Du populisme :

Alors qu’en Italie se prépare dans la douleur des conflits institutionnels un inquiétant gouvernement résultant de l’alliance entre une force poujadiste grimée de quelques signes de gauche et une force xénophobe dotée des éternels atours de l’extrême droite, quelques réflexion sur un mot utilisé massivement dans le débat public depuis le début de la décennie :

Italie : pays qui enfante les bouffons et les monstres. Vu du reste de l’Europe, on s’en moque quelques temps en fustigeant la comique situation italienne. Puis, venu le temps d’en subir les succédanés, on devient généralement moins loquace.

Populisme : mot vide dont certains demi-subtils font usage avec l’arrogance qu’offrent les fausses évidences. Ils réduisent alors à une identité disqualifiée des groupes politiques aux idées, aux méthodes et aux ambitions totalement différentes. Un observateur raisonnable n’y distingue qu’un fatras cacophonique d’où émerge toutefois une paradoxale harmonique : elle tient à l’identité totale des accusateurs, tous membres actuels ou putatifs d’une élite effarée par la remise en cause populiste de son inébranlable légitimité. Ainsi l’énonciation même du vocable signe immanquablement le conservatisme de ses locuteurs.

Élites : elles œuvrent au bien commun et ne cessent de répandre leurs lumières dans le glorieux monde ouvert de la mondialisation ; elles ne sont comptables de rien, pas même, cela va de soi, des inégalités débilitant les sociétés occidentales et encore moins des ravages politiques qu’elles entraînent.

Peuple : toujours évoqué entre gens arrivés avec une consternation méprisante ou un paternalisme attristé pour que chacun sache bien que vous ne faites pas partie des basses classes de la société. Le peuple n’est en effet qu’une masse inerte et informe, foule irrationnelle dominée par ses affects, attentive aux mensonges et aux complots mais fermée à la vérité, communiant par nature dans la joie mauvaise de la haine de l’autre et tendant donc par construction à la violence. Les classes supérieures ou moyennes sont bien sûr exemptes de tels maux puisqu’elles ont la dignité de ne pas être de condition modeste voire pis pauvres.

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