Un an après le massacre de Christchurch, le retour de la Bête. (Par Khal Torabully)

Le 15 mars 2020 sera la date d’un triste anniversaire. En effet, la Nouvelle-Zélande célébrera le premier anniversaire d’une sanglante série de meurtres par X (un terroriste australien dont je tairai le nom, à l’instar de Jacinda Ardern, PM de La Nouvelle-Zélande, qui refuse de lui faire un nom et une postérité). C’était dans deux mosquées de Christchurch, ville tranquille de l’hémisphère sud.

J’ai suivi cet événement de près, lançant un appel à signatures pour le Prix Nobel de la Paix pour la PM Ardern, tant sa gestion de la crise me semblait exemplaire. Elle avait été parmi les trois favoris du Nobel. Au-delà de l’émotion et de la douleur qui ont suivi les tueries, et dans l’attente du jugement de X en juin, il serait intéressant de poser un regard sur cet événement et de le situer dans une perspective plus large, car il a eu une résonance mondiale à considérer.

Un acte terroriste relayé en direct sur facebook

Le terroriste X avait bien préparé son acte contre les fidèles rassemblés dans les mosquées de Christchurch. Il a dit que son passage à l’acte est le résultat d’un voyage en France, où il a pris connaissance des idées des identitaires français. Il leur aurait fait un don financier en automne 2017. X s’est inspiré de leur théorie du « grand remplacement », remis au goût du jour par Renaud Camus, qui, lui, se défend d’avoir influencé le tueur australien. Son manifeste de 74 pages, mêlant thèse eugéniste et discours nativiste, est un compendium glané sur internet. Selon X, la France serait envahie par les porteurs des babouches, entendez les arabes, des métis et nègres à la sexualité débridée, s’emparant des femmes blanches, produisant une dénatalité au détriment des populations souchiennes. Il a regretté la défaite de Marine Le Pen aux présidentielles. Il importe de dire que X est lui-même immigré en Nouvelle-Zélande, qui fut jadis une terre aborigène, tout comme l’Australie, son pays natal. X, qui fut communiste, anarchiste et libertarien se dit « éco-fasciste », s’inscrivant dans les mouvements d’extrême-droite, où fascistes, populistes, suprémacistes et ultra nationalistes se refont une santé et une virginité politiques en pointant du doigt le nouvel envahisseur ou bouc-émissaire de service, le musulman, qui a remplacé le juif (même si celui-ci demeure dans les zones troubles de leurs représentations) comme l’Autre absolu. Nicolas Lebourg, spécialiste de l’extrême-droite, avec écrit que les suprémacistes vivaient la mondialisation comme une « orientalisation », ceux-ci brandissant le danger de l’invasion orientale. A la lumière des faits, je dirai plutôt qu’elle est interprétée comme une « islamisation » de leurs pays et du monde. Cela est apparent dans le manifeste de X, intitulé « Le Grand Remplacement », posté sur le net quelques heures avant l’attaque sur les fidèles de Christchurch. Il est clair que dans son manifeste, X pointe clairement ses affiliations idéologiques et son islamophobie nourrie au discours des néonazis et des fascistes. Ces pensées « anti-Islam » proviennent d’une nébuleuse de théoriciens allant des mers du sud, en passant pas les Balkans et Paris, pour s’ancrer outre-Atlantique. Parmi ses figures de proue, le terroriste norvégien, Anders Breivik, qu’il avait rencontré et qui lui a « donné sa bénédiction ». Celui-ci avait tué 77 personnes, pour arrêter une « invasion » musulmane en Europe. Il avait aussi rédigé un indigeste manifeste, mêlant islamophobie, discours nativiste et eugéniste, exprimant la haine de l’autre avant de passer à l’acte en juillet 2011.

Aussi, après l’attaque terroriste de Christchurch, qui a fait basculer le terme « terrorisme » des strictes lignes sémantiques des médias, le terroriste était de facto le musulman tous azimuts, deux faits ressortent, sous forme de deux questions essentielles : les ultranationalistes ou suprémacistes blancs agiraient-ils de façon isolée d’un pays, d’un continent, à l’autre ? Est-ce que l’internet leur donnerait-il une plateforme et un médium pour développer leurs idées toxiques afin de passer à l’acte après radicalisation en ligne ? Pour le premier point, Il y existe une « intertextualité » du suprémacisme blanc et de l’ultranationalisme qui puise allègrement des « productions » des mouvements néonazis et fascistes qui, tout en veillant aux frontières, sont résolument transfrontaliers. La figure du « lone wolf », du loup isolé, est, de ce fait, remise en cause. Le terroriste blanc agit dans le cadre d’un discours façonné sur plusieurs rives et qui voyage allègrement par le net. On n’a qu’à cliquer sur un moteur de recherches pour s’en rendre compte. Après les attaques de Christchurch, la question ne se pose plus s’il existe une mouvance transnationale de cette nébuleuse néo-nazie et fasciste. Aucun doute n’est permis à ce sujet.

