L’Église catholique romaine, la sexualité, la vie, la vérité

Au terme d’une longue enquête menée à Rome et dans une trentaine de pays, le sociologue Frédéric Martel vient de publier aux éditions Robert Laffont "Sodoma", un ouvrage pour le moins sulfureux qui traite de l’homosexualité cachée mais omniprésente au Vatican.

 

L’homosexualité, pourfendue par les prélats les plus radicaux, qui présentent cette orientation sexuelle comme une inclination contre nature, notamment par le cardinal Raymond Burke, ennemi juré du pape François. Non sans sa provocation, le chercheur déclare : « Le Vatican, c’est Fifty Shades of Gay », précisant que « le Vatican a une communauté homosexuelle parmi les plus élevées au monde ». Il évoque « un immense réseau de relations homophiles ou homosexualisées, polymorphes, dominées par le secret, la double vie, le mensonge ». 

 

À l’heure où l’Église voit sa respectabilité passablement battue en brèche par les innombrables révélations de cas d’abus sexuels commis par des prêtres pédophiles depuis des décennies, en Europe, en Amérique et en Australie, où le numéro 3 du Vatican, un proche du pape François, le cardinal Australien George Pell, a été reconnu coupable d’agression sexuelle sur mineur(s) le 26 février 2019 par un tribunal australien, devenant ainsi le plus haut responsable de l’Église catholique condamné pour pédophilie, Frédéric Martel révèle qu’ « Une puissante culture du secret a été construite pour cacher l’homosexualité d’une majorité de prélats, et c’est cette culture qui a permis à des abuseurs d’être protégés par une loi du silence qui n’a pas été érigée pour eux ».  C’est cette omerta, instaurée par les prélats pour dissimuler leur propre orientation sexuelle, qui aurait incité les prêtres et les évêques à taire et à couvrir des cas d’abus sexuels commis par des religieux au sein de l’institution. « Si un prélat couvre un prêtre soupçonné d’abus sexuel, c’est d’abord pour se protéger lui-même », explique le sociologue. 

 

Le rapport torturé que l’Église catholique entretient avec la sexualité ne date pas d’hier, cela remonte à son origine. En effet, l’Église catholique romaine a fondé toute sa théologie sur le rejet de la sexualité en introduisant la notion du péché originel. Il faut bien comprendre que la notion de péché au sens catholique n’existe pas dans l’Ancien Testament ni non plus dans les Évangiles. Le mot n’y figure nulle part d’ailleurs. On rencontre le mot péché surtout sous la plume de l’apôtre Paul, ainsi dans l’épître aux Romains 5 : 12,  « C’est pourquoi, comme par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort s’est étendue sur tous les hommes parce que tous ont péché (…).»

 

L’Ancien Testament parle d’iniquité ou de faute (cf. Psaumes 51 : 7), non pas de péché (au sens de la théologie catholique). Si le concept de péché a été introduit et développé par l’apôtre Paul, la doctrine du péché originel a été élaborée par Saint Augustin d’Hippone (IVe siècle, dans l’actuelle Algérie), Père de l’Église. La doctrine de l’Église catholique romaine se fonde d’ailleurs pour l’essentiel sur les enseignements de saint Paul dont les épîtres (dites de saint Paul), représentent un tiers du Nouveau Testament, même s’il ne reste pas le moindre fragment d’une seule de ces lettres qui soit de la main même de l’apôtre.

 

Mais qui est au juste saint Paul ? Paul est son nom romain, Saul son nom hébreu. C’est un citoyen romain juif (des historiens mettent cependant en doute sa citoyenneté romaine), né vers l’an 8, originaire de Tarse, en Cilicie, au sud-est de l’actuelle Turquie. On dit d’ailleurs que le cilice, ce vêtement rugueux en poils de chèvre qu’on portait dans un but de mortification, venait de cette région-là. Précisons que Paul n’a jamais connu le Christ[1] de son vivant puisqu’il s’est converti sept ans après sa crucifixion. Il porte le titre d’apôtre non pas dans le sens des douze disciples du christ mais dans celui d’envoyé et de représentant de la communauté judéo-chrétienne[2] naissante. Précisons encore que Paul n’a rallié la cause des disciples du Christ qu’après les avoir scrupuleusement persécutés jusqu’à son illumination survenue sur le chemin de Damas, vers l’an 40. Ainsi, après sa soudaine conversion, de persécuteur zélé des disciples du Christ, Saul de Tarse devient leur champion. Il s’appelle désormais Paul.  

 

Dans les Actes des Apôtres (9 :1-2), on lit que Paul est envoyé à Damas sous mandat du grand prêtre de Jérusalem, pour débusquer les partisans de Jésus et les ramener à Jérusalem. Mais c’est tout simplement impossible, car le Sanhédrin juif, le conseil suprême des prêtres du Temple, n’avait aucune autorité hors de son territoire. Si Paul avait reçu le mandat de poursuivre les nazôréens  (ou nazaréens[3]) en Syrie, il n’aurait pu le recevoir que d’une seule autorité, la Rome impériale. En effet, la Syrie tout comme Israël était sous tutelle romaine. Tout porte à croire que Paul était en réalité un agent du pouvoir romain. Et c’est d’ailleurs parce qu’il est citoyen romain que, condamné à mort, il sera décapité, à Rome, en 67 ou 68.

