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Billet de blog 11 oct. 2012

Les imprécateurs

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 Il est effarant d’observer que, en 2012, des personnages publics (comme l’archevêque de Lyon, par exemple) et des personnalités politiques, surtout de droite, il faut bien le dire, osent faire l’amalgame entre l’orientation sexuelle d’adultes et des enfants qu’ils auraient à éduquer (par le biais de l’adoption s’agissant de couples homosexuels), comme si la pratique sexuelle qu’on avait en privé déteignait sur les enfants qu’on élevait. Se pose-t-on la question de savoir si la pratique sexuelle des couples hétérosexuels (leur manière de faire l’amour, leur  répertoire érotique, leur qualité d’interprétation sexuelle) a un impact sur les enfants ?  Bien sûr que non, et c’est heureux, car la pratique sexuelle d’un couple est une affaire privée qui ne regarde que ses partenaires.  Aussi, de quel droit peut on estimer qu’une orientation sexuelle autre que l’hétérosexualité s’agissant d’adultes ayant en charge l’éducation d’enfants serait la porte ouverte à une dissolution des mœurs, à une dérive possible vers la pédophilie et à une levée de la barrière de l’inceste ?  La Belgique et les Pays-Bas ont légalisé le mariage homosexuel, et rien de ces turpides annoncées n’a été relevé dans ces pays. L’éducation d’enfants est affaire de valeurs, de principes, d’attention, d’exemplarité, de morale personnelle, c’est une affaire d’engagement (d’amour aussi) qui ne dépend en rien de la sexualité qu’on pratique avec son conjoint. Il y a tant de couples hétérosexuels inaptes à éduquer des enfants, des couples incompétents, des couples criminels même, qui dressent des enfants comme des fauves ou les cultivent comme des légumes, qu’on se rend bien compte que l’appartenance au modèle dominant, le modèle hétérosexuel en l’occurrence, avec la présence d’un pôle masculin et d’un pôle féminin, n’est pas un élément déterminant s’agissant d’éducation. Le modèle conjugal dominant n’est pas une valeur, un principe, une morale en soi, qui influerait positivement sur l’éducation des enfants, c’est seulement un mode de fonctionnement conjugal. Il n’est ni bon, ni mauvais en soi. C’est la manière dont les couples hétérosexuels se l’approprient qui fait que ce mode de fonctionnement structurera de façon positive ou négative les enfants. Penser qu’un couple homosexuel, d’hommes ou de femmes, ne peut avoir un mode de fonctionnement ayant pour effet de structurer positivement des enfants revient à nier tout simplement la possibilité d’harmonie entre deux personnes de même sexe : c’est une vision sexiste élargie au champ conjugal — le sexisme consistant à penser que les êtres humains disposent de rôles, de droits et de devoirs bien distincts dans la société en fonction de leur seul sexe. C’est tout simplement une discrimination envers tout autre modèle que le modèle dominant. C’est une pensée conservatrice, une pensée qui met l’humain en conserve. Les gens qui pensent cela fondent leur argumentation sur le fait qu’un couple homosexuel ne peut être équilibré dans la mesure où il ne présente pas la complémentarité qu’apporte la bipolarité mâle-femelle. Penser cela est ignorer la réalité psychique des êtres humains, qui, que l’on soit homme ou femme, présente des composantes à la fois masculines et féminines.

Que le Primat des Gaules estime que le mariage homosexuel dénature le mariage ne surprend guère dans la mesure où l’Eglise catholique romaine est une institution percluse d’arthrose spirituelle, mais qu’il déclare publiquement que le mariage homosexuel pourrait avoir des  conséquences dévastatrices sur notre civilisation est autrement plus grave. L’abomination ne réside pas dans le mariage homosexuel mais dans le fait que des personnalités, comme monseigneur Barbarin, qui ont un certain pouvoir de par leur fonction, une certaine responsabilité, puissent ainsi proférer de pareilles inanités sans avoir à répondre de leurs propos.  

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