Le masque de « Bernardo »

Les réseaux sociaux, trop souvent réseaux de la sottise sociale et courroie de transmission de tous les germes socio-numériques, une fois de plus relaient le pire :

Hadama Traoré, ancien candidat (« des banlieues ») aux élections européennes, s’en est servi pour appeler, jeudi 10 octobre, à Gonesse (Val-d’Oise), à un rassemblement en soutien à l’auteur de la tuerie de la Préfecture de police de Paris pour dénoncer selon lui : « la désinformation médiatique et politique » autour de cet acte terroriste, ainsi que la « discrimination » dont aurait été victime le tueur Mickaël Harpon à son travail.

À ses dires, le tueur de la préfecture de Police à Paris serait passé à l’acte non pas du fait de sa radicalisation mais parce qu’il aurait été victime de « discrimination » au travail, du fait de son handicap (une surdité partielle). Le même Hadama Traoré, qui se prend pour un oracle, précise toutefois dans son message Facebook que  « Les actes commis sont des actes irréparables et atroces », comme pour mettre un bémol à ses propres déclarations.

Suite au tollé des élus devant cette initiative, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, après s’être entretenu avec le préfet du Val-d’Oise, a déclaré que cette manifestation sera interdite. Il a également demandé que les propos tenus par Hadama Traoré soient dénoncés au procureur de la République, sur le fondement de l’article 40 du code de procédure pénale (« Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs. »)

Il faut le faire quand même, invoquer un problème de discrimination au travail du fait d’une surdité partielle pour expliquer de la part Mickaël Harpon l’assassinat au couteau de quatre de ses collègues sur le lieu même de son travail, à la préfecture de police de Paris, qui passait alors pour un lieu sûr, sécurisé, comme une sorte de sanctuaire de la République pour ainsi dire. Il faut le faire pour parler de «désinformation médiatique et politique » autour de d’un crime odieux commis par un déséquilibré qui détenait des vidéos de propagande de Daech dans des clés USB, un assassin en puissance qui avait un double visage et qui tenait un double langage, comme le révèle le témoignage de parents proches du tueur dans l’émission Sept à huit, qui se disent effarés par le comportement de leur cousin d’autant que devant eux, ce dernier aurait déclaré exactement le contraire de ce que des fonctionnaires affirment avoir entendu de la bouche même du tueur (et signalé auprès de leur hiérarchie) après l’attentat de Charlie hebdo en 2015 (Mickaël Harpon se serait exclamé : « c’est bien fait »). Ses cousines et cousin rapportent en effet que Mickaël Harpon avait condamné vigoureusement le massacre de la rédaction de l’hebdomadaire satyrique de même qu’il condamnait aussi les départs de djihadistes pour combattre en Syrie. En somme, qu’il donnait à voir de lui-même un tout autre visage de celui qu’il a révélé par l’attaque meurtrière au couteau à la préfecture de police. Un authentique docteur Jeckyll et Mister Hyde, avec, côté face, un visage affable et serviable, et côté pile, un admirateur des œuvres de Daech et un assassin en devenir.

« Bernado », le serviteur muet de Zorro, comme certains de ses collègues le surnommaient à la préfecture, était en réalité le serviteur des zombies criminels de l’E.I défunt.

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