 

Depuis le début, l’apôtre est double, à la fois Saul et Paul, citoyen romain juif. Cette nature double est peut-être l’indice d’une schizophrénie chez ce personnage trouble déterminant dans l’histoire de l’Église. En effet, à partir du moment où Paul devient un évangéliste fervent, pour ne pas dire un prosélyte fanatique, il se débarrasse de ses réflexes judaïques et entre dans la peau d’un parfait citoyen gréco-romain. C’est une des raisons pour lesquelles, outre son revirement spectaculaire qui les laisse dubitatifs, les nazôréens, sous la conduite de Jacques le Juste (le frère du Seigneur) étaient si peu réceptifs à son message, pour ne pas dire hostiles à son égard. À telle enseigne qu’à plusieurs reprises, les disciples durent exfiltrer l’apôtre de villes où il prêchait pour le soustraire à la lapidation.

 

Sa conversion radicale y est sans nul doute pour beaucoup, mais saint Paul, dont les voyages missionnaires le conduisent à travers le monde méditerranéen gréco-romain, loin de répandre les enseignements du Christ (les évangiles[4]) et leur dimension humaniste, colporte l’idée d’un dieu sauveur, une notion totalement étrangère aux Juifs de l’époque et une allégation qu’ils auraient condamnée comme le pire des blasphèmes. Saint Paul substitue au message de sagesse du Messie une fiction surnaturelle pour rivaliser avec les croyances païennes qui ont cours sur les bords du bassin méditerranéen. Le concept de sacrifice humain rédempteur[5] qu’il introduit fait horreur aux Juifs. La dimension humaine, sociale, politique et spirituelle de Jésus-Christ est ainsi gommée au profit d’un personnage fictif, un personnage surnaturel qui sert l’hérésie[6] que Paul confectionne sur mesure. À telle enseigne que les Ébionites[7] taxeront l’apôtre de « menteur » et de « corrupteur des vrais enseignements du Christ ». Dans le monde méditerranéen antique, on trouvait de nombreuses religions dont les dieux ou les prophètes étaient nés de vierges et qui avaient défié la mort, des personnages qui disposaient de pouvoir étonnants, ce qui explique les attributs divins dont Paul dota son Christ. Mais de même que Paul manipula l’image de Jésus pour conquérir son public, ainsi les Pères de l’Église trafiquèrent à leur tour les écrits de Paul pour les conformer à leurs visées doctrinales.  Pour commencer, certaines des épîtres qui sont attribuées à Paul le sont fallacieusement. Ainsi l’épître aux Hébreux, les deux épîtres à Timothée ainsi que l’épître à Tite. Il en va de même pour l’épître aux Colossiens, l’épître aux Éphésiens ainsi que la seconde épître aux Thessaloniciens.

 

Mais revenons-en à la notion de péché originel. Il est à noter que l’enseignement du Christ ne fait jamais référence au péché. La question du péché ne figure que dans les épîtres, dans les commentaires. En français, le mot vient du latin peccare, « (faire) un faux pas ». Dans le sillage de Paul, et sous l’impulsion de saint Augustin, qui formalisera le concept de « péché originel », l’Église n’a eu de cesse de marteler l’idée du péché des siècles durant, à telle enseigne que saint Thomas d’Aquin établira au cours du XIIIe siècle la fameuse liste des sept péchés capitaux[8]. Pourquoi donner une telle importance à cette notion ? Pour faire peur aux esprits crédules en leur affirmant qu’ils sont coupables dès leur naissance et, après les avoir effrayés en leur dépeignant les tourments de l’enfer qui leur sont réservés s’il ne s’amendent pas, pour les convaincre que seule l’Église a le pouvoir de les sauver. L’invention du péché originel, c’est la stratégie du médecin qui persuade les gens sains qu’ils sont malades pour qu’ils aient recours à ses services. Et pour conserver son emprise sur ses malades, dont la maladie est incurable, évidemment, l’Église instaure la confession et la pénitence, une médication délivrée sur prescription spirituelle uniquement, ce qui permet d’assurer le suivi. La culpabilité, voilà l’effet  recherché du Christ à l’agonie qu’on expose ostensiblement dans les églises, l’effet recherché de cette souffrance qui ruisselle, qui suinte de toutes parts dans le discours catholique. La souffrance renforce la culpabilité, qui accroît l’acuité de la perception de la souffrance. Le cercle vicieux parfait, fruit d’une pensée morbide sous le signe de la croix, signe du supplice. 

 

Sous la plume de saint Paul, à Philippiens 2 : 5-8, on lit :

 

« Ayez entre vous les sentiments même qui étaient ceux du Christ Jésus. Bien  qu’il fût de condition divine, il n’a pas tenu pour une proie son égalité avec Dieu ; au contraire, il s’est dépouillé en prenant la condition d’esclave, en devenant semblable aux hommes ; et, une fois reconnu comme homme pour son aspect, il s’est abaissé en se faisant obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur la croix. »

 

