De la tautologie politique et de l'illusion du salut

On appelle tautologie un effet de style qui vise à renforcer le sens de la phrase par la répétition. En grec, tautologie signifie redire la même chose.

On appelle tautologie un effet de style qui vise à renforcer le sens de la phrase par la répétition. En grec, tautologie signifie redire la même chose. Il faut néanmoins distinguer la tautologie intentionnelle en rhétorique, qui renforce l’expression de la pensée, comme par exemple « tu le lui diras toi-même », ou encore « je l’ai vu de mes propres yeux », de la tautologie superflue, qui verse dans le pléonasme pur et simple, ainsi « monter en haut » ou « descendre en bas ».

Il existe néanmoins nombre de tautologies involontaires, comme par exemple l’expression « au jour d’aujourd’hui », dans la mesure où aujourd’hui signifie déjà « au jour de ce jour » (hui venant du latin hodie « ce jour »), ou comme huile d’olive, le latin oleum, qui a donné huile, venant du grec elaia « olive »,  ou encore comme loup-garou, garou venant du francique wariwulf « homme-loup », des tautologies qu’on ne soupçonne pas par ignorance, par oubli du sens originel. En effet, qui peut soupçonner que le mont Ventoux en est une étant donné  que Ventoux dérive d’une racine  préindoeuropéenne  vin, qui signifie « montagne ».

Mais la tautologie n’est pas le propre du langage, elle peut aussi bien caractériser des comportements et s’appliquer à des personnes voire à des ensembles de personnes. Ainsi, dire que la gauche de ce pays est gauche est une tautologie tant la gauche française brille par ses maladresses, comme de dire que la candidature de François Hollande pour l’élection présidentielle sonne creux pour cette simple raison que Hollande vient de hol land, soit littéralement « pays creux » (cf. l’anglais hollow). Mais dire cela de la gauche française et de François Hollande ne revient pas à dire que la droite de ce pays est droite, car la droiture n’est pas ce qui la caractérise, loin s’en faut (au vu notamment des dérives de l’aile droite des Républicains vers l’extrême droite), ou qu’un candidat soit plus apte, dire cela, c’est dire que l’écart se creuse de plus en plus entre le discours que tiennent les dirigeants politiques et leurs actes (cf. le slogan de campagne de François Hollande en 2012, « Le changement, c’est maintenant ») et que la non coïncidence de la parole politique avec l’action politique ne fait que révéler l’illusion selon laquelle les changements d’une société s’effectuent à partir de décisions prises en haut. De fait, une société à la stratification aussi complexe que la nôtre ne peut pas changer de la sorte : la volonté politique (du chef de l’État) est une indication, non pas une solution. La volonté politique est une direction, elle ne désigne pas de point d’arrivée. Il n’y a pas de salut en politique, il n’y a que la mise en œuvre plus ou moins réussie d’un  projet qui permet à une collectivité de cheminer avec plus ou moins de bonheur,  ce qui est le lot de toutes les nations démocratiques. Le reste relève de la croyance politique, c’est-à-dire, du religieux. C’est la raison pour laquelle tant de gens sont de perpétuels déçus de la politique pour cette simple raison qu’ils placent en elle des espoirs qui n’ont pas lieu d’être et lui attribuent une fonction salvatrice. Il n’y a pas de messie en politique, il n’y a que des missionnaires qui propagent la Bonne Parole à ceux qui veulent bien l’entendre.     

 

 

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