Comment en est-on arrivés là?

Par quelle anomalie, par quelle maladie de la démocratie française le Front national est-il arrivé aux portes de la présidence de la République française ?

 « Plus le mensonge est gros, plus il passe. Plus souvent il est répété, plus le peuple le croit… »   Joseph Goebbels

 

 Par quel invraisemblable cheminement la pensée national-socialiste, qui constitue la nature radioactive de ce parti d’extrême-droite qui irradie la France à feu doux depuis des décennies,  a-t-elle pu, peu à peu, pas à pas, finir par aboutir devant le perron de l’Élysée ? 

Alain Juppé vient de faire paraître une tribune où il dit clairement que la France court au désastre en cas de la victoire de la candidate du Front national, et qu’il a peur pour la France.  

Comment en est-on arrivés là ?

On en est là pour la simple raison que la France n’a jamais réellement procédé à son examen de conscience s’agissant de la collaboration avec l’Allemagne national-socialiste, semblable en cela à l’Autriche, elle aussi, confrontée à la menace permanente de l’extrême-droite, à sa perpétuelle présence  qui plane au-dessus d’elle comme une épée de Damoclès.     

« L’affaire Waldheim », qui fut secrétaire des Nations unies  de 1972 à 1981, et président de la République d’Autriche, de 1986 à 1992, est le symptôme le plus remarquable de cette pathologie-là résultant du non traitement par l’Autriche de  son passé nazi.

Kurt Waldheim, officier autrichien de la Wehrmacht à l’époque de la seconde guerre mondiale, présent  à Salonique entre 1942 et 1943, sous les ordres du général Löhr, lequel, surnommé « le boucher des Balkans », fut condamné à mort comme criminel de guerre en Yougoslavie, en 1947. En 1986, la presse révéla les zones d’ombres du passé militaire de Waldheim sur lequel pesaient alors des soupçons de crimes de guerre. En 1988 un comité international de six historiens militaires fut constitué pour enquêter sur ces soupçons. Au terme d’une enquête minutieuse, le comité rendit ses conclusions qui disculpaient l’officier autrichien de toute participation à des crimes de guerre mais rejetaient les affirmations de ce dernier selon lesquelles il aurait tout ignoré de ces crimes. En dépit ce compte rendu qui le l’innocentait en grande partie, Kurt Waldheim fut déclaré persona non grata aux Etats-Unis en 1987 ainsi que dans de nombreux autres pays. L’Autrichien, qui mourut en 2007,  déclara lui-même dans son testament  « regretter  profondément » la manière dont il avait « pris positions sur les crimes nazis, à savoir, beaucoup trop tard et non de manière exhaustive et sans malentendus ».

Après Kurt Walheim et les ombres du passé,  il y eut  Jorg Haider, gouverneur de la Carinthie et dirigeant du FPÖ (mort prématurément dans un accident de la route en 2008),  qui n’eut de cesse de minimiser la responsabilité de l’Autriche dans la traque des Juifs durant la seconde guerre mondiale. Cette personnalité politique est également symptomatique du refus de l’Autriche à traiter son passé nazi en se considérant comme victime de l’Allemagne nazie, alors que l’Anschluss, l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie le 12 mars 1938, fut plébiscité par 99,75 % des Autrichiens (les historiens s’accordent sur le fait que les résultats de ce plébiscite n’ont pas été truqués) —  l’Anschluss aboutira a une profonde nazification de la société autrichienne qui s’associera pleinement à l’Allemagne nazie dans l’aventure funeste du IIIème  Reich. C’est pourquoi la victimisation que fait valoir l’Autriche depuis la fin de la guerre ne tient pas. Et cette politique de l’autruche a pour effet cette présence permanente de l’extrême-droite en Autriche du fait de n’avoir jamais traité les racines du mal, c’est-à-dire, que l’Autriche n’a encore jamais réellement reconnu son engagement aux côtés de l’Allemagne nazie, un engagement non pas forcé comme elle essaie de le faire croire mais de sa pleine et entière volonté.     