Quant à la question de savoir si les réseaux sociaux favoriseraient la propagation du discours de la haine de façon transnationale, un fait s’impose aussi, comme nous allons le voir.

Sachant qu’au lendemain de la tuerie, Jacinda Ardern fut été choquée que le massacre de Christchurch avait été relayé en direct sur un Facebook live pendant 17 minutes, elle avait très rapidement pointé les réseaux sociaux du doigt. Le live aurait été vu des centaines de milliers de fois. Ardern porta très vite la question fondamentale de la propagation du discours de haine sur le net sur les fonts baptismaux, accomplissant un geste fondateur tant attendu. Elle convoqua les responsables du net, leur demandant d’exercer un contrôle sur ces contenus à caractère xénophobe, raciste et violent, pouvant accroître la radicalisation en ligne, menant au passage à l’acte violent.

Les réseaux sociaux favorisent-ils une internationale de la haine suprémaciste ?

Cette deuxième question mérite que l’on s’y attarde. S’il est évident que lire un texte de haine ne pousse pas forcément à l’élimination physique de l’autre, le nouvel outil technologique n’est cependant pas totalement exempt de tout reproche. Sur ce point, et loin d’affirmer que le médium, c’est le message, selon l’observation de Mac Luhan, on est en droit d’aborder cette analyse sous l’angle du médium qui favorise la propagation du message. Nombre d’observateurs sont d’accord sur un point, mis en lumière après les attaques de Christchurch : le net a servi de boîte aux lettres transnationales aux idées de haine (y compris celles des extrémistes islamistes), et par là, il a été un amplificateur des idéologies « underground » de l’alt-right américain, et maintenant, des identitaires européens. L’effet de la mondialité par le net et les capacités de réseautage entre individus et groupuscules radicalisés ont fait reculer la notion de barrières ou distances géographiques. En effet, l’attaque de Christchurch a démontré que nous avons eu affaire à un suprémaciste blanc passe-frontières, qui a puisé son idée d’attaque terroriste d’un norvégien, Anders Breivik. X a pris à son compte la théorie du grand remplacement des identitaires français. Il a sympathisé avec des ultranationalistes autrichiens, tout en payant ses voyages en Europe en argent dématérialisé, une monnaie passe-frontière rendue possible par les technologies virtuelles. Il a pensé faire un attentat en Nouvelle-Zélande pour lutter contre l’invasion des non-blancs… en France et contre l’élection de Macron en 2017, présenté comme un mondialiste sans âme de la finance, indiquant bien la portée transnationale du suprémacisme blanc australien. Ajoutons que le terroriste avait visité les Balkans, où il a appris à haïr turcs et ottomans. Il aussi  cité Charles Martel parmi les résistants anti-musulmans mentionnés, souvent en cyrillique, sur ses armes semi-automatiques utilisées pour le massacre. L’ironie de tout cela est que X est lui-même un australien immigré en Nouvelle-Zélande, ses ancêtres (écossais, irlandais, anglais) venant d’Europe, pour vivre sur des terres colonisées ayant appartenu à des peuples premiers. Son dénominateur commun n’est pas précisément la géographie, la véracité historique ou les barrières nationales, mais sa fidélité à la pureté raciale blanche, qui va de l’Oural en Pennsylvanie et aux antipodes. X représente le premier cas concret d’une radicalisation transnationale sur le net, allant plus loin que ses mentors, dont Breivik, qui a agi sur son sol natal. Il a pris à son compte les différentes thèses prospérant sur un fonds de commerce d’antisémitisme, de racisme, d’islamophobie et de xénophobie. X est, à cet égard, le résultat d’une société globalisée offrant des plateformes et des idées sur le net. Un monde qui se moque des frontières, faisant fabriquer ses boulons en Chine, ses essuie-glaces au Maroc, ses pneus en Malaisie, et assemblant ses voitures en France ou en Turquie, pour les vendre en Afrique ou en Amérique du Sud. Il est transnational dans sa façon de penser et d’agir, et le net l’a grandement aidé en cela. Cela ne peut être contesté. Il dit lui-même qu’il a amassé sur le net des matériaux idéologiques toxiques au-delà de la Nouvelle-Zélande. Les écrits en cyrillique sur ses armes font état d’une réelle affiliation avec une histoire de « résistance » contre les envahisseurs musulmans, depuis les Croisades. Il se considère comme un nouveau chevalier défendant sa « race « menacée par les colorés/métèques/juifs/musulmans… Aussi, il est intéressant de considérer ces faits par rapport au nouveau rôle du net dans le discours de haine et la répercussion des massacres de Christchurch dans la fachosphère.

