Le gratin de Noël le Graët

On ne comprend pas bien le distinguo que Noël le Graët, président de la Fédération Française de Foot, établit entre chants racistes et chants homophobes vociférés par des supporters agressifs dans les stades lors de confrontations sportives de football, distinguo qui légitime l’interruption du match dans le cas de chants racistes venus des tribunes, mais pas dans le cas de chants homophobes.

Une position à laquelle s’oppose d’ailleurs la ministre des sports Roxana Maracineanu.

On le comprend d’autant moins que le racisme et l’homophobie procède de la même pulsion, le rejet de tout ce qui est différent, symptômes d’une intolérance foncière contraire à l’esprit d’une société ouverte défendue par la République française.

 On ne comprend pas d’ailleurs quelle est cette culture que certains qualifient de « folklore », pratique consistant à injurier copieusement les adversaires de son équipe et les supporters adverses dans les tribunes. Un stade de football, lors d’une confrontation sportive, fait-il donc office de soupape de sécurité pour une certain population qui vient là pour y déverser son trop-plein d’agressivité pure  et d’intolérance à l’égard de tout ce qui lui semble à son opposé ? Le football sert-il d’alibi, d’exutoire ? Ces manifestations d’intolérance et de rejet, qui s’expriment par des chants racistes et homophobes dans l’enceinte d’un stade de foot à l’occasion d’un match de foot, constituent-elles un mal nécessaire ? Ou bien faut-il combattre ces comportements dans un stade en estimant qu’un match de foot ne permet pas de donner un blanc-seing aux populations hargneuses qui expriment des opinions racistes et homophobes dans les tribunes ? Que permettre cela dans un stade, c’est s’en accommoder, et, à terme, prendre le risque de voir le phénomène faire tache d’huile par sa banalisation. C’est d’autant plus dangereux que, dans notre société en mal de repères, le sport est pour beaucoup de jeunes une colonne vertébrale, un vecteur de valeurs, à commencer par le respect de l’adversaire, le respect des règles auxquelles on se soumet et l’apprentissage d’un certain savoir-vivre quand la pratique sportive est collective. Au-delà de la simple activité sportive elle-même, en confrontant les adolescents les uns aux autres, le sport constitue un terrain permettant l’expérience de l’interactivité, du travail d’équipe (pour les sports collectifs), en un mot, du vivre-ensemble. Et les jeunes amateurs de foot, on le sait, prennent modèle sur les joueurs de l’équipe de France. Bref, au vu de la place que prend le sport dans notre société, on a tout intérêt à ce que le sport se porte bien, et, par conséquent, que les supporters se comportent mieux. Quant à ce prétendu folklore qui serait inhérent au foot, consistant à vociférer des insultes, racistes ou homophobes, on devrait reconnaître cela comme contraire aux valeurs du sport. Ce folklore  devrait tout simplement être banni des stades, et sa manifestation, être passible d’amendes. On devrait estimer qu’il s’agit d’une infraction à la loi. Donc chants racistes comme chants homophobes, tout cela n’a pas lieu d’être dans un stade de foot lors d’un match. Les individus identifiés devraient tout simplement ne plus être autorisés à se rendre à des matchs de foot. C’est triste à dire, mais les êtres humains étant ce qu’ils sont, seule la loi est susceptible de régler ce genre d’incivilités.

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