Les plaies de l'Europe

Il n’est nul besoin d’être docteur en droit pour prendre le pouls de l’Espagne concernant la Catalogne et mesurer la tension du sujet avec les risques de complication que celle-ci est susceptible de provoquer au vu de la déclaration faite mardi soir au parlement de Catalogne par Carles Puigdemont

Il n’est nul besoin d’être docteur en droit pour prendre le pouls de l’Espagne concernant la Catalogne et mesurer la tension du sujet avec les risques de complication que celle-ci est susceptible de provoquer au vu de la déclaration faite mardi soir au parlement de Catalogne par Carles Puigdemont, président de la région, une déclaration d’indépendance de la Catalogne mais dont l’indépendance ne prend pas effet sur le champ, une déclaration d’indépendance « symbolique » dans l’attente de pourparlers avec Madrid. Autrement dit, cette déclaration qui sursoit à l’indépendance ne déclare rien d’autre que ce qui est déjà là en puissance, à savoir, la volonté d’une partie de la population catalane à réclamer l’indépendance. On croirait une sorte de poker menteur. C’est une déclaration qui n’a de but que de provoquer une réaction de Madrid pour poursuivre le bras de fer entre le pouvoir central et la région rebelle.  Le problème, c’est que le référendum, interdit par Madrid, qui a certainement dissuadé une partie de la population d’y participer, ne permet pas de mesurer précisément la proportion des Catalans en faveur de l’indépendance. Le résultat de cette consultation, qui crédite les « oui » de 90 %, ne se fonde que sur la participation de 43% de la population catalane, et, partant, ne signifie par grand-chose. Comment les indépendantistes peuvent-il prétendre avoir gagné et en inférer que la majorité des Catalans sont pour l’indépendance de la Catalogne ? Ils ne font que présumer, que préjuger. Le pouvoir central serait bien inspiré de mesurer véritablement la proportion de la population de la région qui souhaite faire sécession et celle qui demande seulement une autonomie accrue de la région en demeurant au sein de l’Espagne au lieu de poursuivre cette politique de l’autruche autiste qui ne mène à rien sinon à renforcer la posture des jusqu’au-boutistes des deux bords, ce qui déboucherait inévitablement sur une détérioration de la situation et finirait par engendrer des troubles sociaux.

Quant à l’Europe, comment peut-elle jouer un rôle de médiation dans cette affaire sans reconnaître implicitement un statut à la région Catalane que celle-ci n’a pas juridiquement alors que l’Espagne est en réalité son seul interlocuteur au Conseil de l’Union européenne ? En outre, si médiation il devait y avoir, cela pourrait créer un précédent et déclencher un mouvement de fractionnement de l’Europe dont on pourrait craindre une balkanisation qui ferait voler en éclats l’Union européenne. D’une certaine manière, le mouvement sécessionniste de la Catalogne est un défi lancé à l’Europe dont la force repose sur l’Union. Ce que la situation de la Catalogne porte en germe, c’est la désunion. Et l’Europe ne craint rien de plus que la contagion de la désunion qui mettrait en péril la nature même de ce qu’elle incarne : l’union. Après le retrait de la Grande-Bretagne, partenaire privilégié de l’Europe même si la Grande-Bretagne n’en était pas membre, comment accepter qu’une région comme la Catalogne se sépare de l’Espagne et entre dans la cour des États européens alors qu’on ne sait pas même ce qu’il en est de la position de l’Écosse vis-à-vis de la Grande-Bretagne après le Brexit ? Comment penser le Royaume-Uni désuni ? Comment penser le royaume d’Espagne avec la marche catalane hors d’Espagne ? Comment panser les plaies de l’Europe si cela devait advenir ?    

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.