Pierre-Antoine
Abonné·e de Mediapart

9 Billets

0 Édition

Billet de blog 9 févr. 2017

Pierre-Antoine
Abonné·e de Mediapart

Immunité policière: le combustible de la révolte

La réforme du droit d'usage des armes de la police ne répond pas aux problèmes de terrain de la police. Quant à la qualification d'accident du viol de Théo, elle est révoltante. Comment peut-on accepter qu'elle soit seulement imaginée ? Les politiciens et syndicats de policiers qui recherchent une immunité totale de la police jouent avec le feu.

Pierre-Antoine
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La démagogie dans ses œuvres !

L'assemblée nationale a approuvé en première lecture le projet de loi qui assouplit le régime de la légitime défense. Or, le régime actuel protège déjà les policiers qui sont déjà en mesure, juridiquement parlant, de se défendre et de faire usage de leur arme. Dans le cas de l’affaire d’Aulnay-sous-Bois où des policiers ont fait l'objet de coktail Molotov, ils auraient parfaitement eu le droit de faire usage de leur arme. C'est un mensonge que de prétendre le contraire, mais les syndicats de police et les politiciens font comme si, pour masquer les défaillances graves de l'institution policière. Car voilà, si les policiers ont le sentiment d'être juridiquement nus, d'être la proie de la vindicte populaire, ce n'est pas parce que la Justice est sévère à leur égard. Au contraire, les cas de condamnation de policiers sont assez rares, ou alors pour des faits outrageusement choquants. Ce dont a besoin la police, ce n'est pas d'assouplissement juridique des règles d'utilisation de leurs armes. Ce dont ont besoin les policiers, c'est de meilleures formations juridiques et pratiques. De mise en situation. Parce que s'ils ne savent pas qu'ils ont le droit de faire usage de leur arme pour se protéger, c'est que leur formation est grossièrement bâclée. Et s'ils sont mal formés sur leur propre protection, que dire de leur formation des autres personnes ? De ce point de vue, il est urgent d'allonger la formation des gardiens de la paix à deux années et de renforcer les moyens de cette formation.


Mais plutôt que de pousser en ce sens, certains syndicats de police veulent une immunité totale. Ils veulent l'impunité. Ils sont prêts à défendre mordicus leurs collègues qui ont commis des actes d'une gravité exceptionnelle. Théo s'est violemment pris une matraque dans l'anus. Ses lésions sont très graves et les dégâts risquent d'être permanents. Et que disent les policiers ? Que c'était un accident. Une matraque ne s'enfonce pas de dix centimètres dans un anus de manière accidentelle.Comment un tel mensonge ne discrédite-t-il pas d'office les auteurs de ces actes ? Car ils ne nient pas être les auteurs des lésions, ils prétendent que c'était un accident ! Et il y a des gens qui viennent dire qu'on ne connait pas le contexte, ou que Théo se serait débattu pendant son arrestation. Le contexte de l'arrestation ne peut pas justifier le viol et la torture.


Alors quoi ? Il y a des policiers qui, diront-ils, font parfaitement leur travail avec dignité et honneur et qui subissent du ressentiment de la population et c'est sans aucun doute vrai. Ils ont l'impression qu'il y a là une injustice. Mais, d'une part, cette injustice n'est pas aussi traumatisante que celle qu'a vécue Théo, ou Adama Traoré, et d'autre part, ce n'est pas une raison pour tout excuser. Au contraire, c'est parce que la police fait bloc, parce qu'elle refuse publiquement l'autocritique que la population, aussi, a du ressentiment. La police est responsable de son image, elle est responsable de ses actes. Refuser de condamner fermement ces actes, protéger dans un mouvement corporatiste, humainement compréhensible mais politiquement et moralement désastreux, voilà qui explique aussi le ressentiment. Il ne s'agit donc pas seulement de la mise en cause individuelle de quelques canards boiteux, mais bien d'un problème de l'institution toute entière qui laisse faire ce genre de comportements. C'est pourquoi, face à cette obstination, la distance entre la police et la population ne va pas cesser de s'agrandir. Et les violences, de part et d'autres, se multiplier.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

À la Une de Mediapart

Journal — International
Opération « Sauver Sarko » : un diplomate libyen rattrapé par la justice
Un diplomate libyen en lien avec les services secrets français a été mis en examen pour « corruption de personnels judiciaires étrangers ». Il a reconnu avoir servi d’intermédiaire pour essayer d’obtenir la libération d’un des fils de l’ancien dictateur libyen Mouammar Kadhafi dans le but de servir les intérêts de Nicolas Sarkozy.
par Fabrice Arfi, Karl Laske et Antton Rouget
Journal — Gauche(s)
Congrès du PS : l’union avec les Insoumis en pomme de discorde
Derrière Olivier Faure, Hélène Geoffroy et Nicolas Mayer-Rossignol, trois équipes se disputent la direction du Parti socialiste. Mi-janvier, les adhérents les départageront sur la base de « textes d’orientation » aux stratégies bien distinctes.
par Fabien Escalona
Journal — Gauche(s)
Au PCF, l’opposition à Fabien Roussel fait entendre sa voix
Après un Conseil national tendu, le projet de la direction du parti communiste pour le prochain congrès n’a obtenu que 58 % des suffrages exprimés. Un appel signé par trente-cinq cadres critique une perte de boussole idéologique. Un événement, dans un parti aux habitudes légitimistes. 
par Mathieu Dejean
Journal
Drones, « exosquelettes » et nouvelles brigades : comment Darmanin va dépenser ses milliards
Les députés ont adopté mardi la version sans doute définitive de la Lopmi, ce texte qui fixe les objectifs et moyens des forces de l’ordre pour les cinq prochaines années. Elle prévoit une augmentation de leur budget de 15 milliards d’euros, dont la moitié sera consacrée à la numérisation de l’ensemble de leurs activités.
par Jérôme Hourdeaux

La sélection du Club

Billet de blog
Jean-Charles Richard et autres héros du jazz
Sur l’album L’Étoffe des Rêves, le saxophoniste Jean-Charles Richard converse avec le pianiste américain de jazz Marc Copland. La vocaliste Claudia Solal et le violoncelliste Vincent Segal les rejoignent. L’entente des deux leaders, le talent apporté par leurs renforts, façonnent un univers harmonique enchanteur. Et délivre, cet automne, un concert réel comme un songe.
par BRUNO PFEIFFER
Billet de blog
Sans couronne se relever
Au cours de sa formation théâtrale, Suzanne de Baecque répond à un travail d’immersion en s’inscrivant au concours de Miss Poitou-Charentes. Avec Raphaëlle Rousseau pour complice, elle narre son expérience à partir des coulisses, observant ses concurrentes, les racontant pour mieux donner naissance à « Tenir debout », docu-fiction entre rire et larmes, premier spectacle magnifique.
par guillaume lasserre
Billet de blog
Avec Francesca Woodman et Vivian Maier, « Traverser l’invisible »
Chacune à sa façon, les deux photographes, comme l'écrit Marion Grébert, « ont mené leur existence en échappant à la moindre possibilité d’être saisies. »
par Jean-Claude Leroy
Billet de blog
L’art nous empêche-t-il de construire un monde meilleur ?
L'art peut-il être un outil politique pour surmonter les crises environnementales et sociales que nos sociétés traversent ? A-t-il vraiment le pouvoir de créer de nouveaux récits pour amener une mutation profonde et nécessaire ? Non. Car dans un monde profondément individualiste, l'art est fondamentalement du côté des forces réactionnaires.
par Sébastien Piquemal