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Billet de blog 29 décembre 2022

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Féminité, toute la féminité, seul plan B pour l'humanité

Nos grands mâles dirigeants, minés par leur excès de testostérone et leur soif de toute-puissance, sont intrinsèquement incapables d'élaborer et de mettre en œuvre les politiques planétaires concertées susceptibles de répondre aux problématiques sociales et environnementales de notre monde contemporain.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

En dépit de tous les récents « progès » technologiques et l'essor mondial de la production de biens et de services, la famine continue à s'étendre dans le monde, et, selon le dernier rapport d'Oxfam, 160 millions de personnes sont tombées dans la pauvreté. Depuis le début de la crise sanitaire, les inégalités se creusent, les riches ressortent de la pandémie encore plus riches, et les pauvres encore plus pauvres. Sur toute la planète, la fortune des milliardaires a augmenté de 5 000 milliards. Une hausse de 60 % en 2 ans et celle des 10 plus fortunés a même doublé et les 26 milliardaires plus riches de la planète possèdent plus que la moitié de l'humanité !

Ce triste bilan est valable aussi en France : Les 5 plus grandes fortunes de France gagnent autant que 40% de la population. Dans le même temps, 7 millions de Français ont désormais besoin d’aide alimentaire, c’est 10 % de la population, 300 000 personnes sont encore sans abri et les nuits précédentes, 1600 enfants ont dormis dans la rue.

Par ailleurs, l'objectif de protection de l’environnement qui devrait constituer un enjeu majeur de notre époque, est généralement passé au second plan derrière la poursuite des objectifs d’expansion économique et territoriale. Pourtant, c'est bien l'activité productive de biens et de services qui, selon l'ensemble des observateurs, joue un rôle prépondérant dans la destruction des écosystèmes, l'effondrement de la biodiversité, le réchauffement climatique, allant jusqu'à mettre en péril la survie de l'humanité.

Avec la survenue de nouveaux conflits armés particulièrement sanglants, dont la guerre russo-ukrainienne et le conflit arméno-azéri, venant s'ajouter à ceux persistant en Éthiopie, en Afrique centrale et occidentale, au Moyen-orient, etc, en 2022, le seuil des 100 000 victimes annuelles a été atteint. Le commerce des armes est en forte progression en 2022 et les France se situe au troisième rang mondial des marchands d'armes. Si les combattants sont essentiellement des hommes, les civil(e)s continuent à en être les premières victimes, près de 90% ! Les civil(e)s sont également confronté(e)s aux violences sexuelles, à la torture, aux disparitions, aux déplacements massifs et à l’insécurité alimentaire, voire à la famine.

Qui sont donc les grands responsables de ce constat désastreux ?

« Quand on chausse les lunettes du genre et qu'on voit soudain clair dans le fonctionnement sexiste de la société, cela bouleverse le cours d'une existence, ça modifie tout le rapport au monde. » Lauren Bastide

Les chefs des 7 états les plus puissants du monde, sont exclusivement des hommes (1) 

Les 7 plus grosses fortunes mondiales sont exclusivement des hommes (2)

Les10 secrétaires général de l'ONU s'étant succédé depuis sa création sont exclusivement des hommes

Les chefs des clergés des grandes religions mondiales sont exclusivement des hommes.

Les 25 Présidents de la république française qui se sont succédé depuis 1848 sont exclusivement des hommes.

Les chefs de guerre et leur soldats en armes sont quasi exclusivement de hommes.

Les PDG des plus grandes entreprises d'armement sont exclusivement des hommes.

Pourtant, les intellectuels et les journalistes semblent si peu à s'émouvoir d'un tel déséquilibre dans la répartition des responsabilités économiques et politiques entre femmes et hommes. Si peu encore, sont ceux qui dénoncent les échecs patents de ces hommes de pouvoir.