Internet et la haine de l’autre après Christchurch

Le Sommet de Paris en mai 2019 était un événement d’importance dans le sillage de l’appel de Christchurch lancé par Jacinda Ardern, pour réguler le discours de haine sur le net. Un mot sur le leadership exemplaire de Jacinda Ardern, qui avait mobilisé son peuple contre le terrorisme suprémaciste et ultra nationaliste blancs. Elle avait envoyé un signal fort au monde, au-delà des barrières de « races », de religions ou de couleurs de l’épiderme. Time avait salué : “sa gestion habile et discrètement révolutionnaire de la crise”. Nous y avons vu l’exemple concret d’une gouvernance basée sur la “bonté”. Son appel fut motivé par le fait que 8chan, un site favori de la fachosphère et facebook étaient utilisés non seulement comme boîte postale des discours de haine, mais aussi comme amplificateurs de ceux-ci. Il était urgent de ne plus considérer les multinationales du web comme étant au-dessus des lois, hors des juridictions nationales. L’appel de Christchurch dépassa les antipodes et s’incarna au Sommet de Paris en mai 2019, avec le soutien d’Emmanuel Macron. Ce Sommet déboucha sur une charte visant à limiter le discours de haine, demandant « la modération des contenus » sur le net. Cette réflexion et les mesures préconisées se prolongèrent jusqu’au G7, tenu en août 2019 à Biarritz. Quelque chose avait émergé depuis Christchurch. Les géants du Web comme Facebook et Google ont signé la charte qui en est née, tout comme les autres pays du G7, sauf les USA, qui n’avaient pas signé l’appel de Christchurch non plus.

Rappelons que la charte s’articule autour des quatre principes fondamentaux, à savoir, la liberté d’expression, le retrait immédiat des contenus terroristes, la protection des victimes et la lutte contre les contenus haineux. La charte n’a pas valeur de loi.

Sans vouloir établir un bilan sur une réalité très complexe, un an après, même si un contrôle semble amorcé par les ténors du net, force est de constater que beaucoup reste à faire. J’en veux pour preuve les quelques attaques terroristes après Christchurch, offrant des similitudes frappantes avec la façon de faire du terroriste australien. Premièrement, l’attentat à la synagogue Chabad de Poway, près de San Diego, aux USA, le 27 avril 2019, m’interpella fortement. En effet, la fusillade qui a fait un mort et plusieurs blessés, mit en scène un utilisateur de 8chan, site utilisé par X. Il dit sa dette envers le terroriste australien expliquant qu’il lui a appris quelque chose d’inestimable, expliquant qu’un « livestream allait bientôt démarrer”… Le tueur avait, lui aussi, son manifeste et des liens vers des pages Facebook. Il espérait émuler d’autres radicalisés. Un modus operandi émerge. Depuis Breivik, la radicalisation opère en ligne : échanges de vues sur le web de l’alt-right et des néonazis, passage à l’acte précédé d’un message/manifeste en ligne, et si possible, d’un livestream pendant les attaques terroristes. Pour s’en convaincre, on retrouve ce même procédé lors de l’attentat de Stephan B. à Halle (Allemagne) contre une synagogue et un restaurant turc, tuant deux personnes. C’était le 9 octobre 2019. Le terroriste a repris le modus operandi des précédents tueurs issus d’un forum anglophone, lieu des suprémacistes de nombreux pays, indiquant, encore une fois, qu’une mondialisation de la haine suprémaciste était une réalité. On sait, pour indiquer la corrélation entre les crimes racistes, antisémitiques et islamophobes et le net, que le forum 8chan a été enlevé du web, en raison de la tuerie à Poway, en août 2019. Notons que le 10 août, une fusillade eut lieu à la mosquée al-Noor d’Oslo (même nom qu’à Christchurch), faisant un blessé léger. Il s’avère que le norvégien de 21 ans, quelques heures avant son méfait, avait posté des textes sur la guerre des races, se disant être inspiré par X qui avait tué en Nouvelle-Zélande. Notons aussi qu’en février 2020, un cluster de groupuscules d’extrême-droite allemande fut démantelée et douze de ses membres arrêtés. L’enquête révéla qu’ils projetaient des attaques contre des mosquées outre-Rhin, émulant X. Le même mois, à Hanau, en Allemagne, Tobias R. avait tué 9 personnes, arguant qu’il défendait la « pureté raciale ». Admirateur de Trump, il a tué à Hanau, pour demander aux Américains de se révolter contre ses dirigeants satanistes. Là encore, on pense et on agit de façon « connectée », transfrontalière. X a tué sur le sol néozélandais pour influer sur la France et les USA… Aussi, on tue l’autre sur son sol, pour espérer une réplique ou une action mimétique à un autre point du globe. On est bien dans une perception globalisée de la haine suprémaciste. Tobias R., baignant dans une culture conspirationniste, agissait local en pensant global : il voulait éradiquer 24 pays du globe, s’inscrivant dans une vision personnelle de la dénatalité des blancs… Après Christchurch et ses répliques, par le biais d’internet, on n’est plus à se poser la question s’il existe une internationale des fascistes ou de néonazis. Sur le net, ils s’inspirent mutuellement et passent à l’acte suivant un rituel identique, globalisé. Rappelons que Tobias R. avait posté une vidéo de 35 minutes expliquant que les juifs sont la cause de tous les malheurs. Cette vidéo émule celle de X, fait écho à sa haine de l’autre. Nous avons ici un fonctionnement qui met en miroir le jihadisme ultranationaliste en ligne, établissant un parallèle entre l’extrême-droite et les méthodes de Daech ou d’autres groupes extrémistes. Le flux tendu de la haine n’est donc pas brisé. L’internet demeure un vivier de terroristes potentiels et réels, surfant sur la haine de l’autre selon un discours de haine et une façon de faire éprouvée.

