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POÉTIQUE DE LA DÉCOLONISATION (sur Facebook)
Dans le monde « postcolonial » (terme qui ne me convient pas parce qu’il se voudrait conclusif) qui est le nôtre, quand les solutions politiques semblent dépassées, poésie et politique sont intimement liées parce que seule la poésie est capable d’une conception assez large du rapport des peuples entres eux dans la totalité-monde chère à Edouard Glissant.
Alors, Oui !… Oui, le poète guyanais reprend sa place de caillasseur de soleil ! Il est, depuis Léon-Gontran Damas, notre lien collectif le plus sûr avec la liberté ! La négation colonialiste au premier chef, mais d’abord la forte présence de notre arrière-pays culturel ancestral préexistant, et sa densité physique étendue, nous poussent nécessairement à conquérir notre unité culturelle à partir d’un enracinement de résistances radicales, capables de permettre une accumulation qui va renforcer le travail d’émergence de notre identité composite.
Il nous faut alors politiser la culture et cultiver la politique.
Toute République est estimable en soi, pourtant en France et pas seulement, mais aussi dans le monde, le principe vertueux et libérateur de décolonisation, à prolonger de l’esprit aux actes, peine à retrouver sa légitimité au plus profond des intégrismes ou fondamentalismes républicains.
En effet la décolonisation est vécue comme outrageante, vexatoire, heurtant une république dont les marges coloniales, qui se renouvellent sur des bases le plus souvent humanitaires (Mayotte) ou sécuritaires (le Mali), ne cessent de s’étendre.
Les élites qui défendent les grands intérêts de l’état agissent sur le mental de la société française à qui l’on a inculqué le réflexe colonialiste bien intégré comme principe indiscutable qui permet de délégitimer l’action de ceux qui le combattent dans leur propre pays.
La signification de la nature guyanaise doit se rapprocher de sa communauté humaine dans une conjonction dynamique nature-culture, c’est indispensable pour y assoir la nation.
L’œuvre littéraire tout-entière d’Elie Stephenson est bien la mise en scène de la résistance et le théâtre de la nation dont il est un des pères vivants. Elle seule (la nation nouvelle) porte connaissance au Tout-Monde car elle a triomphé par sa volonté de s’y enraciner.
Peuples autochtones de la Guyane, qui nous rappelez sans cesse à notre milieu, à notre arrière-pays, ces hauts lieux de notre être collectif où la liberté nous tend les bras ; vaillants exemples de ceux qui n'ont pas la mentalité de vaincus !
Enfin ce que je vais vous dire à vous les jeunes, à la jeunesse guyanaise, c’est créez, produisez, en tout domaine qu’il se peut (économique, agricole, littéraire, politique, artistique etc.) car ces actions sont, pour un peuple, sources fortes et créations d’identité.
Il nous appartient alors d'ensemble fonder l'action,
L'Espérance et le poème,
Sur l'abîme de l'Histoire,
Et les souffrances noyées aux cardinaux triangles de fers.
L'Atlantique-Nord [vous dis-je] sema jardin de tourments pour l'éternité !
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Les marées insondables sur le fond des choses, les rapportent sans omissions,
Aux pieds ensablés des nomades en quête de fraîches brassées de pluie.
Mais la pluie qui n'est plus attendue,
Est aussi nomade que les dunes qui rincent nos visages,
Elle est présence erratique sur les eaux,
Couvrant les poudres solaires,
Et les talcs terrestres aux seuls temps écliptiques.
Le désert sans fin ne renoncera pas à gagner sa part des eaux,
Leurs horizons connexes se convoitent,
Et l'anneau des océans engendrera légions d'alliances
Et de poètes combattants,
Venus armer le pays de Liberté !
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Suis ton intuition poétique !
Elle te conduira à la Roche-Mère des sources du monde !
Et au cœur enfin libre des hommes !
Pierre Carpentier.