le gauchiste à moustache et le droitier à grande gueule, quelques réflexions sur la signification sociale de la présidence actuelle.

 Bourgeoisie nouvelle : celle des grandes métropoles et des cadres supérieurs auxquels viennent s’associer l’élite du monde médiatique et certaines franges de l’aristocratie d’État. Cette bourgeoisie nouvelle, portée par la mondialisation, se substitue progressivement et de plus en plus rapidement depuis les années 2000, aux vieilles notabilités traditionnelles dont une partie bascule en conséquent et avec une vigueur inquiétante dans le conservatisme hystérique.

Macron : miroir de la bourgeoisie nouvelle qui ne cesse en retour de s’admirer en son reflet. Il en partage l’habit, l’allure et le mépris de classe dissimulé sous une bienveillance qui n’est que de parole. De la bourgeoisie ancienne, il a hérité du goût pour l’entre soi des stations balnéaires huppées et des brasseries chics un peu vulgaires. Des deux, il a suivi la formation classique, alliant le lycée privé catholique et les grandes écoles de la République, institutions masquant parfaitement sous l’aisance intellectuelle du mérite la mécanique silencieuse de la reproduction sociale. Enfin, il en incarne la supposée modernité, puisque sa carrière n’a cessé de balancer entre service du capital et construction d’une influence dans la haute fonction publique.

Macronisme : unanimisme et conformisme intellectuel de la bourgeoisie nouvelle qu’on appelle couramment libéralisme économique. Cette idéologie, on l’universalise comme bien commun tout en diabolisant les moindres critiques, suspectes par essence de nationalisme et d’irréalisme ou à tout le moins de ne pas respecter les bienséances élémentaires du débat public. Ce faisant, la bourgeoisie nouvelle naturalise le libéralisme : il est en effet le bouclier idéologique de ses intérêts.

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