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Billet de blog 6 août 2021

Le contrat social et « l’officine à tendance journalistique »

Deux cent mille citoyens ont manifesté samedi 31 juillet à travers toute la France leur opposition au passe sanitaire. Ce qui représente moins de 0,3 % de la population française.

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Des manifestants  interrogés au micro de France-Infos estiment pensent même que la quatrième vague dont parlent les autorités est une vaste mascarade, et que le seul but du gouvernement est de mettre le peuple au pas. Pauvres esprits sous influence qui s’abreuvent aux réseaux sociaux, réseaux si sots. Refuser de se vacciner en temps de pandémie est une manière de ne pas respecter le contrat social. Faire société, c’est avoir des droits mais aussi des devoirs. Et le premier de ces devoirs à respecter est de veiller à ce que sa liberté propre s’arrête là où commence celle d’autrui. Or, les gens qui se réclament de leur sacro-sainte liberté individuelle pour ne pas se vacciner mettent en péril la sécurité sanitaire collective par leur incivisme, leur manque de sens élémentaire de la solidarité, leur mépris souverain de l’intérêt général, leur lâcheté qu’ils font passer pour un attachement à leur liberté individuelle, leur ignorance et leur peur chevillée au corps.  Tout cela au pays de Pasteur où la vaccination est une claire avancée dans la lutte contre les maladies.

Est-ce qu’on se pose la question de la restriction des libertés individuelles quand on fait vacciner les enfants contre la varicelle, la poliomyélite, la tuberculose, le tétanos ? Alors qu’on devrait se réjouir que des vaccins efficaces aient été trouvés en si peu de temps par les laboratoires du monde entier pour lutter contre le Covid-19, par une invraisemblable inversion du sens des valeurs,  ces vaccins sont devenus l’objet de toutes les soupçons par toute une partie de la population qui se nourrit des rumeurs colportées par les réseaux sociaux. Par quelle perte du sens des priorités en est-on arrivés-là au pays de Pasteur ? Quel est donc ce lavage de cerveau collectif auquel on assiste en France ?

Dans l’entretien qu’il avait livré à la revue Zadig au mois de mai 2021, Emmanuel Macron avait parlé d’un retour à des temps moyenâgeux avec « les grandes jacqueries, les grandes épidémies, les grandes peurs (…) ». Par un mystérieux retournement, l’ère numérique s’accompagne  d’un retour de l’obscurantisme au sein de toute une catégorie de la population. 

Tous ces gens qui parlent de mesures liberticides au sujet du passe sanitaire pour lutter contre la contamination du Covid-19, qui connaît une flambée inquiétante dans le Languedoc-Roussillon avec le brassage des estivants (en raison aussi de la contagiosité redoutable des derniers variants), tous ces libertaires enfiévrés se posent-ils la question de savoir dans quel état serait notre société si les autorités n’avaient pas pris des mesures draconiennes pour limiter les dégâts de la pandémie avec les confinements successifs, les mesures sanitaires et l’ouverture à la vaccination ?  Les mesures mises en place par les autorités n’ont pas vocation à restreindre les libertés individuelles comme le font croire les gens qui contestent le bien-fondé de l’action gouvernementale, elles ont pour but de limiter le champ d’action de la pandémie et de freiner la spirale des contaminations.  

Est-ce qu’on se pose la question de la restriction des libertés quand on met la ceinture en prenant le volant de sa voiture ? En respectant le code de la route pour sa sécurité comme pour celle d’autrui ? Se faire vacciner contre le covid-19 n’est ni plus ni moins que respecter un code de bonne conduite pour vivre en bonne intelligence en société, en se protégeant les uns les autres, de même que le respect du code de la route permet de circuler en bonne intelligence en veillant à sa propre la sécurité et à celle des autres. C’est le bon sens. Mais en France, on en est arrivés à un stade où la contestation systématique est devenue un sport national. On dirait que le bon sens fait défaut à tous ces gens qui font passer leurs revendications invraisemblables au regard du risque du Covid-19 pour le respect de droits citoyens auxquels on porterait atteinte. Ces gens-là ne se rendent pas même compte qu’ils peuvent revendiquer seulement parce l’état de la santé publique est suffisamment satisfaisant pour le permettre. Or ces revendications portent atteinte à la santé publique. En termes de santé publique, il ne saurait y avoir de particularismes de la part d’une frange de la population qui ferait prévaloir ses usages particuliers aux dépens de la sécurité sanitaire nationale. Une société est un corps commun, non pas un archipel d’organes indépendants les uns des autres.  C’est pour cette simple raison que les citoyens d’une même société sont tous interdépendants et que la bonne santé de chacun dépend de la bonne santé de tous.  

