Le bon sens de Bayrou

Dans la cacophonie de la campagne pour l’élection présidentielle à venir, entre une gauche inaudible (plus encore depuis son implosion avec le succès de Benoît Hamon aux primaires) et une droite passablement ébranlée, voire  fissurée par les révélations sur l’emploi de la femme de François Fillon et de ses enfants à titre d’assistants parlementaires, François Bayrou s’est exprimé au journal de TF1 pour dénoncer l’injustice du programme du même François Fillon qui demande aux Français se faire des sacrifices (ne serait-ce que par la simple suppression de 500 000 postes de fonctionnaires pendant la durée du quinquennat) alors que les révélations du Canard enchaîné laissent entendre qu’il aurait fait profiter aux membres de sa famille des avantages de sa fonction en tant que député et sénateur en embauchant non seulement sa femme comme assistante parlementaire pour  une rémunération substantielle mais aussi ses enfants, non pas à titre d’avocats comme il l’avait déclaré quelques jours auparavant au journal télévisé de la même chaîne de télévision, mais en qualité d’assistants parlementaires eux aussi, pour effectuer un travail dont la réalité n’a pas encore pu être appréciée.

De quoi s’agit-il au juste ? De bon sens avant tout, et du sens élémentaire de la justice et de la cohérence. Comment pourrait-on confier le destin du pays à un homme qui parle aux Français de droiture morale, de rigueur budgétaire et des sacrifices qu’il faut faire pour redresser le pays quand ce même  homme, loin de la droiture morale et de la rigueur dont il se fait le chantre, profite de sa fonction pour faire rémunérer femme et enfants pour un travail dont la réalité paraît pour le moins floue, pour ne pas dire fictive, si l’on en croit le Canard enchaîné. Évidemment, le candidat Fillon a beau jeu de dénoncer un complot ourdi à son encontre, mais les faits sont têtus, les révélations du Canard ouvre un abîme sous les pieds de l’impétrant de la primaire à droite qui s’empêtre dans ses explications et dénégations, elles fendent l’armure de probité morale qu’il arborait avec fierté jusque-là. Lui, François Fillon, le parangon de la vertu à droite ou peu s’en faut, qui mettait en avant la droiture morale du Général de Gaulle comme l’exemple à suivre en toutes circonstances pour dénoncer les faiblesses et les failles des uns et des autres, voilà qu’on apprend qu’il tirait adroitement parti du système, même si, en apparence, il ne sortait jamais de la légalité, puisque ce mélange des genres n’est pas interdit en France (contrairement au parlement européen, où il est interdit à tout député d’employer comme assistants parlementaires des membres de sa famille). Faut-il voir dans ce comportement-là le signe du syndrome Cahuzac, quand le grand justicier est un grand prévaricateur ? Le syndrome de docteur Jeckyll et mister Hyde auquel est en proie un certain nombre d’hommes politiques en France comme ailleurs ?

 

Quoi qu’il en soit, François Bayrou, dans l’actuel tohu-bohu à droite comme à gauche, a au moins le mérite de rappeler les valeurs essentielles qu’il importe de respecter quand on dit représenter les citoyens électeurs. Dire ce qu’on fait, faire ce qu’on dit, voilà la première des règles que devrait appliquer tout homme politique digne de ce nom qui prétend parler au nom des autres. François Fillon semble avoir perdu de vue le sens de ce sillon-là, le premier qu’il convient de graver quand on prétend à la magistrature suprême. François le Sarthois aurait peut-être avantage à lire l’ouvrage que François le Béarnais a écrit sur Henri IV,  celui qu’on appelle aussi « le bon roi », publié en 1994 chez Flammarion : Henri IV, le roi libre. Un livre sur un roi, mais pas seulement, un livre sur une manière d’être, sur un art de vivre aussi, et  qui nous apprend qu’on est d’autant plus libre qu’on est vrai. 

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