En énonçant cela, saint Paul déclare que Jésus-Christ s’est dépouillé de sa divinité pour endosser la condition de l’Homme. Vrai dieu au départ, il serait devenu un homme véritable. Mais on ne devient un véritable être humain qu’à la condition d’avoir une véritable expérience humaine, pleine et entière, sinon, c’est un simulacre, une imposture. Or, si l’on en croit l’Église, le Christ n’a pas de femme, il n’a pas d’enfant, c’est un être sans sexualité, comme s’il était au-dessus de ces questions-là. Comment peut-on être pleinement un être humain et ignorer en même temps cette dimension-là de la vie[9] ? Comment peut-on être un guide pour l’humanité et faire de sa vie un exemple (qu’on souhaite voir imité) si l’on ne fait pas l’expérience de ce que vivent ses semblables ? Dans le Nouveau Testament, Jésus apparaît comme une espèce de super-héros, un mutant aux pouvoirs surnaturels, un peu comme les personnages des comics américains, un héros qui change l’eau en vin, ressuscite les morts, procède à la multiplication des pains, marche sur l’eau, triomphe de sa propre mort, sauve le monde, et, pour finir, s’élève au ciel. L’Église catholique n’a cessé de mettre l’accent sur les miracles du Jésus et de souligner son côté divin, et, ce faisant, de le mettre hors de portée du commun des mortels, de le rendre inaccessible, ce qui a ouvert l’espace de l’espérance, le champ de tous les possibles, le champ de toutes les illusions aussi. Faute d’avoir prise sur la réalité présente, on s’évade par l’espérance[10]. L’espérance, concept très utile pour l’Église, qui lui permet de garder ses ouailles en souffrance.

 

Pourtant, malgré l’hostilité de l’Église à l’égard de la chose sexuelle, malgré sa hantise de la chair et son obsession du péché originel, il faut attendre 1854 pour que, par le truchement du pape Pie IX, elle définisse le dogme de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie dans la bulle Ineffabilis Deus : le dogme énonce que la mère du Sauveur est préservée intacte de toute souillure du péché originel. Rappelons que le pape Pie IX est celui qui a défini le dogme de l’Infaillibilité pontificale lors du concile Vatican I, en 1870, dogme selon lequel le pape ne peut se tromper lorsqu’il s’exprime ex cathedra, c’est-à-dire en qualité de Docteur suprême de l’Église et en engageant sa pleine autorité apostolique. Le dogme de l’Immaculée Conception ne se limite pas à la seule conception virginale du Christ, c’est-à-dire à la croyance selon laquelle il est né d’une mère vierge, mais englobe l’entièreté de la personne de la Vierge Marie, immaculée corps et âme. Mais cette croyance n’est pas nouvelle en soi, Bernard de Clairvaux[11] (1090-1153), le grand promoteur de l’ordre cistercien[12], célèbre pour sa dévotion mariale, indiquait que la sainteté de corps et d’âme de la Vierge était le préalable à l’Annonciation faite par l’ange Gabriel[13]. Mais le dogme est contagieux, car pour que la Vierge Marie soit conçue exempte du péché  originel, il fallait qu’elle soit le fruit de la propre immaculée conception de sa mère. C’est ainsi que l’Immaculée Conception finit par contaminer en amont Anne, la mère de Marie, devenue elle aussi préservée du péché originel afin que sa fille le soit. Ce dogme est d’importance, car il y a un effet domino, qui provoque une réaction en chaîne. Plus précisément, c’est le dogme qui manquait, celui dont l’existence justifie tout un jeu de dogmes qui s’articulent autour cette pièce doctrinale centrale. Car le dogme de l’Immaculé Conception, s’il affirme que la Vierge Marie était intacte avant l’accouchement du Christ, c’est-à-dire vierge, par la magie du dogme, il affirme aussi qu’elle demeure intacte même après,  comme si l’enfant n’avait pas été expulsé par les voies vaginales de sa mère et qu’il était sorti de son ventre par l’opération du Saint-Esprit. Que ce dogme exhausse la Vierge Marie au rang de mutante n’est pas une difficulté en soi, après tout, pour être la mère d’un mutant, il faut être une mutante soi-même. L’important est ailleurs : si la Vierge Marie a été préservée de toute trace de péché, si elle est restée vierge, même après l’accouchement, elle n’a donc jamais eu de rapports sexuels avec son mari officiel, Joseph, même après avoir mis au monde le Christ, et par conséquent, n’a jamais eu d’autres enfants après Jésus, son fils unique. En rendant immaculée de corps et d’âme la mère de la Vierge Marie, le dogme contamine aussi  en aval le Christ : préservé intact de la souillure du péché originel, le Christ lui aussi est exempt de toute sexualité[14], et, partant,  de toute paternité.  

 

Saint Clément d’Alexandrie, Père de l’Église préromaine, écrit vers 195, à propos d’un groupe non orthodoxe d’Alexandrie appelé les Carpocratiens :

 

« Même s’ils devaient dire quelque chose de vrai, celui qui aime la vérité ne devrait toutefois pas être d’accord avec eux. Car toutes les choses vraies ne sont pas la vérité ; pas plus que la vérité qui paraît vraie selon l’opinion des hommes ne doit être préférée à la vérité vraie, celle qui l’est en vertu de la foi (…). On ne devrait jamais leur céder, pas plus qu’on ne devrait concéder, lorsqu’ils mettent en avant leurs falsifications, que l’Évangile secret soit Marc, mais au contraire il faudrait nier sous serment. Car toutes les choses vraies ne sont pas à dire aux hommes. »

 

L’Évangile de Marc est considéré comme le modèle synoptique[15] de Matthieu et de Luc. La plus ancienne compilation biblique du Vatican ne date que du IVe siècle. On la connaît sous le nom de Codex Vaticanus, qui a été produit en Égypte. Ces manuscrits, rédigés en grec, forment un ensemble de 759 feuilles de vélin. En supplément, on trouve 30 feuilles plus suspectes qui ont été ajoutées au XVIe siècle pour remplacer des parties manquantes dans la compilation originelle. Dans le texte du Codex Vaticanus, le texte de Marc s’arrête au chapitre 16, verset 8, alors que la version canonique compte douze versets de plus. Les versets ajoutés relatent la résurrection et l’ascension de Jésus-Christ après sa crucifixion. Cet ajout frauduleux est intervenu avant 339 dans la mesure où Eusèbe de Césarée, Père de l’Église, mort en 339, disait ne pas considérer les versets de Marc 16 : 9-20 comme authentiques.

