La flamme fuligineuse d'Allah

Daech n’est pas une seulement une organisation politique, militaire et terroriste basée en Irak et en Syrie qui piloterait à distance des djihadistes kamikazes en Europe pour châtier les Croisés sur leur territoire...

Daech n’est pas une seulement une organisation politique, militaire et terroriste basée en Irak et en Syrie qui piloterait à distance des djihadistes kamikazes en Europe pour châtier les Croisés sur leur territoire, Daech est aussi l’alibi dont se servent des fous dangereux en liberté pour assouvir leurs pulsions criminelles un peu partout en Europe, que ce soit à Bruxelles, Paris, Nice, Copenhague, Berlin, Stockholm, Londres ou encore à Manchester.

Daech (acronyme à connotation péjorative en arabe pour « État islamique ») est un exutoire. La propagande de l’État islamiste fait office de désinhibiteur, comme un produit stupéfiant qui favorise le passage à l’acte. C’est un déclencheur. Plus qu’une simple propagande, c’est une propagation virale du Mal qu’internet favorise. La cause réelle, ce n’est pas Daech, mais la folie meurtrière que révèle Daech dans le cœur des êtres humains qui lui font allégeance, c’est-à-dire, qui font un pacte avec le Mal, qui s’engagent à commettre le mal par tous les moyens possibles imaginables. Daech est un prête-nom parmi tant d’autres du Mal qui règne au cœur de l’espèce humaine. Les voies du Mal sont aussi multiples qu’elles sont souterraines, invisibles à l’œil nu. La religion est un vecteur privilégié qu’emprunte le Mal par le champ d’action qu’elle lui ouvre, car elle est aisément manipulable et les esprits crédules innombrables, et il n’est guère difficile de faire commettre le pire à des esprits fanatisés en les persuadant que c’est pour le Bien, comme si le Mal s’était inversé à leurs yeux, telle l’image d’un objet dans un miroir. C’est ainsi que, par une inversion maligne du sens, des djihadistes kamikazes croient gagner leur ticket pour le paradis d’Allah en faisant le maximum de victimes autour d’eux, comme si la promesse de l’Au-delà était proportionnelle au dégât causé ici-bas, au nombre de morts provoqués par l’attentat.  Macabre équation dont la monstruosité du calcul n’a d’égale que l’illusion. La balance avec laquelle les djihadistes pèsent leurs actions est pour le moins étrangement tarée (notons au passage que tare est un mot d’origine arabe).

L’islam est aujourd’hui un vecteur du Mal comme le christianisme le fut en d’autres temps. Un vecteur, non pas la cause. Autrement dit, un canal par lequel le Mal peut s’exprimer. À la décharge de l’islam, il n’est pas inutile de rappeler les Croisades ou l’invention de l’Inquisition qui sont autant d’illustrations du dévoiement de la religion, une chose éminemment pervertible (pervertir vient du latin pervertere « retourner »). Que ne fait-on pas au nom de Dieu ? Que ne lui fait-on pas dire, à Dieu ? Gott mis uns, « Dieu avec nous », était-il inscrit sur les blindés de la Wehrmacht pendant la seconde guerre mondiale. Dieu a bon dos.

La religion n’est pas la cause du Mal, mais un symptôme du Mal. La religion  a d’ailleurs souvent autant de spiritualité qu’une personne qui manque d’esprit, pour cette simple raison que la religion est du côté de la communauté quand la spiritualité est une affaire personnelle entre soi et l’invisible. (Cf. le billet sur la religion et la spiritualité :

http://blogs.mediapart.fr/blog/pierre-caumont/260113/religion-spiritualite)

 