« La force de l'ordre masculin se voit au fait qu'il se passe de justification : la vision androcentrique s'impose comme neutre et n'a pas besoin de s'énoncer dans des discours visant à la légitimer. L'ordre social fonctionne comme une immense machine symbolique tendant à ratifier la domination masculine sur laquelle il est fondé. » Pierre Bourdieu La domination masculine

En effet, après des siècles de célébration des valeurs virilistes par les médias, toutes les parties prenantes de la culture de masse et les différentes instances de socialisation, l'archétype du « mâle dominant » (3), a marqué de son empreinte l'inconscient collectif (4). Pour qu'un homme se sente à sa place et soit socialement respecté, il lui doit tendre à ressembler à cette figure guerrière. La doxa nombriliste, hyérarchisante, étant si universellement répandue, ayant tellement imprégné nos esprits en profondeur que nous ne la percevons même plus. Tout ce passe comme si nous étions globalement incapables d'exercer une pensée libérée de ces couches de conditionnement afin de porter une réflexion lucide sur l'omniprésence du pouvoir patriarcal, d'en discerner et d'en dénoncer les échecs patents, tant sociétaux qu'environnementaux.

Et cette religion des valeurs liées à la masculinité a trouvé son apogée avec la globalisation néolibérale fondée sur le matérialisme et la compétition de tous contre tous.

« Le pouvoir de l'argent (essentiellement détenu par des hommes) sous le néolibéralisme doit contaminer toutes les relations sociales et assurer la construction d'individus néolibéraux qui ne devraient qu'à eux-mêmes leurs succès ou la responsabilité de leurs échecs.
Ce caractère systémique pourrait faire penser à " 1984 " de George Orwell à la différence qu'avec le néolibéralisme, il ne s'agit pas d'un parti unique qui contrôlerait tout et tout le monde mais d'une pensée unique, celle de l'argent roi.
 » Monique Pinçon-Charlot Les prédateurs au pouvoir

Même si elles en sont les premières victimes, ce ne sont pas uniquement les femmes, mais l'ensemble de la population planétaire qui souffre, peu ou prou, du « Mythe de la virilité ». Tout l'édifice sociétal et culturel est construit pour mettre en avant, légitimer les privilèges et louer les valeurs guerrières des mâles dominants.

Heureusement les femmes ne sont plus tout à fait les seules à opposer un contre-modèle à la domination des figures machistes. Lentement, progressivement, insensiblement, sans distinction de genre, s’opère au sein de la société une prise de conscience. Nous (les hommes) ne correspondons pas tous, et loin de là, à l'archétype du sur-homme héro et conquérant. Y compris dans la gente masculine, nous ne sommes pas tous des machos fans de foot, de bras de fer, de grosses bagnoles, de boxe, de drapeau et de jeux à gratter. De même, heureusement, toutes les féministes ne rêvent pas (à l'image de Margaret Thatcher ou de Marine Lepen,...), de prendre le pouvoir à la place des hommes en enfilant leur armure guerrière, mais nombre d'entre elles perçoivent une toute autre alternative emprunte des nombreuses qualités que l'usage associe à la féminité : la souplesse d'esprit, la retenue, la patience, la collaboration, la participation et l’interdépendance, l’humilité, la capacité d’adaptation, la prédisposition à la symbiose, l’indulgence, la réconciliation, la circonspection, la recherche de solutions équilibrées, la priorité donnée à l’intérêt collectif, aux alliances et au consensus, le sens de l’écoute, la sensibilité, la compassion et l’empathie et pourquoi pas aussi (surtout?), la douceur et la fragilité.