Le révisionnisme ne peut avoir lieu que lorsque la vision des faits passés n’est pas juste, qu’elle est déformée. Marine Le Pen entretient cette vision déformée du passé pour entretenir la pensée national-socialiste frontiste. Et c’est précisément pour cette raison qu’elle a déclaré que la France n’était pas responsable de la rafle du Vel’ d’Hiv’ le 9 avril 2017, que ce n’était pas la France qui avait fait cela puisque la vraie France était alors à Londres, en invoquant Charles de Gaulle et François Mitterrand pour étayer ses dires, faisant mine de s’étonner qu’on puisse parle de faute moral en revenant sur le changement d’attitude officiel des autorité françaises vis-à-vis de la période de Vichy amorcé par Jacques Chirac en 1995, qui fut le premier président de la République à reconnaître la responsabilité de la France dans la rafle du Vel’ d’Hiv’, le premier à cesser d’exonérer les responsabilités de la France sous l’Occupation en entretenant cette schizophrénie politique consistant à dire que Vichy, ce n’était pas la France, une position relayée par ses successeurs, Nicolas Sarkozy et François Hollande. Certes, Vichy n’était pas toute la France et la France ne se réduisait pas au régime de Vichy, pour autant, Vichy exprimait bien quelque chose de la France. Dire que Vichy n’était pas la France, que Vichy était un régime usurpateur, un régime illégitime, cela revient à dire que tout ce qui a eu lieu sous Vichy n’est que le fait d’initiatives personnelles, de délinquants en quelque sorte, puisque les responsables de ce régime ne représentent pas les Français, qu’ils ne représentent personne, qu’ils ne représentent qu’eux-mêmes.  Il n’y a pas de personnes morales au sens juridique du terme, il n’y a que des personnes physiques, des individus qui peuvent être poursuivis pénalement pour leurs actions criminelles. C’est une manière de conclure à un non-lieu judiciaire puisque aucune autorité ne peut être tenue pour responsable. Et de non-lieu au fait de dire que cela n’a pas eu lieu, il n’y a qu’un pas.  C’est un peu comme si on avait dit à la fin de la seconde guerre mondiale que l’Allemagne nazie, ce n’était pas l’Allemagne, et que par conséquent, tous les dignitaires nazis seraient jugés individuellement et sur la base de leur action personnelle, et non pas comme les éléments représentatifs d’une société, celle du IIIe Reich, un régime qui a permis à ses responsables de décupler leur capacité de nuisance en leur conférant d’un sentiment de toute puissance doublé d’impunité. La stratégie de défense qu’employa Adolf Eichmann, le responsable de la logistique de la « Solution finale », à l’occasion de son procès à Jérusalem en 1961, consista d’ailleurs à dire que sa responsabilité individuelle était nulle, qu’il ne faisait que son devoir et obéir aux ordres, ce qui poussa la philosophe Hannah Arendt, qui assistait au procès pour le compte du magazine américain The New Yorker,  à réfléchir sur La banalité du mal. Une fois hors de la machine nazie, le terrible bourreau nazi se réduisait à un petit fonctionnaire terriblement terne. Comme si le régime nazi avait une telle charge de négativité qu’il suffisait de plonger dedans n’importe qui ou presque pour en faire un monstre terriblement efficace.  D’où la nécessité d’instruire le procès du IIIe Reich à travers le procès de tous ceux qui avaient servi le régime nazi, même si la nature proprement maléfique de ce régime est réfractaire aux lumières de la raison et de la recherche historique classique. Il y a en effet dans le IIIe Reich une dimension occulte que l’immense majorité des historiens escamotent purement et simplement, ce qui ampute la perception qu’on peut avoir de ce régime en en laissant des pans entiers  dans l’ombre  —  ainsi l’existence de la société secrète de la Thulé, fondée en 1917 à Munich,  qui avait pour but de perpétuer des enseignements ésotériques issus de veilles traditions germaniques païennes et qui exerça une influence souterraine déterminante dans la naissance et le cheminement du nazisme,  ou encore le sens du svastika[1]  sénestrogyre (dont le sens de rotation est inverse au sens des aiguilles d’une montre) comme symbole de l’Allemagne nazie, ou enfin le choix par Heinrich Himmler du château de Wewelsburg, en Westphalie (en souvenir de l’ancien Ordensburg, une forteresse des chevaliers teutoniques dans l’ancienne Livonie, actuelle Estonie, au début du XIIIe siècle), un château, qui remontait à l’époque de Heinrich Ier, roi de Franconie considéré comme le véritable fondateur du premier empire germanique , le Ier Reich, et qui avait vocation à devenir le centre politique, militaire et religieux du pouvoir de l’Ordre noir, la S.S. d’Himmler, dont la mystique maléfique s’épanouissait à l’ombre de la croix gammée nazie sénestrogyre.

