Article de Jean-Étienne Antoinette sur France Guyane du 16 et 18/08/2014
Un jour de novembre 1997, un président de la République Française rencontrant son homologue de l'Etat Brésilien eut la belle idée, dans l'espoir de faciliter par ce geste la vente de rafales à ce pays, de faire construire un pont sur l'Oyapock, fleuve séparant la Guyane et le Brésil. Cet ouvrage était censé permettre et symboliser à travers la Guyane, de nouveaux rapports commerciaux entre l'Europe et ce pays émergent.
Depuis juillet 2011, le pont est achevé, mais demeure toujours fermé à la circulation des hommes, des véhicules et des marchandises.
Les Guyanais, à défaut de voir l'équipe nationale ou une équipe internationale évoluer en Guyane dans le cadre de la préparation de la coupe du monde, espéraient après maints reports (d’abord sous le président Sarkozy et dernièrement lors du passage de François Hollande), l’inauguration – enfin ! - de cette passerelle vers le Brésil qui aurait pu faciliter pour certains la participation à cette grande fête mondiale du football. Hélas, ils ont dû se contenter des retransmissions sur Guyane 1ère et les chaînes câblées.
Plus sérieusement, il est de circonstance de s'interroger sur l'intérêt aujourd'hui des 20 millions d'euros suspendus au-dessus de l'Oyapock, dans cet ouvrage pour lequel le marché de travaux a été attribué à une entreprise brésilienne grâce à des dérogations aux règles sociales nationales pour exercer ses activités sur le territoire côté français. A cela s'ajoute les 18 millions d'euros de travaux d'accès au pont et de construction des postes de douane....toujours fermés à la population.
On sait également que les conventions entre la France et le Brésil ne sont à ce jour pas rédigées, pour certaines, pas partagées, pour d'autres, du fait de problématiques d'assurance, de gestion de rupture de charge, entre autres lourdeurs qui ne sont pas seulement administratives... Ce qui donne l'impression d'un projet "improvisé" juste au service de la diplomatie économique française, projet qui a du mal aujourd'hui à se concrétiser, on pourrait dire à se « territorialiser ».
En effet, les pirogues continuent toujours à assurer ce "job séculaire " de circulation des hommes, et aujourd'hui de logistiques pour l'orpaillage clandestin... dans l'attente du jour où les transporteurs traditionnels n'auront plus d'emploi...
La question qui sous-tend le constat des tracasseries et retards à la mise en service de l'ouvrage est bien celle de l'intérêt pour la Guyane d'un projet parachuté par une décision centralisée sans implication dès l'origine des acteurs économiques et politiques locaux.
L'absence de mobilisation de ces acteurs pour « forcer » l'ouverture du pont est éloquente à cet égard. Et pour cause : les flux commerciaux avec le Brésil " sont très marginaux " pour reprendre l'expression de l'I.E.D.O.M et ont même diminué de 2012 à 2013. La Guyane important 5,8 millions d'euros du Brésil et en exporte 500 000.
La leçon à en tirer est qu'il ne peut y avoir de réussite d'un projet s'il n’est pas porté par les acteurs d'un territoire et au profit principalement de celui-ci. Voilà pourquoi les projets à venir, notamment ceux de la compagnie minière publique et de l'activité d'exploitation d'hydrocarbure devront respecter ces éléments de base incontournables pour tout projet de développement économique intégré. Mais cela tout le monde le sait ! Les décideurs politiques ou administratifs ont appris à fonctionner « en mode projet » et savent qu’il ne peut y avoir de réussite de projet sans impliquer les acteurs du territoire et répondre aux besoins sociaux de ces territoires. Dès lors, la véritable question qui se pose est de savoir pourquoi l'Etat français a bien du mal à appliquer ces grands principes s’agissant de ses territoires ultramarins.
Billet de blog 20 août 2014
Un pont sur l'Oyapock : match nul pour le développement de la Guyane ? (par Jean-Etienne Antoinette, sénateur).
Article de Jean-Étienne Antoinette sur France Guyane du 16 et 18/08/2014 Un jour de novembre 1997, un président de la République Française rencontrant son homologue de l'Etat Brésilien eut la belle idée, dans l'espoir de faciliter par ce geste la vente de rafales à ce pays, de faire construire un pont sur l'Oyapock, fleuve séparant la Guyane et le Brésil. Cet ouvrage était censé permettre et symboliser à travers la Guyane, de nouveaux rapports commerciaux entre l'Europe et ce pays émergent. Depuis juillet 2011, le pont est achevé, mais demeure toujours fermé à la circulation des hommes, des véhicules et des marchandises.
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