« La virilité est tombée dans son propre piège, un piège que l'homme, en voulant y enfermer la femme, s'est tendu à lui-même. En faisant du mythe de la supériorité mâle le fondement de l'ordre social, politique, religieux, économique et sexuel, en valorisant la force, le goût du pouvoir, l'appétit de conquête et l'instinct guerrier, il a justifié et organisé l'asservissement des femmes, mais il s'est aussi condamné à réprimer ses émotions, à redouter l'impuissance et à honnir l'effémination, tout en cultivant le goût de la violence et de la mort héroïque. … Le modèle normatif de la virilité n'oppose pas seulement l'homme à la femme, ni même l'homme viril à l'homme efféminé, mais aussi le maître à l'esclave, ou au "sous-homme", cette fois sous l'angle sociologique, racial ou religieux, la supériorité des uns ayant nécessairement besoin de l'infériorité des autres, qu'il soit "mécréant", juif, arabe, noir ou domestique. La comparaison hiérarchisante avec l'Autre est donc centrale dans la construction de la virilité. Être un homme, c'est dominer. Pas de suprématie sans un inférieur à mépriser, voire à humilier. … ce mythe du guerrier n’est pas seulement coercitif, il est également discriminatoire : il a nourri des politiques violemment homophobes, il est à l’origine de la xénophobie, du racisme, du fascisme, de l’impérialisme, du mépris de classe et de toutes les formes d’exploitation et d’anéantissement de l’homme par l’homme.

La révolution du féminin sera pleinement accomplie quand aura eu lieu la révolution du masculin, quand les hommes seront libérés des assignations sexuées qui entretiennent, souvent de manière parfaitement inconsciente, la misogynie et l’homophobie, lesquelles procèdent toutes deux d’une répulsion envers le féminin venue du fond des âges. … L'investissement masculin de la sphère privée, l'expression de la sensibilité et de l'émotion …, la réinvention de la paternité, et toutes les mutations déjà opérées par les hommes progressistes ne constituent pas un "déclin", comme le pensent les masculinistes, mais une chance pour l'humanité, peut-être sa plus grande chance : celle d'annoncer, non pas la désolante"fin des hommes", mais l'enthousiasmante naissance de nouvelles masculinités, condition indispensable d'un meilleur équilibre des relations entre les deux sexes. » Olivia Gazalé

Les dérives de la volonté de puissance conduisent à la violence. Tout pouvoir est violence puisqu’il s’exerce sur l’autre. Qu’il soit politique, économique, sociologique, familial, le pouvoir suppose la domination sur autrui.  Même si cette domination s'exerce au prétexte d’organiser la société.

« Personne ne s'empare du pouvoir dans l'intention d'y renoncer un jour. Le pouvoir n'est pas un moyen, c'est une fin. » George Orwell

Qu'il s'agisse des pays dit démocratiques ou des dictatures, toute prise de pouvoir (quasi exclusivement celle des mâles alpha) s'exerce par la force, la détermination, la violence, qu'elle soit revendiquée et assumée ou, plus généralement, inavouée et souterraine. Même si, au fil des siècles, cette violence s'est plus exercé sur nos consciences que sur nos corps, le pouvoir de tous ces maîtres du monde est violent.

« Si la non violence est la loi de l'humanité, l'avenir appartient aux femmes. » Gandhi

« L'autorité d'un seul, c'est un crime. Ce que nous voulons, c'est l'autorité de tous. la femme de demain ne voudra ni dominer , ni être dominée, ... l'anarchie, c'est l'ordre par l'harmonie. » Louise Michel

Comme nous l'avons précédemment souligné, afin que ces rapports de domination, ce pouvoir établi, se perpétuent, il est d'usage de la part de toutes les castes de privilégiés; de mettre en place dans les esprits du plus grand nombre, un système de pensée légitimant l'ordre injuste des choses.

« Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles d’Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à, l’esprit des hommes.
L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées. Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif.
Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser. On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux.
En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté. Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur.
L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu. Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutiennent devront ensuite être traités comme tels. »
Günther Anders L'obsolescence de l'homme

Il est donc nécessaire de canaliser et limiter cette domination insidieuse de nos esprits pour que renaisse une certaine autonomie de pensée, une liberté fondamentalement individuelle et solidaire. Il appartient donc à chacun d'entre nous, femmes ou hommes suffisamment affranchis de la pensée unique, de contribuer à cette évolution des mentalités et à cette revendication d'une émancipation sereine, empreinte de douceur, mais déterminée.

« Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit et l'obéissance en devoir. De là le droit du plus fort. » Emile Durkheim

A la violence du droit du plus fort, il nous faut opposer l'insurrection par la douceur, la désobéissance.

« La douceur suffit-elle à guérir ? Elle ne se munit d’aucun pouvoir, d’aucun savoir. L’appréhension de la vulnérabilité d’autrui ne peut se passer pour un sujet de la reconnaissance de sa propre fragilité. Cette acceptation est une force, elle fait de la douceur un degré plus haut, dans la compassion, que le simple soin. Compatir, « souffrir avec », c’est éprouver avec l’autre ce qu’il éprouve, sans y céder. … La douceur a fait pacte avec la vérité ; elle est une éthique redoutable. Elle ne peut se trahir, sauf à être falsifiée. La menace de mort même ne peut la contrer.
La douceur est politique. Elle ne plie pas, n'accorde aucun délai, aucune excuse. Elle est un verbe : on fait acte de douceur. Elle s'accorde au présent et inquiète toutes les possibilités de l'humain.
De l'animalité, elle garde l'instinct, de l'enfance l'énigme, de la prière l'apaisement, de la nature, l'imprévisibilité, de la lumière, la lumière.  »
Anne Dufourmantelle La puissance de la douceur

A bien y réfléchir, il paraît évident, qu'à peu près tout ce qui dysfonctionne dans la marche actuelle du monde (conflits armés, économiques, injustices sociales, de genres, raciales) est directement ou indirectement relié à l'expression des valeurs machistes de nos dirigeants-prédateurs ainsi qu'à la verticalité de leurs pouvoirs nationaux.

"La démarche utopique peut devenir une invitation à la contestation pratique, en tout cas un refus de la résignation au malheur de vivre. L'utopie peut donc devenir altercation polémique, altérité pensée et appel a une alternance politique." Thomas More Utopia

A terme, seules les une organisation supranationale telle que l'ONU (dont la devise est Paix, dignité et égalité sur une planète saine), en collaboration avec les ONG militant dans le même sens et dotée de moyens humains et matériels renforcés, semblent en mesure de jeter les bases d'une gouvernance mondiale, de faire contre-poids aux égoïsmes à courte vue des chefs d'états, mettre fin à l'escalade des dépenses militaires, mettre fin aux conflits et initier une profonde évolution sociétale. Toutefois, il semble indispensable, au préalable, de réformer leur mode de fonctionnement pour destituer les grandes puissances de leurs prérogatives paralysantes, instaurer une représentation plus démocratique et représentative de la diversité des genres, des peuples, des cultures, qu'elle est chargée de représenter.

"Quelle erreur pour une femme d’attendre que l’homme construise le monde qu’elle veut, au lieu de le créer elle-même.Anaïs Nin

  1. Les Etats-Unis. La Russie. La Chine. L'Inde. Le Japon. La Corée du Sud. La France. Le Royaume-Uni

  2. Musk, Besos, Arnault, Gates, Buffett, Page, Brin.

  3. Le dominant, pour cet archétype ne compte que le pouvoir, la domination, le contrôle. C’est un meneur, un patron, un dirigeant. Il aime décider et être obéis. Il cherche la prospérité matérielle, l’ordre et la réussite. Il impose le respect ce qui peut le conduire à l’autoritarisme. Il craint le chaos, et la perte de contrôle, ou de pouvoir. Il aime la place qu’il occupe parce qu’il a travaillé pour. Dans le tarot, il s’agit de l’Empereur. 

  4. «  Ma thèse est donc la suivante: en plus de notre conscience immédiate, il existe un second système psychique de nature collective, universelle et impersonnelle ... Cet inconscient collectif ne se développe pas individuellement, mais est hérité (ici je souhaite ajouter : puis est entretenu de l'extérieur tout au long de notre parcours de socialisation). Il se compose de formes préexistantes, les archétypes, lesquels donnent un sens aux contenus psychiques » Karl Gustav Jung

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