Pierre Carpentier
MÉMOIRES DE L'EAU. "Les songes de nos vivants prennent à l'eau, la source et le sel ! À la terre, le sang et la force ! Au vent, nos sacrifices livrés en confiance. Assez de ces supplices ! Les poèmes ne sont pas fait pour les chiens ! Ils portent nos libertés souveraines ! lls sont le parfum de nos royaumes ! Sois vaillant à la tâche attaquante que nous te confions ! Les dominations nous mitraillent encore mais tu répondras à ce juste tourment du devoir ou détourne toi à jamais de notre appel ! En toutes directions que tu choisisses tu nous reviendras et nos comptes te seront remis ! Pour notre générosité, tiens en partage le calme des eaux !". (Extrait "d'IRACOUBO. L'Épicentre des Eaux", 2014). " MAIS ALORS, LA GUYANE ? Une infinité que nous imaginons gorgée d'eaux et de bois. Les Guyanais demandent que les Martiniquais et les Guadeloupéens les laissent en paix. Nous avons pas mal colonisé de ce côté. C'est pourtant comme une attache secrète que nous avons avec le Continent. Une attache poétique, d'autant plus chère que nous y renonçons. D'autant plus forte que fort sera le poids des Guyanais dans leur pays. Des chants comme des rapides à remonter, des poèmes comme autant de bois sans fond." ÉDOUARD GLISSANT in LE DISCOURS ANTILLAIS (P 775).
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Billet de blog 15 févr. 2019

Vivre-ensemble, bien vivre-ensemble ou vivre avec l’autre ? (Par Khal Torabully)

Le défi de l’autre, c’est le défi de notre époque. En espérant mieux comprendre les question que pose France Culture : « Comment ce pays en est-il arrivé là ? Comment a-t-il développé cette capacité d'auto-destruction, et même d'auto-mutilation ? D'où vient ce terreau propice à l'agressivité, sinon à l'agression ?

Pierre Carpentier
MÉMOIRES DE L'EAU. "Les songes de nos vivants prennent à l'eau, la source et le sel ! À la terre, le sang et la force ! Au vent, nos sacrifices livrés en confiance. Assez de ces supplices ! Les poèmes ne sont pas fait pour les chiens ! Ils portent nos libertés souveraines ! lls sont le parfum de nos royaumes ! Sois vaillant à la tâche attaquante que nous te confions ! Les dominations nous mitraillent encore mais tu répondras à ce juste tourment du devoir ou détourne toi à jamais de notre appel ! En toutes directions que tu choisisses tu nous reviendras et nos comptes te seront remis ! Pour notre générosité, tiens en partage le calme des eaux !". (Extrait "d'IRACOUBO. L'Épicentre des Eaux", 2014). " MAIS ALORS, LA GUYANE ? Une infinité que nous imaginons gorgée d'eaux et de bois. Les Guyanais demandent que les Martiniquais et les Guadeloupéens les laissent en paix. Nous avons pas mal colonisé de ce côté. C'est pourtant comme une attache secrète que nous avons avec le Continent. Une attache poétique, d'autant plus chère que nous y renonçons. D'autant plus forte que fort sera le poids des Guyanais dans leur pays. Des chants comme des rapides à remonter, des poèmes comme autant de bois sans fond." ÉDOUARD GLISSANT in LE DISCOURS ANTILLAIS (P 775).
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Khal Torabully (photographie de son profil Facebook).

"La guerre de tous contre tous", selon l'expression de Thomas Hobbes... Ou, à tout le moins, la bagarre générale permanente ».

France culture, à travers la plume de Frédéric Says, semble dire que le concept de vivre-ensemble est devenu creux. Je cite Says : "Chaque jour qui passe, l'expression "vivre-ensemble" paraît tenir davantage de la chimère publicitaire que du quotidien réel". Il y a du vrai dans cette observation.

J'ai longtemps réfléchi à ce terme.
En effet, il est peut-être devenu, à force d’être mis à toutes les sauces, un slogan creux, vidé de sa substance. Il est devenu, à l’épreuve du réel, une déictique, une case vide de la grammaire sociologique et interculturelle.
Tout dépend comment on l'utilise, comment on l'instrumentalise, me dira-t-on. Le terme lui-même, preuve qu’il est insuffisant, a été revisité, redéfini…
Oui, il a fallu corriger ce terme, en y accolant "bien vivre-ensemble", car vivre-ensemble peut aussi masquer des réalités plus concrètes, difficiles à éluder, comme la mise en sourdine de toutes les composantes amenées à s'articuler dans le discours des différences, de leur nécessaire mise en présence dans des relations au quotidien, dans le partage des espaces réels et symboliques de la société, dans les définitions politiques de ce vivre-ensemble qui parfois ressemblent à une mise à l'écart de certains et certaines. C’est cela une case vide conceptuelle que l’on peut « habiter » ou « vider » à sa guise.