De Christchurch à Delhi

Pour conclure temporairement sur l’après-Christchurch et la haine su internet, un mot sur le passage de la haine en ligne par des individus radicalisés ou des groupes néonazis et suprémacistes à une plus vaste échelle, en Inde, où la haine s’exprime presque avec un sentiment d’impunité. Ce pas a été franchi dans les faits à Delhi, qui a assisté à un pogrom des musulmans au mois de février 2020. L’internet, sans conteste, a été un terrain « inspirant » pour des ultra nationalistes et suprémacistes, cette fois, hindous, relayant des informations et des messages de haine, relayant d’insoutenables vidéos montrant des lynchages et des tortures. Dans le prolongement de notre perspective, il est important que nous nous penchions sur ce cas de la banalisation de l’horreur à une échelle encore inédite et qui se déroule en Inde, engoncée dans une réforme de sa citoyenneté avec une essentialisation hindouiste. Le BJP, le parti au pouvoir, a bâti et diffusé une rhétorique de la haine islamophobe, relayant une radicalisation au sein de la société indienne où les minorités sont de plus en plus menacées au nom d’un suprémacisme hindou conjuguant les thèses ultra nationalistes et violentes. Nous sommes, de toute évidence, dans une configuration transnationale de la diffusion de la haine qu’il s’agit de relier à l’après-Christchurch, à son appel pour contrôler les contenus de haine en ligne. Celui-ci doit être réapproprié comme un référent pour contrer la propagation de la radicalisation en ligne. Nous tenons-là un outil de référence à internationaliser, justement.

Sans analyser les faits plus loin, signalons, par exemple, le rôle de TikTok, accusé, actuellement de diffuser la haine communale en ligne (1). En effet, cette plateforme a diffusé 48,000 vidéos poussant à la haine et à l’action violente ces 5 derniers mois. La prolifération de la haine sur le net est à un seuil gigantesque : « Au cours de cinq mois, les documents révèlent que 677 544 vidéos ont été signalées aux modérateurs et seulement une sur dix (67 431) a été supprimée pour avoir enfreint les directives de TikTok » (2). La question qui se pose est d’importance pour le présent et l’avenir de la nation indienne que la politique Hindutva définit désormais sur des critères religieux ou de castes : quelle attitude et quelles dispositions doivent être de mise dans un cas où un parti au pouvoir alimente une vision exclusive, suprémaciste, violente, en créant une citoyenneté des seconde zone pour ses minorités chrétiennes, musulmanes et autres, tout en agrandissant le fossé entre le castes hautes et basses ? C’est une question majeure, urgente et complexe pour la survie des libertés en Inde et celle des démocraties à l’ère d’internet. L’appel de Christchurch a constitué un précédent, la société civile doit œuvrer dans le sens d’un débat dans la transparence. C’est une question vitale pour l’avenir de la démocratie indienne et d’ailleurs.

