Ouï-dire et Ouïghours

La région autonome du Xinjiang, située à l’extrême ouest de la Chine (qu’on appelait le Turkestan oriental au XIXe siècle), d’une superficie égale à trois fois celle de la France (soit un sixième du territoire chinois), compte une population de plus de 20 vingt millions d’habitants, dont 45 % d’Ouïghours et plus de 40% de Hans (l’ethnie majoritaire en Chine)

depuis l’entreprise de sinisation du Xinjiang mise en œuvre par le pouvoir central.

Les Ouïghours sont musulmans et parlent une langue turcophone. Depuis 2001, ils sont victimes d’une répression systématique organisée par le pouvoir chinois central, qui, au motif de la lutte contre le terrorisme de séparatistes ouïghours, s’en prend à la population tout entière.

D’après les organisations de défense  des droits de l’homme, un million et demi d’Ouïghours seraient détenus dans des camps de rééducation appelés « centres de formation professionnelle » dans la terminologie chinoise officielle. Il s’agit en réalité de camps d’endoctrinement où l’on enseigne aux détenus le mandarin et l’idéologie nationaliste chinoises en plus de leur faire subir de mauvais traitements et de les forcer à consommer du porc et de l’alcool.

Selon des documents internes au régime communiste révélés par le New York Times, dès 2014, le président chinois Xi Jinping a appelé à être « sans aucune pitié » contre le terrorisme et le séparatisme dans la région du Xinjiang en recourant « aux armes de la dictature démocratique populaire ».  Ce discours secret a été distribué à partir de 2016 aux hauts fonctionnaires locaux pour justifier la répression, avec l’ordre de « rafler tous ceux qui doivent l’être ». 

Non seulement les Ouïghours du Xinjiang sont persécutés par Pékin, victimes d’un véritable terrorisme d’État, mais quand ils résident à l’étranger, ils sont traqués par les autorités chinoises, surveillés, menacés, jusque sur le territoire français, comme le révèle une enquête  édifiante de Libération en date du 3 novembre 2019 :

https://www.liberation.fr/planete/2019/11/03/en-france-les-ouighours-suivis-a-la-trace_1761381

En réponse aux tenants des droits de l’homme qui s’émeuvent de l’oppression à l’encontre des Ouïghours, les autorités chinoises invoquent le principe de l’unité nationale pour justifier la lutte contre le ferment du séparatisme et se servent sans vergogne de l’exemple de la crise catalane  en Espagne pour dire qu’il s’agit du même problème. L’exploitation cynique de la menace terroriste de quelques-uns justifie la répression de tout un peuple par un État totalitaire aux yeux duquel les libertés individuelles n’ont pas sens, un État qui porte atteinte à l’être libre autant qu’il s’emploie à porter atteinte à la langue des Ouïghours, à leurs traditions religieuses et à leur patrimoine dans le but de réduire leur culture à un simple folklore. Et le plus terrible, c’est que, hormis quelques  timides protestations émises par la Turquie sur le sort de la population ouïghoure dans le Xinjiang, dans le mode islamique, c’est un silence assourdissant qui domine, aucun  pays musulman ne s’est insurgé contre la répression organisée par Pékin à l’encontre de cette population-là.   

 

Xi Jinping, le grand timonier de la Chine au sourire matois, lui, le grand protecteur des pandas, qui rêve à ses routes de la soie pour transformer le monde en cocon chinois, Xi Jinping songe aux Ouïghours comme à du bon boulgour mélangé à du yoghourt fermenté, une préparation culinaire commune aux populations d’Asie centrale. Et l’Europe s’en émeut ? Allons donc ! Il ne faut pas croire ce que raconte la presse internationale. L’oppression des Ouïghours par l’Empire orwellien, qui a inventé le permis citoyens à points et étendu la reconnaissance faciale à tout l’espace public en Chine, ce ne sont  que des ouï-dire, un ramassis de calomnies pour salir sa majesté Xi Jinping, qu’on se le dise !

La Chine, obèse de son moi et de son nombre, mue par son désir de toute-puissance, représente une réelle menace pour le monde libre. La masse est moutonnière, le nombre cancer. Quand l’Empire du Milieu s’emploie à faire régner la loi du pire, il importe de savoir contenir ce déploiement toxique.  

 

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