L'affaire Mila

Mila, une jeune lycéenne qui s’est vue menacée de mort sur les réseaux sociaux après avoir vertement et copieusement insulté l’islam, a dû quitter son établissement pour être rescolarisée ailleurs. Elle est depuis placée sous la protection de l’État.

La polémique a fait irruption dans la sphère politique après que la ministre de la Justice Nicole Belloubet eut déclaré malencontreusement que « l’insulte à la religion est une atteinte à la liberté de conscience », des propos qu’elle a regrettés peu après en déclarant, pour se rattraper, qu’il n’y avait pas de crime de « lèse-Dieu », pour rappeler que la patrie de Voltaire est celle des libres penseurs. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il est stupéfiant qu’une ministre de la justice, agrégée de droit et issue du Conseil constitutionnel qui plus est, ait pu commettre pareille bévue dans un pays comme la France, une République que définit la laïcité.

Certes, la jeune fille dont il est question n’avait pas à être grossière pour contester le bien-fondé de l’islam ni à se répandre en insultes à son le sujet, ce qu’elle dit d’ailleurs avoir regretté après. Elle s’est exprimée librement sur Instagram comme si cela ne sortait pas de la sphère privée, n’ayant manifestement pas conscience de l’effet caisse de résonance des réseaux sociaux et ne se doutant pas de l’ampleur que prendrait la chose.

Pour autant, comme l’a rappelé Emmanuel Marcron : « La loi est claire : nous avons droit au blasphème, à critiquer, à caricaturer les religions ».  « L’ordre républicain n’est pas l’ordre moral ». Et de préciser : « Ce qui est interdit, c’est l’appel à la haine, l’atteinte à la dignité ».

Évidemment, certains esprits chagrins rétorqueront qu’insulter une religion est une manière de porter atteinte à la dignité de ceux qui la pratiquent et que cela ne devrait pas être autorisé pour cette raison-là. En réalité, on a le droit en France de s’en prendre à une religion, pas à ses pratiquants. La frontière se situe-là qui définit la liberté d’expression. Ce que récusent évidemment tous ceux qui s’identifient si fortement à une religion qu’ils n’ont aucune distance avec elle, comme s’ils faisaient corps avec leur croyance. Le fanatisme consiste à considérer que ce que en quoi l’on croit nous définit absolument, radicalement, totalement, à tel point que cela s’inscrit dans le prolongement de soi. C’est la raison pour laquelle, aux yeux de ceux-là, s’en prendre à leur religion, c’est s’en prendre à eux. Et que le blasphème, autorisé par la loi républicaine, porte atteinte à leur dignité. Le fanatisme religieux est par définition incompatible avec la République. Le fanatisme religieux, c’est le fruit d’une vision totalitaire de la religion qui récuse toute pluralité, toute diversité, et dont l’intolérance radicale est l’inspiration et l’expression. Et c’est ce contre quoi lutte la République où la laïcité ouvre un espace de tolérance.

Cf. http://blogs.mediapart.fr/blog/pierre-caumont/160115/le-blaspheme

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