 

Matthieu : 13 : 55-56 et Marc 6 : 3  « N’est-ce pas là pas le fils du charpentier ? Est-ce que sa mère se s’appelle pas Marie, et ses frères Jacques, Joseph, Sinon et Judas ? Et ses sœurs, ne sont-elles pas toutes chez nous ? »

Luc 2 : 7 « Elle mit au monde son fils premier-né (…) »

 

Épiphane, évêque de Salamine à Chypre, écrit en 375, dans le Panarion (« trousse médicale» en grec), que ces passages dans les Évangiles sont incorrects car ceux qui répandent ces rumeurs cherchaient simplement à nuire à la réputation de la Vierge Marie. 317 années plus tard, les évêques réunis en concile in Trullo tombèrent d’accord avec Épiphane. La doctrine de l’Église n’est pas fondée sur les Évangiles mais sur les visées stratégiques de l’Église. Les Évangiles sont cités quand ils s’alignent sur les enseignements prônés par l’Église et parfaitement ignorés, voire occultés, dès lors qu’ils entrent en conflit avec les intérêts doctrinaux. Attirer l’attention des gens sur ces passages, écrit Épiphane, « écarte de la voie tous ceux qui veulent découvrir quelque chose sur la vérité. » Comme l’énonçait Clément d’Alexandrie, deux siècles plus tôt, il y a manifestement une « vérité » originelle et une autre, une « vérité selon la foi ». La foi, l’alibi absolu, l’arme imparable, permettant de justifier tout, même l’injustifiable.

En rejetant l’interprétation littérale des versets mentionnant l’existence des frères et des sœurs de Jésus, l’Église insiste sur le fait que les mots utilisés adelphos « frère » et adelpha « sœur » pourraient désigner des cousins, ou tout simplement des personnes sans aucun lien de parenté mais appartenant à la même communauté monastique, quitte à tordre le cou à l’évidence. En effet, quand les Évangiles parlent de parents (au sens de cousins), ils utilisent une terminologie différente, comme le montre le passage de Luc 1 : 36, qui, pour parler de la « parente» de  Marie, Élisabeth, emploie le terme suggenes, et non pas adelpha. Et dans la traduction latine, cognata (« parente » au sens de cousin) est utilisé pour rendre le sens du mot. Le Verset de Luc 14 : 12 fournit une bonne comparaison en parlant à la fois de frères (adelphos) et de parents (au sens de cousin, suggenes).

 

Les femmes sont discrètes dans les Évangiles, mais il en est une dont la présence est telle qu’elle pose problème à l’Église, qui ne pouvait pas nier sa relation privilégiée avec le Christ. Il s’agit de Marie-Madeleine[16]. Le seul moyen de minimiser son importance était de la disqualifier, de la discréditer, ce à quoi s’employa le pape Grégoire Ier, en 591, en qualifiant Marie-Madeleine de peccatrix, c’est-à-dire de peccamineuse, autrement dit de pécheresse coupable de tous les vices. Et si elle était impure, cela ne pouvait signifier qu’une chose, qu’elle était une prostituée. C’est ainsi que Marie-Madeleine traîna cette sordide réputation près de quatorze siècles durant jusqu’à ce que l’Église, prise de remords, lui accorde finalement la rémission de ses péchés et la canonise en 1969. Preuve que l’Église, dont la hiérarchie est exclusivement mâle, a beaucoup de mal avec la maternité et la féminité, ne serait-ce que par son traitement des deux femmes les plus proches du Christ, l’une en la qualifiant de Vierge, l’autre en la traitant de putain.

 

Les opinons de Tertullien de Carthage (155-230), Père de l’Église, pesèrent sensiblement dans l’élaboration des doctrines de l’Église de Rome. Et tout particulièrement dans la négation des femmes et de la dimension féminine. L’ironie de la chose c’est que, vers la fin de sa vie, Tertullien opéra un revirement spectaculaire en rejoignant un groupe phrygien qu’il avait taxé d’hérétiques superstitieux, un groupe conduit par des femmes. Et s’il essaya de faire amende honorable en reconnaissant ses hypocrisies antérieures et en révisant ses idées, l’Église ignora purement et simplement ce changement de cap. Dans un de ses traités intitulés  De l’habillement des femmes, Tertullien parlait de l’absence de grâce des femmes comparée à la prétendue pureté des hommes. S’adressant aux femmes en général, il écrit :

« Ne sais-tu pas que vous êtes toutes une Ève ? La sentence de Dieu sur votre sexe vit encore de nos jours ; cet opprobre éternel doit continuer de vivre. Tu es la porte par où le démon entre dans le monde. Tu es celle qui a découvert l’arbre interdit. Tu es la première à avoir enfreint la loi divine. C’est toi qui as séduit celui que le démon n’eut pas le courage d’attaquer en face. Tu as détruit sans effort l’image de Dieu : l’homme. Et c’est à cause de ta désertion que même le fils de Dieu dut mourir. »

 

C’est à partir de ce type de profession de foi misogyne que l’Église primitive développa sa campagne contre les femmes, à l’exception notable de la mère de Jésus, Marie, l’exception qui confirme la règle. Marie est élevée au-dessus de la condition féminine, devenue Sainte Vierge, cependant que Marie-Madeleine se verra abaissée au rang de putain. Cette haine de la femme, de la sexualité, de la maternité, cristallise en réalité la peur de l’Église catholique romaine à l’égard de la possible descendance humaine du Christ, qui met en péril le sens de la succession apostolique mise en place par l’Église avec l’institution des papes, représentants de dieu sur terre et figures de substitution du Christ.