La convivencia réactualisée

Vivre côte à côte n'est pas la panacée. Vivre sans interagir peut aussi être "vivre-ensemble". Ce vivre-ensemble de la « bonne conscience » individuelle ou politique peut cacher des barrières invisibles... Certains ont alors proposé le "faire ensemble" à la place, qui peut être un pas dans le bon sens. Mais cela ne reflète pas non plus le défi, d'une "cohésion sociale" faite de différences à articuler. Ce qui explique que l’on doit questionner ce terme « vivre-ensemble » qui demande à être contextualiser et défini suivant les défis du moment…

Pour ma part, je crois à un autre terme, la convivencia qui doit être réactualisée, adaptée au contexte actuel, souvent défini par la mondialisation et la libération d’une parole haineuse sur les réseaux sociaux ou dans le champ politique. J’y suis venu par mes voyages en Andalousie et de l’humanisme de la diversité élaborée de ma poétique, la coolitude, qui ouvre la migration des travailleurs contractuels, engagés ou coolies, à une portée plurielle.

Dans cette optique, la convivencia, ce n'est pas seulement un terme dérivé du latin convīvĕvre « vivre avec, ensemble ». Ni la convivance ou la convivialité. On peut être convivial ou tolérant, sans plus…
Cela ne dit pas quelle est la construction sociale, politique, culturelle religieuse… nécessaire pour partir du particulier en vue de négocier en permanence avec « l’universel », une dialectique qui devrait agiter les identités, souvent meurtrières, pour citer Amin Maalouf.

La convivencia restitue mieux le cœur de l’enjeu, mieux, du défi que ne dit pas trop le « vivre-ensemble ». Oui, c’est un défi, un parcours, une éducation, une aventure humaine complexe, dense et difficile.
La tolérance ne suffit pas là où on n’a pas compris la différence, sans tomber dans l’obsession de la différence ou de l’universel qui réduit. Or, le vivre-ensemble, la convivence ou la convivialité, sans parler de tolérance, ne suffisent pas à dire la complexité, le défi de cette affirmation égalitaire entre le particulier et l’universel.
Dans ma réflexion et pratique au vu des complexités de la mondialisation dans le domaine de la compréhension entre les peuples, les religions, les cultures, les histoires, les mémoires, je propose désormais le terme catalan ou espagnol de convivencia, en gardant ce signifiant « autre » dans son idiome d’origine et en lui restituant sa définition étymologique : « vivre avec l’autre ».
Vivre-ensemble ne doit pas cacher le fait que l’altérité est bien la destination de cette articulation entre soi et l’autre.
En posant l’altérité, on a toute la dimension de la tâche qui nous attend. Cela permet de dépasser la conviction, par exemple, qu’en étant antiraciste, car on sait que la « race » n’est pas un concept fondé scientifiquement, on ne doit pas se faire l’économie de placer l’autre dans le champ des inégalités sociales, dans une histoire longue, dans une anthropologie différenciée…

Tout nommer…

 En attendant ce travail nécessaire, nommons, continuons à nommer tous les oripeaux de la Bête immonde qui divise l’humanité en catégories hiérarchisantes. Dénonçons le racisme, les discriminations, l’antisémitisme, l’islamophobie… Nommons toutes les bêtes tapies à l’ombre de la Bête. Ayons aussi à l’esprit ce souci d’égalité dans notre approche. Lors d’une réunion de travail avec l’UNESCO à Melilla il n’y a pas si longtemps, Federico Mayor, ex-directeur de cette organisation, nous a fait parvenir un message par skype. En substance, il rappelait la nécessité de préserver la diversité culturelle, d’interagir avec les diversités et de ne pas oublier, ce faisant, de garder une égalité de traitement, afin de respecter cette diversité de la douleur et des aspirations humaines à la dignité. Cet aspect anime aussi notre démarche articulant les mémoires et histoires de l’engagisme et de l’esclavage, que nous avons posée en Guadeloupe l’an dernier, lors du Festival international de la coolitude.
Aussi, il nous importe de redéfinir les défis de la convivencia à l’aune actuel, en nous inspirant de cette période historique en Espagne, Bagdad, Sicile, l’Occitanie, qui a connu ses hauts et ses bas.
Vivre avec l’autre, la convivencia nous impose d’être créatifs là où la diversité culturelle, la base de tout développement durable, a été malmenée dans les accrocs du « vivre-ensemble » qui n’ouvre pas assez à la dimension holistique, transdisciplinaire et égalitaire du débat actuel. Il ne suffit pas de dire de vivre ensemble pour vivre réellement avec l’autre…
Je pense que la sagesse doit aussi être mise en perspective dans cette démarche.
C’est ce que nous mettons sur l’établi de la Maison de la Sagesse Fès-Grenade, maison nomade qui sillonne divers espaces géographiques, et qui rappelle la nécessité de ce dépassement dans la mise en relation avec les altérités, faite d’une vigilance continue, afin que la paix et la compréhension cheminent dans les cœurs des hommes, des femmes et des enfants, qui ne doivent pas être oubliés dans cette éducation aux altérités.
La réflexion se poursuit, avec des actions régulières, car les vieux démons ne sont pas seulement à nos portes, mais dans l’embrasure de nos maisons…

© Khal Torabully, 13/02/19

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