Insistons, pour désamorcer toute interprétation islamophobique : l’islam n’est pas la cause du Mal, mais un moyen que le Mal, présent en l’homme (comme un parasite dont l’homme serait l’hôte), utilise pour s’exprimer. Ce n’est pas en traitant le symptôme qu’on guérit une maladie, mais en traitant la cause qu’il importe de diagnostiquer. Et la racine du Mal se trouve dans la haine. Mais pour quelle raison l’islam est-il devenu le canal de l’expression de la haine pour les djihadistes ? Parce que l’islam perverti des djihadistes nihilistes est l’expression des exclus de la réussite à l’occidentale. Le terrorisme prétendument islamiste qui frappe l’Europe est la réponse aveugle et meurtrière d’individus qui expriment à leur manière la haine de du système occidental dont ils se sentent plus ou moins rejetés. C’est bien la raison pour laquelle la grande majorité des djihadistes est constituée de délinquants multirécidivistes pour la plupart et non pas de personnes intégrées dans la société, qui jouiraient d’une reconnaissance sociale. La cause du terrorisme réside dans l’accroissement des inégalités que crée la société occidentale. La fameuse fracture sociale qu’avait diagnostiquée en 1995 Jacques Chirac, et qu’il fut bien dans l’incapacité de réduire au cours de ces deux mandats successifs. Car depuis, cette fracture n’a cessé de s’aggraver, ce dont témoigne la permanente augmentation du niveau du Front national lors des élections, une augmentation qui est un indicateur de la crise socio-économique en France. On devrait d’ailleurs plus parler de fracturation sociale que de simple fracture, tant le soubassement de nos sociétés est fissuré, disloqué. En Grande-Bretagne, l’indicateur de la mauvaise santé de la société britannique est le parti UKIP à l’origine du Brexit, dont Nigel Farage fut le chantre enragé. Non, le terreau du terrorisme islamiste ne réside pas dans le trou noir du Proche-Orient à cheval sur l’Irak et la Syrie où s’est logée l’organisation État islamique pour faire prospérer la nuit, le terreau du terrorisme réside dans les défauts de la stratification sociale en Europe, dans son manque de cohésion et d’homogénéité, dans son manque de solidarité, dans son manque d’humanité tout court. Mais pourquoi les exclus d’origine nord-africaine et proche-orientale, voire asiatiques (comme le terroriste de Stockholm, un Ouzbek, qui avait vu sa demande d’asile rejeté par les autorités suédoises), passent-ils à l’acte et pas les autres (autrement dit, des exclus d’origine européenne)?

C’est là où Daech joue le rôle de déclencheur, en faisant office à la fois de désinhibiteur et en jouant sur la mystique du martyre au nom des Musulmans, au nom d’une pseudo « communauté musulmane » (si tant est que cette expression recouvre une quelconque réalité). En effet, parler de communauté musulmane, c’est réduire un ensemble de populations différentes à la culture religieuse qu’elles ont en commun. Imagine-t-on  un seul instant de parler de communauté chrétienne pour parler des peuples différents qui composent la mosaïque européenne ? Il y a toutefois une différence notable entre les pays de culture islamique et ceux de culture judéo-chrétienne, à savoir que dans la plupart des pays musulmans, la proportion de la population croyante et/ ou pratiquante est (nettement) majoritaire alors que celle de la population croyante et/ ou pratiquante en Europe est minoritaire (hormis la Pologne et l’Irlande, pays résolument catholiques), où les croyances religieuses sont en net recul depuis des décennies et l’athéisme communément répandu.

 L’organisation État islamique s’emploie à faire croire à ses soldats suicidaires qu’ils sont des « élus », que leur sacrifice n’est pas un suicide mais une mission divine qui leur est assignée par Allah. C’est ainsi que des anonymes à l’existence laborieuse se prennent subitement pour des héros à qui la mort apporte le sens dont leur vie manquait cruellement. Et ce discours, semblable à celui d’une secte religieuse, opère d’autant plus sur ces candidats au suicide qu’on leur fait croire que leur sacrifice vengera « les musulmans » opprimés par l’Occident mécréant, une illusion créée de toutes pièces par la propagande de l’organisation quand on sait que les premières victimes de l’État islamique sont des musulmans. Mais Daech est le détonateur, non pas la charge explosive. Dans chaque attentat suicide, c’est humanité tout entière qui est pulvérisée, avec sa charge de psychose, de haine et d’ignorance. Avec Daech, le terrorisme a franchi un palier : Daech est une franchise au Proche-Orient avec ses franchisés qui se font sauter en son nom en Occident.   

La devise de Daech, inscrite sur un drapeau noir, qui dit qu’« Il n’y a de dieu qu’Allah », par l’intolérance foncière qu’elle introduit (et la terrible réduction du sens du divin qu’elle impose) prend Allah en otage. Allah est l’alibi qui permet à l’organisation de justifier tout et son contraire. La devise de Daech pourrait tout aussi bien proclamer qu’ « Il n’y a pas de dieu, il n’y a que le diable », tant cette organisation criminelle fait plus la promotion du mal sur Terre que de tout le bien possible (en se fondant sur l’hypothèse que l’idée de dieu est associée à celle du Bien), et que l’application rigoriste de la loi islamique selon Daech torture à loisir la chair des droits de l’homme. Le seul dieu de Daech, ce n’est pas Allah, dont l’organisation manipule l’idée comme une marionnette, mais sa volonté de puissance, sa volonté de nuire. Daech, c’est le diable drapé de noir.

 

Les nazis avaient placardé à l’entrée des camps de concentration la devise selon laquelle le travail rendait libre : « Arbeit macht frei ». Les séides de Daech, eux, font flotter au vent la flamme fuligineuse de l’idée de dieu retournée en son négatif : tout le mal possible. 

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