Autour de l'immoralité de la vie publique (2)

Les hommes de bonne volonté

Honnête : 1) tout politique s’attribuant ce qualificatif est pour l’observateur quelque peu perspicace immédiatement suspect. Cette défiance n’est pas une pétition de principe, une bouffée irrationnelle de pessimisme ou encore une variation glissante sur le thème du « tous pourris » ; au contraire, c’est une vérité empirique fondée sur l’accumulation spectaculaire des faits.

2) il n’en reste pas moins que la probité doit être une vertu cardinale de la vie publique. Pour la faire triompher, les élus doivent être soumis à des règles exigeantes. Ne sont-ils pas que des hommes ?

Transparence : nom donné aux règles devant faire des élus d’honnêtes gens, c’est-à-dire des citoyens comme les autres, bref des types normaux, presque ennuyeux de banalité. Certains réactionnaires, fort confus sur ce point, y devinent une attaque contre la vie privée, un régime général de suspicion et de délation, parfois même l’essor d’un nouveau totalitarisme, comme si le droit de s’acheter des cigares de luxe sur les deniers publics était un droit humain. Panique morale révélatrice en réalité d’une conception inégalitaire du pouvoir dans laquelle l’élévation au dessus de la condition commune subvertit le service du bien commun.

Moralisation : 1) face à l’inconsistance des lois de circonstances, politique globale permettant de lutter contre les privilèges ostentatoires des élus nationaux et les nécessaires abus en découlant. Il va de soi que son promoteur se doit d’être au-dessus de tout soupçon.

2) la tentation est grande chez les conservateurs habiles de légiférer en priorité sur le népotisme scandaleux des représentants mais de laisser saufs ou presque le conseil, le lobbying, le pantouflage et tout conflit d’intérêts. Comme il serait fou en effet de s’attaquer aux grandes puissances d’argent et d’influence !

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