S’il est vrai que Charles de Gaulle a refusé de reconnaître la responsabilité de la France dans les méfaits de la Collaboration en arguant que Vichy, ce n’était pas la France, c’est parce qu’il craignait le risque d’une guerre civile et qu’il estimait qu’il fallait s’employer à réunir les Français pour reconstruire le pays au lieu de procéder à l’examen des responsabilités de la France de Vichy. Quant à François Mitterrand, c’est parce que l’homme avait des ambiguïtés à l’égard de certaine personnalités de premier plan croisées pendant cette période, à commencer par le maréchal Pétain qui le décora de la francisque au printemps 1943 et dont il s’obstina à entretenir le souvenir le 11 novembre pendant la durée de ces deux mandats consécutifs en faisant fleurir la tombe du maréchal Pétain à l’île d’Yeu pour marquer l’anniversaire de l’armistice de 1918 (devant l’incompréhension grandissante de ce geste, il mettra un terme à cette pratique à partir de novembre 1993).

Avec Une jeunesse française, ouvrage paru en 1994, Pierre Péan est le premier historien à étudier précisément le parcours de François Mitterrand pendant les années de la seconde guerre mondiale, dans cette zone grise de la période de Vichy qui donne raison au proverbe : la nuit, tous les chats sont gris. Cet ouvrage met ainsi en lumière ce qui lie le président de la République et René Bousquet, secrétaire général de la police du régime de Vichy, ce qui équivaut à la fonction de ministre de l’Intérieur. Chose troublante, alors que l’instruction de son procès pour crimes contre l’humanité est en cours, René Bousquet sera assassiné à Paris en 1993 par un déséquilibré, un certain Christian Didier, soit une année seulement avant la publication du livre de Pierre Péan. Devant cette brutale interruption du procès de Bousquet,  qui aurait pu être le  procès de Vichy, on ne peut manquer de s’interroger sur l’opportunité de ce dénouement. Comme l’écrit Henri Raczymow dans son livre L’homme qui tua René Bousquet (publié aux éditions Stock en 2001) « (….) à qui profite le crime. La réponse ne serait sûrement pas à chercher du côté des victimes. C’est à Bousquet et à ses amis que Christian Didier a rendu service. »

René Bousquet, nommé par Pierre Laval, prend ses fonctions en avril 1942 qu’il exercera jusqu’en décembre 1943. Jusqu’à l’automne 1942, René Bousquet collabore activement à la persécution des juifs et à leur déportation vers l’Allemagne nazie. C’est lui qui négocie avec l’occupant les conditions de la rafle du Vel’ d’Hiv’ organisée en juillet 1942. Et puis à partir de 1943, alors que les Alliés commencent à remporter leurs premières victoires sur les forces de l’Axe (la coalition Rome-Berlin-Tokyo), Vichy change d’attitude sur la question des déportations des Juifs de France. Bousquet demande que les Français ne prennent plus part aux déportations des Juifs français depuis Drancy. À cette même époque, René Bousquet  a des contacts avec la Résistance française et protège certains de ses membres menacés d’arrestation. C’est ainsi qu’il évitera à l’ancien président de la République, passé dans la clandestinité en novembre 1943, d’être arrêté par la Gestapo. Ce dernier était alors responsable d’un réseau de prisonniers évadés. François Mitterrand lui doit sans doute la vie. Ce qui explique aussi de sa part cette dette à l’égard du secrétaire général de la police de Vichy. René Bousquet démissionne le 31 décembre 1943, suite au meurtre de son ami Maurice Sarraut par des miliciens qu’il fait arrêter. Darnand, chef de la Milice lui succède (et fait libérer les assassins de Sarraut). Au cours des vingt mois où Bousquet officia à la tête de la police, 60 000 Juifs furent déportés.   

Après la guerre, la Haute Cour de la Libération conclut en 1949 à une décision de non-lieu partiel pour René Bousquet et le déclare « convaincu de crime d’indignité nationale ». Écarté de la haute fonction publique, cela n’empêche pas l’ancien fonctionnaire de mener une brillante carrière dans la finance (à la Banque de l’Indochine, où il est recruté par un authentique résistant, un ancien chef de cabinet du général de Gaulle). En 1957, le Conseil d’État consent à lui rendre sa Légion d’honneur, et en l’année suivante, l’ancien secrétaire général de la police de Vichy se voit amnistié.  Dans les années 60, René Bousquet se lance dans des activités de presse. En 1974, il apporte son soutien et son concours financier au candidat Mitterrand contre Giscard d’Estaing pour sa campagne présidentielle. Il est vrai qu’à l’époque, la législation concernant le financement des campagnes est assez floue et que les partis de gauche connaissent des difficultés alors que les partis de droite bénéficient du soutien financier du patronat. On voit même René Bousquet à Latche, la propriété de François Mitterrand dans les Landes où le président se rend pendant les vacances. En 1981, après la victoire de François Mitterrand à l’élection présidentielle, on voit René Bousquet à l’Élysée, « pour parler politique » avec le  nouveau locataire.