Notons aussi que le gouvernement indien a souvent coupé l’internet pour diverses raisons, dont pour l’isolement du Cachemire depuis son confinement par l’armée indienne, qui a connu une déconnexion ayant duré plusieurs mois, la plus longue coupure du net au monde. L’internet est donc un espace où des conflits sont visibles, son absence dénotant aussi un manque de liberté. Mais cette liberté, comme l’a démontré l’après-Christchurch ne signifie pas la violence et la haine libres et décomplexées en ligne… Avec ses 600 millions d’internautes, l’Inde démontre clairement que l’internet a favorisé la montée de la haine et de la violence. On apprend que : « D'une part, la technologie a conduit à la croissance économique et au développement de la société, d'autre part, il y a eu une augmentation exponentielle des discours de haine, des fausses nouvelles, des menaces à l'ordre public, des activités antinationales, des messages diffamatoires et d'autres activités illégales utilisant Internet ou les plates-formes de médias sociaux», a déclaré un tribunal inférieur à la cour suprême…» (3).

Dans ce contexte, WhatsApp est régulièrement décrié pour être un outil de la haine de l’autre. Facebook aussi est accusé par le groupe Human Rights d’être un « mégaphone » de la haine en Inde : « Les commentaires et les articles qui appelaient les musulmans bengalis «cochons», «terroristes», «chiens», «violeurs» et «criminels», ... ont été partagés près de 100 000 fois et consultés au moins 5,4 millions de fois, a montré la revue Avaaz , qui couvrait 800 publications Facebook liées à l'Assam. En septembre, Facebook avait supprimé seulement 96 des 213 publications et commentaires signalés par l'organisation, y compris des appels à empoisonner des filles hindoues pour empêcher les musulmans de les violer ... ... «Facebook est utilisé comme un mégaphone pour la haine ... » Alaphia Zoyab, militante senior à Avaaz, a déclaré dans un communiqué ... ... Facebook a publié une réponse ... qui disait en partie: « ... nous cherchons à protéger les droits des minorités et des communautés marginalisées dans le monde entier, y compris en Inde. Nous avons des règles claires contre le discours de haine, que nous définissons comme des attaques contre des personnes ... qui reflètent les commentaires que nous avons reçus d'experts en Inde. Nous prenons cela très au sérieux et supprimons le contenu qui viole ces politiques dès que nous en prenons connaissance» (4).

Dans ce débat qui est en cours sur le rôle du net comme boîte aux lettres du virus de la haine virtuelle et qui tue dans le quotidien, il y a le cas emblématique d’Ajay Barman, qui postait des vidéos prêchant, lui, l’entente entre hindous et musulmans, pour contrer la vision ultra nationaliste du parti au pouvoir. Une de ses vidéos inclusives comptait 2.5 millions de vues. Il fut interloqué de constater que TikTok, la plateforme sur laquelle il postait contre la haine communale, a mis son compte sous l’éteignoir sous forme de « shadow banning ». Décision très curieuse, en effet, quand on sait que, par mimétisme, d’autres utilisateurs de TikTok propageaient le même message de paix et de concorde. Barman affirma, qu’en le mettant « à l’ombre » du net, TikTok avait entravé, supposément, un internet vertueux…
Aussi, aux abords de ce premier triste anniversaire des massacres de Christchurch, l’appel de Jacinda Ardern, plus que jamais, fait sens. Il résonne de Christchurch à Poway, de Hanau à Delhi. Nous constatons que le mal des mots virtuels perdure après l’attaque terroriste de X. Nul doute n’est permis : les mots tuent en compagnie des images indignes que le net diffuse au nom de idéologies meurtrières, et cela, au-delà des barrières géographiques et culturelles. Indubitablement, la Bête est de retour sous plusieurs formes, comme l’hydre passe-frontière et l’internet lui sert de relais transfrontalier et de vastes plateformes.

© Khal Torabully, 13 mars 2020

(1)   https://www.wired.co.uk/article/tiktok-india-hate-speech-caste

(2)   Idem

(3)   https://techcrunch.com/2019/10/21/india-intermediary-internet-social-regulation/

(4)   https://www.business-humanrights.org/fr/node/198081

https://www.bbc.com/news/world-asia-india-51262944

 

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