 

Pour en revenir au péché originel, selon la doctrine catholique traditionnelle,  le problème de la sexualité fait son apparition sous les frondaisons de la Genèse lors du fameux épisode de la « pomme ». Or de pomme, il n’est nulle part question, la Genèse ne parle que du fruit de la connaissance du bien et du mal.

 

Genèse 2 : 16-17

 

Et Yahvé Dieu donna à l’homme cet ordre: « Tu peux manger de tous les arbres du jardin, mais l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu ne mangeras pas, car le jour où tu en mangerais, tu encourrais la mort. »

 

Le texte laisse à penser qu’il s’agit d’un figuier car on lit au chapitre 3 de la Genèse, verset 7 : « leurs yeux à tous deux s’entrouvrirent et ils connurent qu’il étaient nus ; et, ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en firent des ceintures ».

 

On observe que l’Ancien Testament parle de « feuilles de figuier » mais au lieu de figues on trouve simplement « fruits ». Genèse 3 : 6 « La femme vit que beau à voir l’arbre était bon à manger, et désirable pour acquérir l’intelligence ; elle prit de ses fruits et en mange ; elle en donna aussi à son mari qui était avec elle, et qui en mangea. »

C’est seulement par l’intermédiaire des feuilles dont l’Ancien Testament précise qu’il s’agit de feuilles de figuier que l’on prend connaissance de l’essence de l’arbre et que l’on comprend que les fruits sont des figues. C’est une métonymie, une figure de style consistant à remplacer un concept par un autre avec lequel il est en rapport par un lien logique sous-entendu. L’Église s’est d’ailleurs largement inspirée de ce procédé pour énoncer les choses.

Mais alors pourquoi la pomme, selon la tradition populaire ? Parce que la figue était un fruit de l’Orient qu’on ne trouvait pas en Occident et que la pomme était un équivalent commode. L’autre raison, c’est que pomme se dit malum en latin, mot qui signifie également « (le) mal ». D’où le choix de ce fruit (et de ce mot), qui portait en germe toute la théologie catholique à venir, celle du péché originel et de la culpabilité.

 

Mais quid de la sexualité dans cette affaire ?

Le serpent tentateur, évidemment, dira-t-on, qui suggère à Ève de goûter au fruit défendu.  

Chose intéressante, si dans l’Ancien Testament on lit dans Genèse 3 :1 « Le serpent était le plus avisé de tous les animaux des champs que Yahweh-Dieu avait fait », dans la bible d’André Chouraqui (ouvrage qui s’attache à rendre l’hébreu d’une manière littérale, sans avoir recours aux procédés de la traduction littéraire), on lit : « Le serpent était nu, plus que tout vivant du champ qu’avait fait IHVH-Adonaï Elohîms. »  Le français rend l’hébreu « nu » par « avisé ».

Selon l’interprétation traditionnelle, le serpent est une invitation au plaisir des sens, au plaisir sexuel, à la concupiscence, mot de la terminologie ecclésiastique conçu pour avilir la sexualité. Un mot savant qui empeste la détestation de la chair. Dans la tradition, le serpent est lascif. On pourrait même penser que cet animal a été choisi par sa ressemblance avec le membre sexuel masculin, parce que le serpent sommeille au bout du bas-ventre de l’homme, qu’il enfle, se dresse et se coule au creux d’un corps où il crache son venin.

 

Genèse 3 : 4-5 « Le serpent dit à la femme : Non, vous ne mourrez pas ; mais Dieu sait que le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal” »

 

Pourtant, dans le texte de la Genèse, il n’est nulle part question de sexualité mais de connaissance.

Ainsi, selon la théologie catholique traditionnelle, ce qui aurait provoqué la chute et l’expulsion du paradis originel serait la consommation du fruit de la connaissance du bien et du mal. Comme si l’accès à la sexualité était un accès à la connaissance, de soi et de l’autre,  et que cet accès à la connaissance entraînait irrémédiablement la perte de l’innocence. L’innocence, qui serait, en réalité, un état d’inconscience, de non-conscience. La sexualité est une manière de prendre chair en ayant prise sur un autre corps que le sien. Par la sexualité Adam et Ève se connurent, mettant un terme ainsi à l’ignorance dans laquelle ils flottaient dans un état d’apesanteur fœtal. En effet, avant la chute provoquée par la transgression de l’interdit divin, tout laisse  à penser que, Adam et Ève flottaient dans un état d’apesanteur, comme si la gravité universelle n’avait pas prise sur eux. Un peu comme un couple gémellaire dans le ventre maternel de la Création, protégé du bruit et de la fureur du monde réel, jusqu’à leur expulsion du paradis utérin, la sortie du bain amniotique.

 

Innocence est un mot parlant, qui vient du latin innocens, « inoffensif ». Le latin nocentia, signifie « nuisance ».  La racine du mot est donc négative, à partir de laquelle on a forgé le sens inverse avec l’adjonction du préfixe négatif in-. La langue dit le contraire du mythe de la Genèse. Ce n’est pas l’état de pureté qui est originel, c’est l’inverse, puisque nocence précède innocence, qui s’est greffée dessus. La langue dit que le mal est premier, que rien ne l’a provoqué, et que le bien est le produit d’un effort (adjonction du préfixe négatif in-).