C’est à partir de 1986 que les accusations contre Bousquet prennent de la consistance. En 1989, l’association des Fils et filles des déportés juifs de France de Serge Klarsfeld, la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes et la Ligue des droits de l’homme déposent plainte contre René Bousquet pour crimes contre l’humanité dans le cadre du dossier de la déportation de 194 enfants de six département du Sud de la France. Il est mis en examen en 1991. Et assassiné le 8 juin 1993 chez lui, par Christian Didier, qui sera condamné à dix ans de rétention en 1995 et libéré en 2000.

Il est indéniable que François Mitterrand, président de la République de 1981 jusqu’à 1995, n’aura rien fait pour faciliter l’action judiciaire contre René Bousquet, notamment au cours de son second mandat. L’ancien président fut même accusé d’être intervenu pour ralentir la procédure par la fédération internationale des ligues des droits de l’homme, accusation relayée par Laurent Greilsamer dans le journal Le Monde. Georges Kiejman, alors ministre délégué à la justice,  soutient que l’intégralité des faits reprochés à Bousquet est dans le dossier d’instruction transmis à la Haute Cour de 1949 et qu’il ne peut être soulevé aucun fait nouveau susceptible de déclencher une nouvelle action publique. En fait, Georges Kiejman, nommé par François Mitterrand, exprime le point de vue du président de la République sur ce point-là, qui, à travers son ministre, protège Bousquet. Une protection accordée en témoignage de reconnaissance pour son intervention en 1943 qui l’a sauvé de la Gestapo.

Une chose est certaine, c’est que la France a raté là l’occasion de faire le procès de Vichy à travers celui de René Bousquet. Maurice Papon, haut fonctionnaire condamné en 1998 pour crimes contre l’humanité quand il était secrétaire général de la préfecture de la Gironde est du menu fretin comparé à René Bousquet, qui était au coeur de machine répressive vichyste. Pour mémoire, Maurice Papon fut préfet de police en 1958, organisateur de la féroce répression policière du 17 octobre 1961 à Paris contre les manifestants algériens dont la manifestation pacifique était interdite par la préfecture, une  répression sanglante qui fera des dizaines de morts parmi les manifestants. De 1978 à 1981, Maurice Papon sera ministre du Budget sous le gouvernement de Raymond Barre. C’est en 1981 qu’une plainte pour crime contre l’humanité est déposée contre lui. Maurice Papon est mis en examen en 1983 pour crimes contre l’humanité. Mais ce n’est qu’en 1997 que le procès débute après 17 années de batailles juridiques, ce qui montre la farouche résistance qui s’exerce en France dès lors qu’il s’agit de se pencher sur son passé vichyste. En 1998, Maurice Papon est condamné à une peine de dix ans de réclusion criminelle. Libéré pour raison de santé en 2002, il meurt en 2007 (en emportant dans la tombe la croix de Commandeur de la Légion d’honneur que le général de Gaulle lui a remise en mains propres).

