L'insoutenable gravité de l'être

Thomas Pesquet a finalement repris pied sur Terre après six mois passés en apesanteur dans la station spatiale internationale.

 

Après un atterrissage réussi dans la steppe kazakhe, il a eu au bout fil le président Emmanuel Macron, qui a tenu à le féliciter pour ce qu’il avait accompli ainsi que pour l’exemple qu’il incarne aux yeux du monde, un exemple de réussite française. Mais après avoir goûté six mois durant à la légèreté de l’être que confère l’apesanteur, le spationaute français, confronté au mal de Terre dès son retour, aura à réapprendre à être un Terrien, un réapprentissage qui devrait prendre entre six mois et un an, car soustrait à la gravité terrestre, le corps de Thomas Pesquet a pris de mauvaises habitudes, à commencer par celle consistant à ne plus supporter son propre poids.

 

Nicolas Hulot, tout nouveau ministre de l’écologie, invité vendredi soir dans le JT de TF1 à réagir au retrait des États-Unis des accords de Paris, tint à rappeler que la marche arrière effectuée par Donald Trump, pour complaire à sa base électorale (et honorer du même coups ses engagements lors de sa campagne), plus que jamais donnait l’occasion à la famille humaine sur la planète Terre de se rassembler pour relever le formidable défi que représente la transition énergétique, un défi avec une dimension sociétale et économique en plus de l’enjeu de la préservation de la planète. Nicolas Hulot se servit de l’aventure extra-terrestre de Thomas Pesquet pour illustrer la hauteur de vue qu’on gagnerait à avoir dans notre rapport à notre environnement et à notre planète, minuscule bulle bleue perdue au fin fond de l’univers qui abrite le miracle de la vie dont on ignore jusqu’à aujourd’hui s’il a pu se produire ailleurs dans l’espace infini. Car nul doute que depuis l’ISS, où l’on a une vue imprenable sur Terre, le regard qu’on porte sur le monde n’est pas le même que celui qu’on a sur le plancher des vaches, au ras des pâquerettes, où les êtres humains deviennent passablement terre-à-terre, embourbés dans des considérations triviales qui manquent terriblement de hauteur de vue. Ce point de vue sur la Terre, cette serre remarquable à l’équilibre fragile que l’activité humaine met en péril, qui fut celui du spationaute français six mois durant, sans doute serait-il souhaitable qu’il puisse être partagé par le plus grand nombre, et notamment par des gens comme Donald Trump, pour qui la prétendue grandeur des Etats-Unis qu’il souhaite restaurer sert d’alibi pour justifier une petitesse d’esprit qui n’a d’égale que la presbytie d’un homme inapte à voir plus loin que le bout de son nez.

Comment le président du pays le plus puissant au monde (et deuxième pays le plus pollueur du monde) peut-il ne pas se rendre compte que faire prévaloir un intérêt particulier (la santé économique des États-Unis) qui va à l’encontre de l’intérêt général (le sort de la planète) est contreproductif, pour cette simple raison que la santé économique des États-Unis pays dépend de la santé de la planète ? La lutte contre le réchauffement climatique n’est pas une lubie d’hurluberlus écologistes, mais une réalité qui frappe bien les Terriens, à commencer par les États-Unis, exposés à trois fois plus de tornades qu’il y a trente ans et dont les côtes sont menacées plus que jamais par la montée inexorable du niveau des océans, à l’instar de la ville de New York (ou encore de la Nouvelle Orléans). Ne pas prendre cela en compte relève d’une légèreté coupable, voire criminelle.

C’est avec cela que Thomas Pesquet est appelé à renouer sur Terre, la gravité terrestre qui rend les esprits plus lourds, assujettis à la pesanteur, cette gravité qui va de pair avec la gravité tout court de la situation sur Terre, car, comme le rappelait opportunément Emmanuel Macron dans sa déclaration télévisée jeudi soir suite à l’annonce du retrait de Donald Trump de l’accord de Paris, il n’y a pas de plan B pour cette simple raison qu’il n’y a pas de planète B. Oui, il serait souhaitable que la famille humaine sur Terre s’entende et se mette d’accord « to make the planet great again ». Il y va de la survie de l’Humanité. C’est aussi simple que cela.

Oui, mieux vaudrait penser à « make America green again » que « great », à rendre l’Amérique verte plus que puissante, le vert va si bien au bleu…

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