 

Le mythe du péché originel est l’explication de l’existence du mal. Selon la théologie catholique, le mal est le produit d’une faute qui a été commise. Le responsable, c’est l’Homme. Et l’Église, toujours prompte à désigner des coupables, choisit Ève comme bouc émissaire. L’Église affirme donc qu’il y a une cause au mal auquel est soumise la condition humaine. En réalité, il n’y a aucune cause à l’existence du mal, pour la simple raison que le mal fait partie de l’Homme, qu’il est inhérent à sa nature. Il n’y a pas de faute pour expliquer cela, le mal est originel.  Mais sans coupable, il n’y a pas de culpabilité. Et la culpabilité est un ressort puissant dont se sert l’Église pour soumettre l’Homme à son pouvoir. Le dolorisme, la culture de la souffrance par l’exposition du Christ à l’agonie sur sa croix, c’est ce qui permet d’enfoncer le clou de la culpabilité. La culpabilité et le dolorisme, les rênes qui permettent à l’Église de conduire l’attelage humain auquel elle promet le salut. 

 

Mais pour quelle raison un tel acharnement de l’Église contre la sexualité sans laquelle la vie ne pourrait pas se transmettre ? Pourquoi un tel acharnement contre le plaisir de la sexualité qui est la voie que prend la vie pour donner du plaisir et donner la vie, pourquoi une telle hargne à vouloir dégrader le plaisir sexuel en parlant de luxure, de stupre, de concupiscence, de péché, même si l’Église est forcée de reconnaître la nécessité de la sexualité pour assurer la procréation? Pourquoi une telle volonté à dénigrer les voies de la nature ? En réalité, la sexualité n’est qu’un symptôme parmi tant d’autres du problème que l’Église entretient avec la vérité. La sexualité est moyen d’accès à la connaissance de soi et de l’autre et  l’Église a tout fait pour empêcher le propagation de la connaissance quand elle allait à l’encontre de ses vues, comme en témoigne notamment au cours du  XVIIe siècle son obstruction opiniâtre aux travaux de Galilée qui visaient à démontrer que contrairement à ce qu’affirmait l’Église, ce n’était  pas la Terre qui était au centre du monde mais le soleil autour duquel tournait la Terre. Galilée fut d’ailleurs forcé par le Saint-Office d’abjurer en 1633 sa théorie héliocentrique pour échapper au bûcher pour hérésie.

 

Rappelons ce que disait saint Clément d’Alexandrie :

« Toutes les choses vraies ne sont pas à dire aux hommes. »

 

Depuis tout temps, l’Église a lutté contre les progrès de la connaissance pour conserver son emprise sur l’humanité, et l’obscurantisme qu’elle a déployé des siècles durant lui a permis de maintenir l’humanité au fond de la caverne, loin de la lumière. Depuis l’origine, l’Église a maille à partir avec la vérité, et son rapport à la sexualité reflète cette difficulté-là.

 

Le sujet de la sexualité n’est tout simplement pas abordé dans les Évangiles. Le Christ ne tient aucun propos sur ce sujet-là. Il n’est fait mention nulle part du célibat ou encore de la continence parfaite, c’est-à-dire, de l’abstinence sexuelle.  Quant à l’Église, il faut attendre le concile d’Elvire, en 305 ou 306, pour que soit décrétée l’abstinence sexuelle des prêtres. Est-ce à dire que, avant cette date-là, les prêtres avaient une vie sexuelle normale ? L’Histoire ecclésiastique ne permet pas de le dire précisément. Concernant la vie des apôtres  à l’époque du Christ, on sait seulement que l’apôtre Pierre avait une belle-mère, ce qui signifie qu’il avait connu une vie conjugale. Mais cela ne permet pas d’en conclure quoi que ce soit sur sa vie sexuelle à l’époque où il suivait le Christ. Les apôtres faisaient-ils abstinence sexuelle ? Le Nouveau Testament reste singulièrement silencieux sur ce sujet-là, à plus forte raison parce que le contexte juif de leur époque ne semble pas admettre le célibat. Si l’on en croit la tradition, seul l’apôtre Jean aurait été vierge et n’aurait jamais connu la sexualité. Quant aux autres, un voile d’incertitude les enveloppe concernant leur rapport à la sexualité.

 

C’est l’apôtre Paul, toujours lui, qui traite de conjugalité et de sexualité.  Ainsi, dans sa première épître aux Corinthiens, au chapitre 7, 1-5,  il déclare : « (…), je pense qu’il est bon pour l’homme de ne point toucher de femme. Toutefois, pour éviter la débauche, que chacun ait sa femme et que chaque femme ait son mari. Que le mari rende à sa femme ce qu’il lui doit, et que la femme agisse de même envers son mari. Ce n’est pas la femme qui dispose de son corps, c’est son mari. De même, ce n’est pas le mari qui dispose de son corps, c’est sa femme. Ne vous privez point l’un l’autre, si ce n’est d’un commun accord, pour un temps, afin de vaquer à la prière ; puis retournez ensemble, de peur que Satan ne vous tente en raison de votre manque de maîtrise. »

Et au verset 8 : « À tous ceux qui ne sont pas mariés et aux veuves, je leur dis qu’il est bon de rester comme moi. Mais s’ils manquent de maîtrise d’eux-mêmes, qu’ils se marient ; car il vaut mieux se marier que de brûler. »

 

« Il vaut mieux se marier que brûler » : ou comment l’apôtre Paul, qui endosse le costume de conseiller conjugal, ravale la sexualité à une pulsion peccamineuse et réduit la vie conjugale à un échange de bons procédés pour contenir la dimension pécheresse de la sexualité.