Comment en est-on arrivés là ? On en est là parce que la France n’a toujours pas réellement fait son examen de conscience s’agissant de son comportement pendant l’Occupation. Jacques Chirac fut le premier a rompre avec cette attitude de déni devant cette période de l’Histoire de France reconnaissant en 1995 la responsabilité de la France dans la rafle du Vel’ d’Hiv’, une position relayée depuis par ses deux successeurs à l’Élysée. Si Marine le Pen, par sa déclaration du 9 avril 2017, a délibérément transgressé cette nouvelle ligne tracée par Chirac et respectée depuis, ce n’est pas par hasard, mais bien parce que le Front national puise son essence dans la pensée national-socialiste et qu’elle fait tout pour brouiller les lignes. D’où le révisionnisme lepéniste s’agissant de la position du général de Gaulle que le Front national récupère effrontément, pour se faire passer pour un parti d’essence gaulliste. Le but de Marine Le Pen consiste à effacer la ligne de démarcation qui sépare la France libre de penser, la France à la recherche de la vérité, de la France occupée par la pensée du Front national, la France qui se berce d’illusions et qui boit les paroles de Marine Le Pen comme des fidèles qui viennent boire le vin de messe domicale,  pour faire l’économie de la réflexion. Le Front national propose de poursuivre la collaboration avec la pensée national-socialiste que Joseph Goebbels, dès 1933, s’employa à diffuser avec le talent qu’on sait, en digne ministre de la propagande nazie qu’il fut. Car la propagande  de Goebbels joua un rôle déterminant dans la mise en place de la dictature nazie, elle fut le liant indispensable, le mortier qui permit d’assembler les esprits les uns avec les autres pour constituer des murailles humaines à l’épreuve de tout, à commencer par la vérité. Le IIIe Reich mit en branle une puissante mécanique du langage pour lessiver les cerveaux des Allemands. Et c’est à quoi s’essaie Marine Le Pen, qui ment effrontément au peuple de France en disant tout et son contraire, en se faisant passer pour la candidate du peuple alors qu’elle ne sait rien du peuple, et pour cause, ayant connu la vie de château à Saint-Cloud, en se faisant passer pour la candidate anti-système alors qu’elle qui tire parti autant que faire se peut du système, poussant le vice jusqu’à se faire eurodéputée pour propager son europhobie depuis le parlement de Strasbourg, en se faisant passer pour une responsable politique à la moralité irréprochable, contrairement à ses adversaires politiques dont elle vilipende la corruption, alors que pèsent sur elle de sérieux soupçons d’emploi fictifs s’agissant de ses assistants parlementaires et que le parlement européen lui demande le remboursement de 300 000 €, et qu’elle se soustrait à la convocation des juges pour une probable mise en examen en faisant valoir son immunité parlementaire. Sa dernière tromperie remonte pas plus loin que Lundi 1er mai, à Villepinte, où le discours qu’elle a tenu devant ses ouailles ébaudies reprend mot pour mot des pans entiers d’un discours tenu par François Fillon dans la ville du Puy-en-Velay le 15 avril dernier, ou comment piller le discours de ses adversaires politiques pour mieux en siphonner l’électorat. Et que dire du Front national qui écarte certains journalistes (comme ceux de Mediapart, par exemple) et leur interdit l’accès à ses meetings, sinon qu’il s’agit là d’une entrave à la liberté d’informer qui porte atteinte au droit à l’information des citoyens français, un comportement qui devrait être passible de poursuites judiciaires dans un État de droit. Que dire sinon que cela révèle la nature profonde de ce parti intolérant dont l’autoritarisme enfreint les principes démocratiques. Non, l’important n’est pas ce que Marine Le Pen dit, car la plupart du temps, elle dit le contraire de ce qu’elle fait et profère des contre-vérités, mais la manière dont elle le dit et la conviction qu’elle y met. Et en cela, elle s’inspire directement de Goebbels à la technique de manipulation éprouvée.

Depuis la Vème République fondée en 1958, la référence au général de Gaulle est incontournable puisque de Gaulle en constitue pour ainsi dire les murs. Il est étrange en ce qui concerne de Gaulle de constater comment la langue parle et dit les choses sans qu’on s’en aperçoive. En effet, le patronyme de Gaulle vient d’une ancienne forme germanique de walle signifiant « le mur » (d’enceinte), « le rempart » (cf. l’anglais wall ), le w germanique ayant évolué en g (ainsi le français guerre dont l’anglais war est le souvenir germanique). De Gaulle a fait rempart d’abord en s’opposant à la France de Vichy depuis Londres puis contre le chaos à la Libération. Que Marine Le Pen se réclame du général de Gaulle et qu’elle fasse croire que son action serait gaulliste, elle qui s’emploie à saper les fondations de la République, voilà une contre-vérité qu’elle affiche sans vergogne dans le sillage des manipulations passées du Front national dont la pensée toxique pénètre lentement mais sûrement à l’intérieur des consciences françaises qu’elle contamine depuis des décennies déjà, comme une fuite radioactive qui se perdrait dans la nappe phréatique commune à laquelle les Français viennent s’abreuver.

Le FN, quel sigle plus terrible, quel signe plus sinistre pour la France ? Espérons que la France ne sera pas marquée de ce sceau funeste, de ce tampon qui porte l’empreinte de Vladimir Poutine qui pousse ses pions pour diviser l’Europe qu’il cherche à abattre. Sinon, c’en est fini de L’Europe, et peut-être aussi de la République française.

 

 

 

 

 

 


[1] Il s’agit d’un des plus anciens symboles de l’humanité qu’on retrouve dans la plupart des civilisations. Les premiers svastikas connus, découverts en Ukraine, datent du Xème millénaire av. J.-C. En sanscrit, svastika signifie « de bon augure ». Sur le conseil des instructeurs secrets d’Hitler, Karl Haushofer et Dietrich Eckart, la croix gammée nazie fut inclinée à 45° sur son axe, ce qui donne une impression de déséquilibre et accentue l’illusion perceptive créée par la courbure des branches. Il y a là comme une référence implicite à Shiva, dieu hindou de la Destruction représenté dansant dans la roue des existences et des mondes, adversaire de Vishnou, dieu conservateur de la vie.

 

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