Dans une publication sur la partie Club de Médiapart de la part de la rédaction de Médiapart qui s’intitule en la circonstance « Officine à tendance journalistique » (ça ne s’invente pas), au sujet de la dépuplication par Médiapart d’un article du sociologue Laurent Muchiellu pour désinformation manifeste sur la réalité du Covid-19, on peut lire ceci « La  défiance à laquelle est aujourd’hui confronté le pouvoir jusque dans la rue résulte de son entêtement à faire tout le contraire, de façon autoritaire, contradictoire et opaque, avec un chef de l’État décidant seul en se croyant omniscient, au point de mettre en péril la santé collective comme on l’a vu lors de son refus du confinement. Source de méfiance et de confusion, cette attitude laisse le champ libre aux spéculations farfelues, aux raisonnements complotistes et aux fausses nouvelles. Comme l’exprime dans le Club de Mediapart un autre de nos abonnés blogueurs, Laurent Thines, neurochirurgien et professeur des universités, on peut de ce point de vue tenir les deux bouts : refuser l’autoritarisme du pouvoir symbolisé par le passe sanitaire et défendre la nécessité d’une vaccination la plus large possible. »

« Cette dissonance qui fait la richesse de Médiapart » était sans doute trop dissonante. En revanche, il est fait écho à celle de Laurent Thines, d’autant plus que c’est quelqu’un qui œuvre au sein de l’institution hospitalière. Laurent Thines, professeur de médecine, déclare rejeter le passe sanitaire dont il voit la marque d’un autoritarisme de la part du gouvernement. Ce même passe sanitaire dont la proposition par le gouvernement vient d’être avalisée par le Conseil constitutionnel. Quant à la proposition de rendre obligatoire la vaccination au sein des professionnels de santé, rappelons quand même qu’elle est demandée par les académies de médecine et de pharmacie. La dissonance de Laurent Thines passe d’autant mieux chez Médiapart qu’elle s’inscrit dans le droit sillage de la lutte permanente et systématique que mène la rédaction contre le pouvoir.

En France, pays paillard, pays de la pagaille, comme l’a dit au micro de France-Info un député de la REM, c’est le chacun pour soi et le sauve qui peut face au Covid-19. S’il n’y avait pas un président de la République qui prenait des décisions courageuses, même s’il y a eu des tâtonnements, des retards, des ratés, des contretemps, ce serait la panique à l’échelon nationale. Si Emmanuel Macron n’avait pas imposé des choix, on aurait dit de lui qu’il était mou, indécis, incertain, sans consistance, on aurait dit qu’il n’y avait pas de pilote dans l’avion, pas de commandant à bord du paquebot France. Dès lors que le président décide pour le bien commun et l’intérêt général, il se voit traiter de dictateur, et des gens comme Laurent Thines se permettent de déclarer qu’il y a là une dérive autoritaire du pouvoir. Mais on peut aussi voir dans la simple application du code de la route une atteinte à nos libertés, une dérive autoritaire de la part  des autorités. Certains même disent qu’ils n’ont pas besoin de respecter toutes ces règles contraignantes pour conduire et qu’ils s’en passent allègrement. On imagine un peu l’hécatombe en termes de mortalité routière que ce serait si le code de la route n’était pas obligatoire. C’est cela, vivre en société, c’est vivre dans le respect des uns des autres, et cela commence par veiller à la sécurité d’autrui. C’est ce qui fonde le contrat social : accepter d’avoir des devoirs pour pouvoir bénéficier de droits. Les gens qui refusent de se vacciner refusent leurs devoirs pour ne bénéficier que de leurs droits, ce qui est une infraction au contrat social. Il est là l’incivisme foncier de tous ceux qui parlent de leur liberté individuelle au mépris de l’intérêt général. Laurent Thines, dans son réquisitoire contre le pouvoir, ne pense pas autrement même s’il recommande la vaccination pour tous. Le passe sanitaire n’est pas une fin en soi, le QR code n’est par la marque de Big Brother pour s’insinuer indûment dans la vie privée des citoyens, ce n’est jamais qu’un outil permettant de mieux lutter contre la pandémie, sinon on risque de ne jamais s’en sortir.

De la part de la rédaction de Médiapart, prendre l’appellation d’ « officine à tendance journalistique » pour ses publications dans la partie Club, même si c’est de l’autodérision, a quand même quelque chose de révélateur. Médiapart est un média à tendance journalistique plus qu’un véritable journal dont l’indépendance d’esprit serait la marque, nonobstant son fameux slogan : « seuls nos lecteurs peuvent nous acheter ». Cette fameuse indépendance d’esprit, dans la restitution de l’actualité et dans le traitement des informations, Médiapart en manque passablement de part l’importance de l’opinion qui y est faite avec ses partis pris et ses prises de positions sur à peu près tous les sujets. Il en va de même s’agissant de la supposée pluralité des opinions faite dans la partie Club où la plupart des articles mis en tête de gondole et sélectionnés par la rédaction sont ceux qui entrent en résonance avec le point de vue de Médiapart, non pas ceux qui sont en dissonance. Plus grave, Médiapart alimente à sa façon le complotisme en France en se targuant de décrédibiliser la parole officielle des autorités. L’outil de la fameuse balance bénéfice-risque, promu à une époque par la rédaction, est aussi un scandale en soi par son simple principe qui, en posant ainsi les choses, laisse entendre qu’il peut y avoir un rapport d’égalité entre les risques et les bénéfices, ce qui est un contrevérité totale puisque les bénéfices sont sans commune mesure avec les risques encourus, de l’ordre de 1 pour 100 000. Cette balance de Médiapart alimente le complotisme en injectant de la suspicion auprès de lecteurs influençables. Elle est là, l’œuvre de « l’officine à tendance journalistique » médiapartiste.  

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