 

Jusqu’à aujourd’hui, le célibat au sein de l’Église catholique est avant toute chose une règle de discipline, ce n’est pas un dogme. Cette règle d’ailleurs ne s’applique pas de façon absolue et tolère des exceptions, dans les églises catholiques orientales par exemple, où des hommes mariés peuvent être ordonnés, et même au sein de l’Église latine, des exceptions sont possibles dans le cas d’ecclésiastiques protestants ou anglicans convertis au catholicisme. 

Précisons que l’Église établit un distinguo entre la chasteté et la continence dans la mesure où, selon la terminologie ecclésiastique, un prêtre peut exprimer sa sexualité non pas génitalement mais  à travers l’énergie qu’il est susceptible de déployer en tant qu’être humain (pour mener à bien certains projets, par exemple). La chasteté marque ainsi l’intégration réussie de la sexualité chez la personne, l’unité de son être corporel et spirituel. Précisons encore que dans l’Église catholique, les prêtres ne font pas de vœux mais s’engagent au célibat et à obéir à leurs évêques (seul les religieux des communautés monastiques prononcent les trois vœux (pauvreté, chasteté et obéissance). 

 

Dans Matthieu 19, 13-15, Jésus dit : « laissez les enfants, ne les empêcher pas de venir à moi, car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume des cieux. »

 

Au regard des scandales qui secouent l’Église catholique concernant les innombrables affaires de pédophilie dont elle est coupable, ce verset trouve une résonance toute particulière. En observant le dévoiement de certains prêtres à l’égard d’enfants ou d’adolescents, on peut quand même se demander si l’abstinence sexuelle ne contribue à renforcer cette inclination coupable chez eux même si une activité sexuelle normale ne suffit pas à désactiver la pulsion déviante d’un homme pédophile.

En revanche, il est évident que l’Église catholique abrite des pédophiles qui voient dans cette institution un terrain de chasse propice susceptible d’assouvir leur instinct de prédation sexuelle. Les pédophiles, qui, loin d’aimer les enfants qu’ils aiment détruire en les consommant, sont des pervers habiles qui savent tirer parti du milieu où ils évoluent. Ils usent du prestige dont ils jouissent auprès d’un certain nombre comme d’un écran de fumée à l’abri duquel ils commettent leur forfait. C’est d’ailleurs ce côté charismatique qui permet  aux pédophiles de prendre leurs proies dans leurs rets.  Certes, l’Église n’est pas le seul milieu où prospèrent ces pervers, aucune institution où les enfants sont confrontés aux adultes n’est réellement à l’abri de ce péril, mais  de toute évidence, l’Église sert de refuge à mauvaise engeance.  Le véritable scandale concernant les affaires de pédophilie au sein de l’Église n’est pas tant que l’institution abrite des prêtres à son insu que le fait qu’elle les protège, quand elle est au courant de leurs forfaits, par peur du scandale et des retombées négatives en termes d’image.

Le véritable scandale, c’est ce que révèle l’enquête de Frédéric Martel au sein de l’Église : « Si un prélat couvre un prêtre soupçonné d’abus sexuel, c’est d’abord pour se protéger lui-même », dit-il. La loi du silence instaurée par les prélats pour dissimuler leur homosexualité aurait tout simplement servi de couverture aux prêtres pédophiles dont les abus sexuels auraient été tus.

Et les prélats à l’origine de cette omerta tombent sous le coup de la loi, ce que révèle la condamnation à six mois de prison avec sursis qui a frappé le cardinal Barbarin le 7 mars 2019, pour non-dénonciation d’agressions pédophiles dont il avait eu connaissance au sujet du père Preynat dans le diocèse de Lyon.

 

L’Église n’attire pas seulement des prédateurs pédophiles qui endossent le costume du prêtre pour faire diversion, mais aussi des hommes à l’orientation homosexuelle qui rentrent dans les ordres (du latin ordo-  « corps constitué ») pour tirer une croix sur leur sexualité qu’ils n’assument pas. C’est ce que révèle l’ouvrage de Frédéric Martel. L’Église, vaste asile de personnes aux pulsions sexuelles déviantes ou refoulées. L’Église,  dont la raison d’être se fonde sur la croyance, pour ne pas dire sur la crédulité humaine, et qui se donne pour mission d’assurer le salut[17] des hommes —  vaste programme ! —  a depuis longtemps perdu toute crédibilité en tant qu’institution chargée de faire le bien. Comme l’Histoire le montre, sa propension à faire le mal [18] au cours des siècles passés la disqualifie purement et simplement comme instrument pour guider l’humanité en se prévalant de l’autorité d’un dieu d’amour, dieu, le divin alibi, au nom duquel on fait tout et son contraire. La réalité, l’âpre réalité prouve le contraire et montre à quel point cette institution est une divine supercherie.

 

(Doma — Mars 2019)

 

[1] Le latin ecclésiastique christus vient du grec khristos, qui est la traduction de l’hébreu mashia’h, « oint », qui a donné  messie en français. Autrement dit, Christ et Messie sont parfaitement synonymes.

[2] Le christianisme n’existait pas dans l’acception moderne du mot : par communauté judéo-chrétienne, il faut entendre la communauté réceptive au message et à l’enseignement de Jésus.

[3] Il faut parler de Jésus le Nazôréen (ou Nazaréen), non pas de Jésus de Nazareth : en effet, cette ville n’existait pas du temps du Christ. La première mention de la ville Nazareth n’apparaît qu’à la fin du IIe apr. J.-C. sur une liste gravée retrouvée à Césarée maritime. À partir du Ier siècle, les Nazôréens constituent un groupe religieux qui reconnaît Jésus comme le messie annoncé par les anciens prophètes (comme Isaïe par exemple), non pas au sens de « sauveur » (concept qui n’existe pas chez les Israélites), mais de prêtre-roi.

[4] L’Évangile, du grec euangelion « bonne nouvelle ». L’apôtre, du grec apostolos, « envoyé », est l’aggelos, celui qui apporte le message. La mission évangélique que s’est fixée Paul correspond au latin ecclésiastique propanda, « propagation, propagande », cf. la Congregatio Propaganda Fide, la Congrégation pour la propagation de la Foi, fondée par  le pape Grégoire XV (dont le règne pontifical a lieu de 1621 à 1623). Érigeant Paul en modèle, l’Église catholique romaine est devenue experte en propagation, dissémination, multiplication par la reproduction à l’identique d’un message-souche. L’Église a inventé la propagande dans l’acception moderne du terme.

[5] Selon le dogme de la rédemption catholique, le Christ est venu expier nos péchés, il est mort sur la croix pour nous racheter.

[6] Du grec hairesis, « opinion personnelle ». L’hérésie, au sens de l’Église catholique, désigne une doctrine condamnée pour atteinte à la seule doctrine autorisée.

[7] Le grec Ébionites (Ébionim en hébreu) signifie « les  Pauvres » : c’est ainsi que se feront appeler les Nazôréens après la Crucifixion. 

[8] La paresse (anciennement l’acédie), l’orgueil, la gourmandise, la luxure (ou l’impureté), l’avarice, la colère et l’envie. 

[9] Cette vision ne coïncide pas avec l’appellation rabbi qu’utilisent les apôtres pour s’adresser au Christ, littéralement « maître, docteur », titre donné par les Juifs à leur chef religieux, une appellation problématique puisque, selon la loi juive, tous les rabbins, sans exception, devaient se marier et avoir des enfants

[10] Cf. la pensée de Pascal : «  Le présent n’est jamais notre fin. Le passé et le présent  sont nos moyens, le seul avenir est notre fin. Ainsi, nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre, et nous  disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais. »

[11] Bernard de Clairvaux s’appelle Bernard de Fontaines avant de fonder l’abbaye de Clairvaux, traduction du latin clara vallis. Au Moyen Âge, la recherche d’une vallée claire est chose courante comme en témoigne le nom du chevalier sans tache de la Table Ronde, Perceval, perce-val.

[12]  Cistercien vient de Cîteaux, l’abbaye où l’ordre fut fondé par Robert de Molesme, en 1098.

[13] Le prêtre Zadock ou (Sadock) portait le nom de l’archange Michel et le prêtre Abiathar (ou Ebyathar) celui de l’ange Gabriel. Le titre de « Gabriel » pouvait s’appliquer à un grand prêtre choisi pour délivrer un message important comme dans le cas de l’Annonciation, à Marie, la mère de Jésus, comme à Elisabeth, la mère de Jean le Baptiste.  Selon l’Évangile apocryphe du Pseudo-Matthieu, appelé aussi Livre de la naissance de la bienheureuse Vierge Marie et de l’enfance du Sauveur, la mère de Jésus aurait été éduquée dans une école du Temple, et à sa maturité sexuelle, le prêtre Abiathar, l’ange Gabriel de l’Évangile, l’aurait « visitée ». Une fois enceinte, on lui aurait fait épouser un homme d’honorable  réputation, Joseph, qui prenait l’enfant à sa charge. Quand l’enfant atteignait l’âge de sept ans, on le confiait aux prêtres du Temple qui se chargeaient de son éducation.

[14] Avant de devenir le pape Benoît XVI en 2005, le cardinal Ratzinger, chef de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, l’héritière moderne de la Sainte Inquisition, et théologien catholique de premier plan, a pourtant déclaré que « la doctrine de la divinité de Jésus ne serait pas remise en cause si Jésus avait été le fruit d’un mariage normal. Car la filiation divine dont parle la foi n’est pas biologique mais ontologique. Ce n’est pas un événement dans le temps, mais dans l’éternité de Dieu. »

[15] Synoptique vient du grec sun-optikos, « [qui embrasse] d’un même coup d’œil » 

[16] Marie de Magdala, dont le nom a évolué en Marie-Madeleine, qu’on appelle aussi Marie de Béthanie. « Magdala » viendrait de l’hébreu migdal, « la tour », la tour de Béthanie qu’elle a reçu en héritage.

[17] « Le sujet, pour les maîtres orientaux, n’est pas ce qu’il s’agit de sauver, mais ce dont il faut se sauver : le salut n’est pas sa prolongation mais son extinction, non son apothéose mais — comme on dit d’un rêve qui s’achève — l’éveil qui l’abolit et en libère ». André Comte-Sponville in Réinventer l’Orient (1987)

[18]  Parmi les forfaits les plus illustres de la sainte Église, retenons les croisades au Proche-Orient du XIe jusqu’au XIIIe siècle, la croisade contre les Albigeois au XIIIe siècle, l’institution de l’Inquisition apparue au XIIIe siècle (sous l’impulsion du pape Grégoire IX pour lutter contre les hérésies), sa complicité dans le génocide des peuples amérindiens, sa complicité morale dans l’esclavage des Africains déportés vers les Amériques, sa collusion avec les dictatures du XXe  siècle, comme le Fascisme, le Franquisme ou encore le Nazisme.

 

 

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